Auteur : Virginie M.

Échappée

7 heures, ce matin. Le temps est lourd, l’atmosphère poisseuse et l’humidité ambiante quasi tropicale. Encore une nouvelle journée de chaleur moite qui s’annonce ; insupportable pour moi qui n’aime rien tant que la sècheresse des paysages désertiques. Ensommeillée, pieds-nus et une tasse de thé à la main, je sors sur mon balcon-jardin. Je serais en retard au travail. Tant pis. Respirer le parfum poivré de mes œillets roses et de ma menthe marocaine est aujourd’hui une nécessité, l’antidote à ma lassitude et au besoin grandissant que je ressens chaque jour de plus en plus fort de partir. Partir, prendre la route, rouler vers le sud, les cigales et les parfums de l’été. Rouler pour le plaisir de rouler et de s’échapper. Avec les beaux-jours me revient chaque année cette envie, non pas de vacances, mais d’insouciance et de liberté – celles de l’enfance et de la jeunesse lorsque tout était encore neuf et crissant de promesses. Prendre la route, partir, c’est ouvrir une parenthèse et s’extraire pour un temps de sa vie d’adulte. C’est …

Venise appartient à ceux qui se lèvent tôt …

Il est des réveils plus faciles que d’autres. Lorsque la sonnerie de mon téléphone retentit à 6 heures, j’étais déjà éveillée ou plutôt je somnolais comme un chat qui attend son heure, m’étirant de temps à autre tout en écoutant la pluie rebondir sur les dalles de ma micro terrasse. Il pleuvait encore. Pas de chance. Aucune lumière ne filtrait à travers les volets mais je savais que dans moins d’une heure le jour serait là, bien plus tôt que chez moi ; une demi-heure de décalage avais-je remarqué. Il me fallait donc être là-bas avant 7 heures. Je l’avais décidé ; me rendre au point du jour sur une piazza San Marco rendue à elle-même, désertée, emplie seulement du même calme étrange que celui de la salle de spectacle vidée de ses spectateurs. C’était le jour de mon départ, je voulais le rendre inoubliable. J’avais déjà fait l’expérience de la piazza déserte il y a quelques années. Alors que je devais me rendre à un rendez-vous de travail près de Santa Maria Formosa, j’avais …

Retrouver Venise (3/3)

L’une des deux peintures de Giovanni Bellini que je voulais découvrir se trouvait dans l’église de San Francesco della Vigna, au nord de la ville, dans un coin de Castello que je ne connaissais pas. J’étais donc doublement impatiente de m’y rendre en dépit de la pluie qui tombait sans discontinuer depuis le lever du jour. Le ciel était sombre, lourd de nuages, et le vent soufflait si fort que je devais tenir à deux mains le grand et solide parapluie noir prêté par l’hôtel. Le froid en était d’autant plus vif et je remerciais mentalement Max Mara pour la qualité de ses manteaux et les chèvres du Cachemire de produire des pulls aussi chauds … Je croisais peu de monde, essentiellement des vénitiens reconnaissables à leur pas rapide et à leurs vêtements de ville ; avez-vous remarqué que les touristes, pour la plupart, adoptent la tenue du touriste ? Chaussures de sport, coupe-vent, sac à dos et blouson en polaire … J’avais croisé, bien sûr, de très jolies japonaises vêtues avec élégance et d’une …

Retrouver Venise (2/3)

Les jours suivants, je déambulais donc, le nez au vent, un plan dans la poche. J’avais, certes, rendez-vous avec Giovanni Bellini mais j’avais le temps, tout mon temps et il faut d’ailleurs savoir ne pas se précipiter, attendre un peu, décaler la rencontre pour mieux la savourer ensuite. Je fais partie de ceux qui dégustent d’abord la boule de glace dont le parfum leur plait moins et gardent l’autre, qu’ils préfèrent, pour la fin. Je fis ainsi plusieurs longues balades dans Cannaregio au nord-ouest de la ville, quartier calme et à la fois très vivant, à l’écart des circuits touristiques car éloigné du cœur de la ville. Pour l’atteindre depuis les Zattere, je longeais le canal San Vio, attrapais le vaporetto pour remonter le Grand Canal jusqu’à San Marcuola. Puis, après avoir jeté un œil sur mon plan, mémorisé les directions à prendre et la structure des canaux principaux, je me perdais sans me perdre. A Venise chaque erreur est récompensée. Se perdre, hésiter permet de découvrir des merveilles.   Je croisais très peu de …

Retrouver Venise (1/3)

Venise me manquait. Depuis presque deux ans, Venise me manquait. Je voulais la retrouver, la retrouver en hiver, presque débarrassée de ses hordes de barbares, calme et ne se livrant qu’à ses seuls amoureux, aux promeneurs solitaires, aux amis des lettres et des chats, aux contemplatifs, aux doux et aux discrets qui arpentent la ville avec la légèreté d’un félin pour mieux s’y fondre et s’en imprégner. Je me décidais en décembre, presque sur un coup de tête. Le temps maussade, la pesanteur d’un travail qui ne me satisfaisait pas, la sensation d’être empêchée, contrainte à l’inaction, empêtrée dans le quotidien furent somme toute de bons aiguillons. Nous étions un dimanche soir, moment déprimant s’il en est – le week-end, espace lumineux de liberté, étant toujours trop bref – et je prenais un thé tardif avec Diane, histoire de prolonger encore un peu notre après-midi en famille ; j’aime les dimanches-refuges que l’on clôt par du thé brûlant et de la tarte aux pommes servie dans nos assiettes Burgenland (les dimanches sont de l’enfance prolongée). …

Janvier rêvé

J’aime le mois de janvier. Un mois comme la première page d’un cahier neuf sur laquelle j’inscris mentalement mes bonnes résolutions. Un mois flottant, hors du temps, en suspension entre l’effervescence de décembre et l’écoulement inexorable des jours de cette année nouvelle que j’espère toujours meilleure que la précédente, pleine de surprises, de hasards heureux, de découvertes et de bonheurs. En janvier, je m’attends au meilleur avec la légère impatience de qui reçoit, sans s’y attendre, un cadeau joliment emballé et dont il devine que le contenu le comblera – et je ne parle pas là de rubis ou de saphirs; un caillou japonais ou un trèfle à quatre feuilles sont pour moi beaucoup plus précieux. Janvier, je le veux donc glacé, silencieux et ouaté sous les flocons de neige, blanc le jour et cobalt sombre la nuit, les étoiles scintillant plus fort dans un ciel d’une pureté cosmique. Janvier, je le veux paisible, d’une quiétude douce et tranquillisante pour se préparer, se rassembler (comme le chat ou le sportif prêts à bondir) avant l’enchaînement …

Biscuits de Noël alsaciens

Pas de vrai Noël sans nos petits biscuits alsaciens. Ceux qui me lisent connaissent mon amour de l’Alsace dont le parfum de cannelle et les maisons à colombage imprégnèrent mon enfance. Noël est par excellence la fête des enfants et pour peu que l’on en soit resté un, le rituel de la confection de ces petits biscuits est une fête avant la fête. Dimanche dernier fût l’une de ces journées. Depuis le matin le ciel était d’un gris opaque et la neige tombait sans discontinuer ; tantôt à gros flocons ronds et moelleux soudainement bousculés par des bourrasques glacées, tantôt en poudre de cristaux impalpables qui se transformaient en nuages de neige lorsque le vent soufflant en rafale se faisait plus violent. Dehors, pas un chat, pas un merle, juste les silhouettes sombres de quelques passants glissant prudemment sur les trottoirs. La ville avait disparu ou plutôt s’était transformée en une esquisse d’elle-même ; les contours des maisons devenaient flous, les voitures disparaissaient sous le blanc tout comme les réverbères et les arbres. Un temps …

Les oiseaux de Sans Souci

Un chardonneret, une mésange huppée, un troglodyte-mignon.  Ils sont trois dans la chambre de mes parents, trois petits médaillons, trois souvenirs du Palais de Sans Souci ; le Palais de Frédéric II à Postdam que mes parents visitèrent lors d’un voyage en Allemagne de l’Est du temps où l’Allemagne se coupait en deux, du temps où j’étais toute petite et mon frère à peine conçu (ce qui m’a toujours fait dire qu’il visita Berlin avant moi …). La visite de ce palais leur avait laissé un souvenir enchanté et depuis, leur récit de la bibliothèque de Voltaire, des grosses pantoufles qu’ils avaient dû chausser pour ne pas érafler les parquets – mais glisser tels des patineurs – et des écureuils roux virevoltants dans les grands arbres du parc me faisait rêver. Aussi, lors d’un voyage professionnel à Berlin, il y a de ça quelques années, j’en profitais le dimanche avant mon retour pour filer à Postdam. Nous étions mi-février et le thermomètre était descendu très en dessous de zéro. Le quartier de Mitte où je …

En Provence (adresses gourmandes) – 2/2

Un pays, une région, se visitent aussi avec les papilles. Alors, je vous livre, en guise de conclusion du récit de notre balade estivale, quatre adresses à découvrir sur place mais aussi, pour certaines d’entre-elles de gourmandises à vous faire livrer (bonheur de la commande par internet qui mettra illico prestissimo la Provence sur votre table et du soleil dans votre hiver !). Moulin Jullien (miel et huile d’olive) – Saint-Saturnin-lès Apt J’ai découvert ce producteur il y a quelques années alors que je désespérais de trouver un bon miel de lavande. J’avais écumé les quelques boutiques spécialisées, notamment à Bruxelles, et les magasins bio mais leur miel était soit quelconque soit d’origine indéterminée (miel issu de l’Union Européenne …). Il ne me restait donc qu’à taper les bons mots-clefs afin de trouver la perle rare sur internet. Ce fut long – peut-être en raison de mes critères : il fallait que le miel soit de Provence et bio, mais sans que le producteur ne me coupe l’appétit (exit donc les babas cool barbus, écolos …

En Provence (balades, art et coins secrets …) – 1/2

Ce matin, alors que je laissais fondre sur ma langue une cuillerée de miel de garrigue (celui du Moulin Jullien à Saint Saturnin les Apt, mon préféré), je me suis dit que finalement, ce n’est pas parce que les vacances sont déjà loin qu’il ne faut pas partager adresses gourmandes et endroits secrets découverts cet été – et que j’aurais mauvaise grâce à ne pas vous livrer. Après tout, certains d’entre vous ont peut-être prévu de se balader en Provence cet automne ou de s’y rendre l’été prochain. Donc, il n’est jamais trop tard !… Comme je le laissais entendre dans mon article précédent, ces deux semaines passées en Provence ne nous ont pas vu sillonner la région comme des stakhanovistes de la découverte touristique. D’abord parce que je souhaitais ne pas trop bouger, éviter d’avaler les kilomètres enfermée dans une voiture et aussi parce que ces villages, cette campagne, je les connais. Il s’agissait plus d’une redécouverte tranquille, sans guide de voyage, sans plans, sans but précis sinon celui de se balader dans les …