Auteur : Virginie M.

Petites crèmes au citron

Il y a quelques semaines, alors que je composais le menu d’un déjeuner d’inspiration italienne devant réunir mes parents et des amis, je buttais sur le choix du dessert. Je souhaitais quelque chose de léger car j’avais prévu après le potage de tomates jaunes (une délicieuse invention de Diane) et le risotto à l’estragon et aux pignons grillés, des filets de rougets accompagnés d’une caponata, le tout suivi par du Gorgonzola proposé dans sa version classique et dans sa version cremoso ; c’est-à-dire plus affinée et si crémeuse qu’il se sert à la cuillère comme le Mont d’Or. Le dessert se devait donc de clore le repas sans plus alourdir les estomacs. J’écartais ainsi Cassata, cannoli, tiramisu, torta … Il me fallait plutôt un dessert acidulé et léger mais toujours d’inspiration italienne. Je passais des heures plongée dans nos livres de recettes et sur internet à la recherche du dessert adéquat. Un vrai casse-tête. D’autant que parmi mes amis je compte des intolérants au gluten et un sportif on ne peut plus sympathique mais très …

Rentrée

M on retour à la réalité du travail est toujours un traumatisme. J’ai beau m’y préparer, retrouvant les vieux réflexes et les habitudes apprises dans l’enfance, rien n’atténue la difficulté du retour en prison. D’ailleurs, ce matin, alors que je buvais à petites gorgées ma tasse de thé, les yeux dans le vague du ciel désespéramment gris, j’ai senti monter une angoisse sourde, un malaise indéfinissable, une nausée familière. La nausée de la rentrée. Depuis que j’ai six ans, depuis l’école primaire, tous les ans, la même angoisse et aujourd’hui encore. Rentrée au travail, rentrée à l’école : même combat. Et ce n’est pas là un vain mot. Car c’est bien d’un combat à mener contre ma nature profonde dont il s’agit. Se contraindre, s’obliger, s’enfermer. Alors, comme tous les ans, j’anticipe, ne laissant rien au hasard pour ne plus devoir y penser ensuite. Hier soir, j’ai ainsi préparé, avec une rigueur toute militaire, vêtements, chaussures, sac et bijoux (ma tenue de combat) et même mon casse-croûte – rêvant de glisser dans mon panier une …

Confitures

Je suis plutôt cigale que fourmi. Mettre de côté, penser à l’avenir, épargner, économiser sont des choses que je ne sais pas faire. J’ai d’ailleurs toujours pensé que compter ses sous et les planquer à la Caisse d’Epargne manquait sérieusement d’élégance. Au grippe-sou mesquin, j’ai toujours préféré le bohème flamboyant. Je ne mets rien de côté sauf, à bien y réfléchir, trois choses : des livres qui attendent leur heure de lecture, des jours de congé (au travail mon compte « épargne-temps » – quelle drôle d’appellation quand on y pense – est gonflé au maximum car le ras-le-bol extrême ou l’opportunité d’un voyage extraordinaire n’étant pas à exclure, je mets de côté de la liberté !) et enfin, des confitures … Depuis quelques années, j’en fais chaque été et éprouve un plaisir d’Harpagon à contempler mes dizaines de pots alignés sur les étagères du cellier ; la comparaison s’arrêtant là car je fais de la confiture avant tout pour les autres. Savoir que l’hiver venu, famille et amis pourront étaler sur la brioche du …

Le temps des Craven A

Qui se souvient des Craven A ? Vous savez, ces cigarettes anglaises dont le paquet rouge et blanc s’orne d’un chat noir … Pour ma part, je les avais oubliées jusqu’à la relecture, la semaine dernière, d’un texte de Lorenzo Cittone dans son excellent blog TramezziniMag. Lorenzo y évoque un passé d’étudiant à Venise, les cafés, les amis … tout un pan de jeunesse disparue, tout un pan de notre jeunesse perdue … J’ai toujours détesté l’école – synonyme pour moi de contrainte absolue – et même le lycée, même les Beaux-arts ne m’ont pas fait changer d’avis. Pour autant, les troquets de la fin des cours et la cafétéria des Beaux-arts ne me laissent pas de si mauvais souvenirs. On pensait alors que l’on avait le temps et que le monde nous appartenait. La vie s’est chargée ensuite de nous prouver que nous rêvions. Le billet de Lorenzo est empreint de cette nostalgie particulière qui se développe autour de la cinquantaine et qui nous fait presque regretter l’époque lointaine où nous étions jeunes, libres …

Krakinoskis (gâteau russe à la rhubarbe)

À Doudeauville, pas de potager (il faudrait y vivre en permanence) mais de pleines potées d’herbes aromatiques, de fraisiers, de thulbagias, de verveine citronnelle, un énorme parterre d’oseille, de la livèche (ou céleri vivace), des fleurs comestibles et un grand carré de rhubarbe ; quatre beaux pieds qui se plaisent fort bien au fond du jardin (ombre et fraicheur du sol). D’avril à juillet, leurs grandes feuilles se déploient dissimulant des tiges striées de carmin, mini forêt tropicale refuge des grenouilles rousses. J’aime, à la tombée du jour, enfiler mes bottes, empoigner un panier et traverser le jardin quand je viens juste de décider que j’ai bien envie de faire un gâteau à la rhubarbe ! Il m’en faut 4 ou 5 beaux bâtons que je casse d’un coup sec en tirant sur la tige. Je supprime leurs feuilles, les jette sur le tas de compost et regagne la maison sans trop me presser. L’air est plus frais, la lune, pâle croissant jaune paille, s’est levée dans un ciel sans nuage et le chant fluté …

Échappée

7 heures, ce matin. Le temps est lourd, l’atmosphère poisseuse et l’humidité ambiante quasi tropicale. Encore une nouvelle journée de chaleur moite qui s’annonce ; insupportable pour moi qui n’aime rien tant que la sècheresse des paysages désertiques. Ensommeillée, pieds-nus et une tasse de thé à la main, je sors sur mon balcon-jardin. Je serais en retard au travail. Tant pis. Respirer le parfum poivré de mes œillets roses et de ma menthe marocaine est aujourd’hui une nécessité, l’antidote à ma lassitude et au besoin grandissant que je ressens chaque jour de plus en plus fort de partir. Partir, prendre la route, rouler vers le sud, les cigales et les parfums de l’été. Rouler pour le plaisir de rouler et de s’échapper. Avec les beaux-jours me revient chaque année cette envie, non pas de vacances, mais d’insouciance et de liberté – celles de l’enfance et de la jeunesse lorsque tout était encore neuf et crissant de promesses. Prendre la route, partir, c’est ouvrir une parenthèse et s’extraire pour un temps de sa vie d’adulte. C’est …

Venise appartient à ceux qui se lèvent tôt …

Il est des réveils plus faciles que d’autres. Lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit à 6 heures, j’étais déjà éveillée ou plutôt je somnolais comme un chat qui attend son heure, m’étirant de temps à autre tout en écoutant la pluie rebondir sur les dalles de ma micro terrasse. Il pleuvait encore. Pas de chance. Aucune lumière ne filtrait à travers les volets mais je savais que dans moins d’une heure le jour serait là, bien plus tôt que chez moi ; une demi-heure de décalage avais-je remarqué. Il me fallait donc être là-bas avant 7 heures. Je l’avais décidé ; me rendre au point du jour sur une piazza San Marco rendue à elle-même, désertée, emplie seulement du même calme étrange que celui de la salle de spectacle vidée de ses spectateurs. C’était le jour de mon départ, je voulais le rendre inoubliable. J’avais déjà fait l’expérience de la piazza déserte il y a quelques années. Alors que je devais me rendre à un rendez-vous de travail près de Santa Maria Formosa, j’avais …

Retrouver Venise (3/3)

L’une des deux peintures de Giovanni Bellini que je voulais découvrir se trouvait dans l’église de San Francesco della Vigna, au nord de la ville, dans un coin de Castello que je ne connaissais pas. J’étais donc doublement impatiente de m’y rendre en dépit de la pluie qui tombait sans discontinuer depuis le lever du jour. Le ciel était sombre, lourd de nuages, et le vent soufflait si fort que je devais tenir à deux mains le grand et solide parapluie noir prêté par l’hôtel. Le froid en était d’autant plus vif et je remerciais mentalement Max Mara pour la qualité de ses manteaux et les chèvres du Cachemire de produire des pulls aussi chauds … Je croisais peu de monde, essentiellement des vénitiens reconnaissables à leur pas rapide et à leurs vêtements de ville ; avez-vous remarqué que les touristes, pour la plupart, adoptent la tenue du touriste ? Chaussures de sport, coupe-vent, sac à dos et blouson en polaire … J’avais croisé, bien sûr, de très jolies japonaises vêtues avec élégance et d’une …

Retrouver Venise (2/3)

Les jours suivants, je déambulais donc, le nez au vent, un plan dans la poche. J’avais, certes, rendez-vous avec Giovanni Bellini mais j’avais le temps, tout mon temps et il faut d’ailleurs savoir ne pas se précipiter, attendre un peu, décaler la rencontre pour mieux la savourer ensuite. Je fais partie de ceux qui dégustent d’abord la boule de glace dont le parfum leur plait moins et gardent l’autre, qu’ils préfèrent, pour la fin. Je fis ainsi plusieurs longues balades dans Cannaregio au nord-ouest de la ville, quartier calme et à la fois très vivant, à l’écart des circuits touristiques car éloigné du cœur de la ville. Pour l’atteindre depuis les Zattere, je longeais le canal San Vio, attrapais le vaporetto pour remonter le Grand Canal jusqu’à San Marcuola. Puis, après avoir jeté un œil sur mon plan, mémorisé les directions à prendre et la structure des canaux principaux, je me perdais sans me perdre. A Venise chaque erreur est récompensée. Se perdre, hésiter permet de découvrir des merveilles.   Je croisais très peu de …

Retrouver Venise (1/3)

Venise me manquait. Depuis presque deux ans, Venise me manquait. Je voulais la retrouver, la retrouver en hiver, presque débarrassée de ses hordes de barbares, calme et ne se livrant qu’à ses seuls amoureux, aux promeneurs solitaires, aux amis des lettres et des chats, aux contemplatifs, aux doux et aux discrets qui arpentent la ville avec la légèreté d’un félin pour mieux s’y fondre et s’en imprégner. Je me décidais en décembre, presque sur un coup de tête. Le temps maussade, la pesanteur d’un travail qui ne me satisfaisait pas, la sensation d’être empêchée, contrainte à l’inaction, empêtrée dans le quotidien furent somme toute de bons aiguillons. Nous étions un dimanche soir, moment déprimant s’il en est – le week-end, espace lumineux de liberté, étant toujours trop bref – et je prenais un thé tardif avec Diane, histoire de prolonger encore un peu notre après-midi en famille ; j’aime les dimanches-refuges que l’on clôt par du thé brûlant et de la tarte aux pommes servie dans nos assiettes Burgenland (les dimanches sont de l’enfance prolongée). …