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Tous les lilas de mai

C’était à l’automne dernier, je partais au travail, j’étais en retard, comme d’habitude, et d’une humeur de chien ou plutôt d’une tristesse noire. Pourquoi ? Je ne m’en souviens pas mais je sais qu’il est dans ma nature de passer de la joie la plus extrême à la mélancolie la plus sombre. Je me connais. Je devais alors me sentir coincée entre travail et contraintes, mécontente de ma vie, seule, sans avenir, sans la moindre perspective heureuse … Bref, j’étais en pleine déprime.

J’écoutais la radio – la voiture étant le seul endroit où je l’écoute – et pianotais sur l’autoradio, résignée à ne rien entendre qui me plairait car tout m’irritait. Mon doigt avait finalement enfoncé la touche 7, France Inter, où Augustin Trapenard annonçait que son invitée du jour allait se mettre au piano. Au point où j’en étais, j’écoutais, ne m’attendant à rien de bien.

Ce fut tout le contraire.

Quelques notes de piano, puis ces paroles On ne peut pas vivre ainsi que tu le fais, d’un souvenir qui n’est plus qu’un regret, sans un ami et sans autre secret, qu’un peu de larmes … chantées d’une voix tellement délicate, d’une limpidité et d’une douceur absolument bouleversantes. Ces mots étaient pour moi, comme si le hasard avait, une fois de plus, bien fait les choses et me chuchotait à l’oreille les mots de réconfort qu’il me fallait entendre. Car, oui, j’étais triste mais tous les lilas, tous les lilas de mai, n’en finiront, n’en finiront jamais … et tant que tournera que tournera le temps, jusqu’au dernier jusqu’au dernier Printemps, le ciel aura, le ciel aura vingt ans

J’avais ralenti pour mieux écouter, les larmes aux yeux, touchée en plein cœur.

Le ciel aura toujours vingt ans et les lilas sans cesse n’en finiront jamais … je le sais, je l’ai toujours su et cela me rassure. La consolation du ciel et de la terre en quelque sorte ; moutonnement des nuages, bleu infini du ciel et lilas dont le parfum enivre et fait bondir notre cœur, demain, au printemps prochain et même lorsque nous seront très vieux. Toute petite, j’avais été fascinée par cette séquence d’un film soviétique dans lequel deux enfants sont allongés dans un champ et contemplent le ciel (sublimes images en noir et blanc du ciel immense et des blés mouvants dans le vent) et où l’un deux, à voix basse, s’adressant à son camarade dit ceci : « il n’y a rien de plus beau au monde que le bleu du ciel ». Il y a des images, des expériences artistiques qui nous marquent à tout jamais et font de nous, je pense, les adultes que nous sommes devenus.

Il n’y a rien de plus beau que le bleu du ciel, que la promesse du printemps et le parfum à jamais merveilleux des lilas de mai …

Et puis, tant que tournera, que tournera le temps, le ciel aura, le ciel aura vingt ans et il ne tient qu’à moi d’en avoir tout autant … Il fallait juste me le rappeler.

***

Pour écouter la très émouvante interprétation de Tracy Kent de « La valse des lilas » de Michel Legrand, c’est ci-dessous :

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