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Gypso …

Lorsque je suis à la campagne, loin de la métropole lilloise et de ses territoires perdus, j’oublie pour un temps la violence et l’agressivité de ceux qui, la bave aux lèvres et la haine dans le regard, massacrent votre voiture à coups de pied car vous avez eu l’impudence d’actionner l’ouverture automatique de la grille de votre parking alors qu’ils passaient par là. Je sais de quoi je parle puisque j’en ai fait l’expérience récemment et, soit dit en passant, cela m’a coûté la bagatelle de mille euros en réparation de carrosserie…

Rien d’extraordinaire me direz-vous ; cette violence faisant maintenant partie du quotidien des grandes villes. D’ailleurs on vit avec, adoptant des comportements défensifs et anticipant les agressions possibles. Cela dit, parfois je n’en peux plus et me félicite de pouvoir filer à la campagne. Là, c’est encore un autre monde.

La plupart des gens sont assez placides, se saluent au supermarché et engagent facilement la conversation. Quant aux jeunes du village, ils se retrouvent dans la cabine de bus en face de la maison et me font plutôt sourire. Ils jouent aux durs, parlent fort et font pétarader leurs mobylettes mais il suffit que je leur lance un regard un peu sévère (qui me fait rire intérieurement) pour qu’ils décampent gentiment.

C’est de cela dont nous parlions la semaine dernière avec l’élagueur venu éclaircir la ramure de nos aulnes, de la vie à la campagne et de la vie en ville devenue parfois si insupportable. Lui habite près des arbres et de la forêt, se passionne pour son métier et n’envisage pas une seconde de se rendre en zone de combat… Il l’a fait pourtant il y a quelques mois et il en rit encore.

Il s’était rendu dans une ville déshéritée du Nord – devenue en quelques années ville-poubelle avec ses sympathiques zones de non-droit et son commerce on ne peut plus prospère en substance illicites – pour le mariage de sa cousine.

Arrivé de bon matin le jour de la cérémonie, il avait découvert que le dress code imaginé par la mariée imposait aux hommes un petit bouquet de gypsophile à la boutonnière. Il lui fallait donc trouver illico presto un fleuriste ! Chose – mais il ne le savait pas – qui n’allait pas s’avérer facile car les fleuristes ont été chassés du centre ville par les vendeurs de kebabs et de pizzas, les échoppes de bric à brac et les solderies en tous genres ; le tout drainant une clientèle que je vous laisse imaginer …

Notre élagueur s’en fût donc, accompagné de quelques amis, à la recherche d’une boutique de fleurs et ils n’eurent pas fait trois pas qu’un jeune homme se dirigea vers eux :

« Eh ! Salut ! Vous êtes perdus les gars ? Vous z’êtes pas du coin, hein ?
Notre élagueur et ses amis furent légèrement surpris mais expliquèrent qu’ils n’étaient effectivement pas d’ici et qu’ils avaient besoin de gypsophile.
— Ah, tu cherches du gypso …, du gypso quoi ?
— Du gypsophile !
— Ah, ouais, ben j’connais pas trop mais, attends, attends ! J’peux t’en avoir, pas de problème … Ton gypso, j’ai un pote qui va t’en trouver d’la bonne. Ouais, ouais, attends mec, j’appelle mon pote. Et sinon, dis, ton gypso, tu le fumes alors ? ».

Notre élagueur en rit encore et moi aussi …

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Cartes de Voeux

Ah l’heureux temps des cartes de vœux ! Enfin, le temps où l’on en recevait encore … Les textos, parfois des plus laconiques (« B.an 21 ! ») les ayant remplacées. Cela est consternant mais c’est ainsi. Il en va des vœux comme de tout, c’est-à-dire que la facilité remplace l’exigence et surtout l’envie de faire plaisir, tout simplement.

J’ai toujours pensé qu’une carte de vœux choisie avec soin et répondant au double critère de nous ressembler et de plaire à son destinataire était un petit cadeau postal. Comme toute vraie correspondance d’ailleurs ; une enveloppe de papier vergé sur laquelle on aura eu soin de coller un beau timbre étant la cerise sur le gâteau.

Mais bon pour cela il faut se rendre dans une papeterie, acheter une carte de vœux, l’écrire – et là, plus question d’être trop bref – puis affronter la queue toujours interminable au guichet « envois » de la poste. Il faut prendre du temps, oui.

Pourtant cela en vaut la peine.

Je suis pour ma part toujours ravie de découvrir dans ma boite aux lettres une enveloppe dont je sais d’avance, rien qu’en la soupesant, en lisant le nom de l’expéditeur ou à la vue d’étoiles poétiquement dessinées  à côté de mon adresse, que non, il ne s’agit pas d’une facture, mais de la carte de vœux envoyée par un ami qui connait mon goût du merveilleux, de la forêt sous la neige, de la nuit d’hiver, des constellations et du gui vert d’eau sous le givre et dont cette carte en sera le reflet.

Ouvrir alors cette enveloppe, c’est ouvrir un cadeau d’attention et de délicatesse. Des vœux ainsi souhaités ne peuvent être que sincères.

Moi-même, tous les ans, j’envoie des cartes de vœux. Pas à tout le monde, j’en conviens car j’applique le conseil de Mao Tse Toung « conduis toi avec les autres comme les autres se conduisent avec toi ». Un texto rapide reçu sur mon Smartphone me verra répondre de la même manière. Quant aux envois en nombre, comble de l’impolitesse, je n’y réponds même pas.

En revanche, pour ceux de mes amis qui continuent à présenter leurs vœux comme moi, je choisis de belles cartes et m’applique à ce que tout soit parfait, de l’écriture, à l’enveloppe en passant par le timbre que je tiens toujours à coller moi-même – les employés des postes n’ayant pas mon exigence quant à son positionnement parfait …

Certains diront que je suis d’une autre époque et que les vœux, ben, on s’en fout. Mais que dire alors des anglais pour qui l’échange de cartes est une tradition (il faut voir sur Instagram toutes leurs cartes reçues exposées en bonne place!). Que dire aussi de Raymond, le voisin d’en face à Bruxelles, déposant chaque 1er janvier un poème de son cru dans la boite aux lettres ? Ah, oui, c’est vrai, Raymond doit bien avoir dans les nonante ans … Donc, même si je suis loin d’avoir son âge, je dois être d’une autre génération ou d’une autre planète.

Qu’à cela ne tienne, je remettrai ça l’année prochaine et peut-être même à l’attention des rédacteurs de textos. Après tout, il n’est jamais trop tard pour leur apprendre à bien faire …

Chers fidèles lecteurs, bonne année !

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Christmas cake

Autant l’avouer, je suis une fan absolue de la série britannique Downton Abbey. Alors quand mes yeux se posèrent sur Downton Abbaye, recettes de Noël, exposé en bonne place au Furet du nord, j’en saisi un exemplaire, le feuilletai avec délectation – découvrant de superbes photos, une mise en page élégante et des recettes à l’avenant – puis me dirigeai vers les caisses, un exemplaire sous le bras et un sourire de satisfaction aux lèvres. Car si j’aime Downton Abbey, j’aime aussi Noël et l’idée de tester de nouvelles recettes anglaises comme ce Christmas cake. La photographie figurant à côté de la recette me donna en effet immédiatement envie de faire ce gâteau, promesse de réconfort, d’authenticité et de Noël traditionnel. Qu’il est loin en effet le temps où ma grand-mère petite-fille s’émerveillait d’une orange et où amandes et figues séchées composaient un dessert de fête. Ce cake de Noël me semblait parfait. A la fois simple et somptueux car riche en raisins secs, amandes, zestes d’agrumes, parfumé au Cognac et décoré de fruits confits.

L’auteur conseille de réaliser ce gâteau dès le premier dimanche de l’Avent afin qu’il se bonifie avec le temps – comme pour le Christmas pudding (son cousin) que ma mère fait chaque année dès la Sainte-Catherine. Toutefois, ne le faisant, faute de temps, que juste avant Noël, je fus surprise du résultat plutôt pas mal et du goût excellent. Donc, si vous êtes en vacances, avez du temps et êtes un peu gourmands, vous pouvez encore préparer un Christmas cake (considérez-le alors comme un essai pour l’année prochaine) et le déguster par petites portions avec une tasse de thé ou simplement noter sur votre agenda d’en faire un l’année prochaine … Pour ma part, une alerte est déjà installée sur mon téléphone. Le premier dimanche de l’Avent de 2021 me verra en train de préparer mon Christmas cake (si tout va bien, je croise les doigts).

Voilà la recette !

Christmas cake

Ingrédients

  • 225 g de farine
  • 170 g de beurre
  • 170 g de vergeoise ou de cassonade
  • 2 œufs
  • 3 c. à s. + 2 c. à c. de mélasse raffinée ou de sirop de canne brun
  • 300 ml de lait entier
  • 450 g de raisins de Corinthe
  • 115 g de zestes d’agrume confit haché
  • 2 c à s. d’amandes entières blanchies, grossièrement hachées
  • 1 c. à s. d’amandes douces d’abricot très finement hachées (je les ai remplacées par des amandes)
  • Cognac ou whisky pour parfumer le gâteau (je préfère le Cognac)

1 moule à manqué à fond amovible et antiadhésif de 18 cm de diamètre.

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Je vous donne ma façon de faire, très légèrement modifiée pour plus de facilité.

Garnissez le fond du moule d’une double couche de papier sulfurisé. Découpez 2 carrés de papier kraft, un peu plus larges que le moule et réservez. Découpez une double bande de papier kraft de la hauteur du moule et suffisamment longue pour envelopper entièrement la circonférence du moule.

Préchauffer votre four à 135 °c.

Dans un robot muni d’une lame (utiliser un robot pour cette première partie est beaucoup plus pratique), mettre la farine puis le beurre très froid coupé en petits morceaux. Actionnez le robot afin d’obtenir un mélange sableux. Ajoutez la vergeoise ou cassonade et mélangez à nouveau. Incorporez ensuite, en mélangeant à chaque ajout d’ingrédient : les 2 œufs puis la mélasse ou sirop de canne. Ajoutez enfin le lait en filet tout en mélangeant.

Versez votre appareil dans un grand bol et incorporez les raisins, les zestes confits et les amandes.

Versez la pâte dans le moule. Entourez-le avec la bande de papier kraft et fixez-la avec de la ficelle de cuisine. Posez l’un des carrés de papier kraft directement sur la grille du four et posez le moule dessus. Posez l’autre carré sur le gâteau.

Laissez cuire pendant 3 heures jusqu’à ce qu’une pique insérée au centre du gâteau en ressorte propre.

Laissez refroidir environ 1 heure dans le moule, sur une grille puis desserrez les parois du moule (ne garder que le fond du moule sur lequel repose le gâteau) et posez le gâteau sur la grille. Laissez refroidir. Piquez le dessus en plusieurs endroits à l’aide d’une pique en métal puis nappez la surface de 3 à 4 cuillerées à café de Cognac. Enveloppez le gâteau de papier sulfurisé, rangez le dans une boite hermétique et conservez-le jusqu’à Noël, dans un endroit frais et sombre, en l’humidifiant de cognac une fois par semaine.

Au moment du service, enlevez soigneusement le papier sulfurisé du fond du gâteau et déposez-le sur un joli plat. Chauffer dans une petite casserole quelques cuillerées de confiture d’abricot et passez-la à travers un chinois au dessus d’un bol. Badigeonnez ensuite le dessus du gâteau de confiture à l’aide d’un pinceau. Disposez harmonieusement un mélange d’amandes blanchies, de noix et de fruits confits en les pressant légèrement contre la surface pour qu’ils adhèrent au glaçage.

L’auteur précise que cette recette est issue d’un livre de cuisine de 1920 et que ce gâteau peut être décoré de fruits secs et confits mais aussi recouvert d’un glaçage blanc. Pour ma part, je trouve qu’un décor de fruits confits est du meilleur effet.

Petit conseil : ne lésinez pas sur la qualité des fruits confits car le goût et l’effet visuel en dépendent. Aussi fuyez les fruits des supermarchés et faites plutôt vos emplettes dans une épicerie fine ou une bonne confiserie.

Prenez un peu de recul, admirez votre chef-d’œuvre et préparez-vous à recevoir les compliments de vos invités ! Ce Christmas cake est en effet un pur délice.

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Cette recette est extraite de :

Downton Abbey, Recettes de Noël – Le livre officiel – De Regula Ysewijn (éditions Marabout). Voir ICI.

The Official Downton Abbey Christmas Cookbook By Regula Ysewijn (Weldon Owen US, Titan Books UK, DK Verlag Germany).

Venise d’automne : album photo

Au risque de lasser ceux que Venise laisse de marbre, mais en pensant à ceux qui comme moi n’ont de cesse que de s’y rendre même virtuellement, j’ai sélectionné quelques photos sans prétention, prises lors de mon dernier séjour et reflet de ce j’aime particulièrement. Certains reconnaitront facilement le canal de l’arsenal, le campo San Zanipolo, les Zaterre, San Giorgio … Mais finalement peu importe, il n’est pas question ici de proposer un mini-guide touristique mais plutôt des fragments de la ville, une lumière, des couleurs … Tout ce qui pour moi fait Venise.

J’espère que ces quelques images parleront à ses amoureux en attendant que nous puissions retrouver enfin Venise pour de vrai. Et là, en cette fin décembre, à la veille d’une troisième vague, et au lendemain d’un nouveau confinement en Italie, cela semble malheureusement compromis … Pour l’heure, des images en attendant le retour.

Sous les fenêtres de mon appartement, les bancs rouges …
Pas de selfies, des autoportraits …
Clin d’oeil, pour ceux qui ont lu l’article « Venise d’automne ».
Turner à Venise …
Moi aussi. Comment résister ?

Un café ou un spritz ? Deux, trois adresses à Venise …

Loin de moi l’idée de vous donner une liste exhaustive de tous les cafés de Venise mais plutôt de partager quelques adresses que j’apprécie tout particulièrement. Car à Venise, prendre le temps de savourer un espresso, un petit gâteau ou un spritz fait selon moi partie du bonheur de vivre la ville. Quoi de mieux en effet que de déguster un café tout en étant à la fois parfaitement détendu et d’une attention extrême à tout ce qui nous entoure. Une expérience multi sensorielle comme je l’écrivais dans mon précédent article … Et puis, pour connaitre véritablement une ville, j’ai toujours pensé qu’il n’y a pas mieux que les librairies et … les cafés.

Certaines adresses ne sont plus à présenter mais, je me suis aperçue que, malgré tout, certains répugnent à s’y rendre, par snobisme sans doute – le « trop connu » devant être pour eux synonyme de vulgaire – ou par crainte d’une addition trop salée. Dans les deux cas, c’est idiot. Du troquet minuscule aux ors de chez Florian, Venise dévoile là aussi son âme à qui sait l’entrevoir. Il faut, pour cela, faire siens les endroits que l’on aime, les retrouver comme de vieux amis fidèles et profiter tout simplement de l’amertume de son café et de la douceur de son croissant, prendre le temps de regarder, d’écouter, d’absorber la vie vénitienne.

Caffè Florian

Je souris toujours intérieurement lorsque j’entends certains s’écrier « Ah, Florian ! Mais c’est complètement surfait, un cliché pour touristes ! ». Eh bien non. Certes Florian est un café mythique, le plus ancien de Venise, qui a vu défiler Goldoni, Verdi, Proust … – mais c’est avant tout un endroit absolument exquis : banquettes de velours rouge, peintures sous verre, boiseries sombres, guéridons de marbre blanc et miroirs … Ici rien n’a changé depuis le 18ème siècle et s’installer dans l’un des petits salons pour y déguster un chocolat chaud ou un capuccino, c’est remonter le temps, tout simplement, car là encore passé et présent s’entrechoquent. Et puis le décor est somptueux, l’atmosphère feutrée et la gentillesse des serveurs on ne peut plus plaisante.

Bien sûr, ce café figure dans tous les guides touristiques et parfois ses salons sont tellement bondés que l’expérience peut être décevante voire absolument atroce. J’ai ainsi le souvenir d’un après-midi de pluie et d’une envie de chocolat chaud qui me vit filer chez Florian. Malheureusement, lorsque j’arrivai, presque toutes les tables étaient occupées et je dus m’installer à côté de ce que je découvris être un groupe de chinois. Envahissement sonore et spatial assuré. Le charme du lieu ne pouvait agir … J’avalai mon chocolat songeant avec nostalgie à ce vieil anglais aperçu dans ces mêmes salons quelques années auparavant ; costume de lin grège et panama, il était lui d’une élégance discrète, en totale harmonie avec le lieu. Les barbares en jogging fluo en étaient loin …

Donc, vous l’aurez compris, Florian est à fuir en haute saison, durant le carnaval et les week-ends, périodes à haut risque d’invasion touristique auxquelles on préfèrera le plein hiver ou le début de matinée. Lors de mon dernier séjour, je m’y suis ainsi rendue dès l’ouverture pour y prendre le petit déjeuner et … j’étais la seule cliente. Bonheur décuplé que de déguster café brûlant et croissants dans l’un des petits salons déserts. Je me suis d’ailleurs surprise à soupirer d’aise.

J’avais le temps, les serveurs discutaient entre eux sous les arcades des procuraties, la lumière était belle et mes croissants à la confiture d’abricot et aux amandes – au diable la taille de guêpe – absolument divins (les meilleurs que j’ai mangés à Venise). « Calme et volupté » … une belle façon de démarrer la journée.

Alors, pas de snobisme, allez chez Florian !

Pour ce qui est des prix (on me pose souvent la question), tout est relatif et dépend de vos goûts et de vos habitudes. Pour ma part, je ne trouve pas excessif de débourser un peu plus de 20 € pour un caffé latte et deux croissants de haute volée ; le tout servi sur un plateau d’argent avec un souci du détail et de la perfection à l’image du cadre…

Caffè Florian – Piazza San Marco. Plus d’infos ici.

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Tonolo

Une référence. Pour moi, la meilleure pâtisserie de Venise. Et même s’il y a toujours foule, le service est extrêmement agréable – aucune impatience des serveuses lorsque l’on hésite entre plusieurs gâteaux. Les croissants (de toutes sortes : aux amandes, à la confiture d’abricot et au chocolat) ainsi que les petits gâteaux sont excellents, tout comme les cafés, servis dans de jolies tasses blanches et bleues.

J’aime bien m’installer au comptoir, au fond du magasin, pour déguster café et viennoiserie. On peut alors, en plus du plaisir gustatif, observer la vie de la boutique, la préparation des commandes et parfois, engager la conversation avec son voisin, vénitien habitué du lieu … Car même si Tonolo n’échappe pas aux touristes, sa clientèle est surtout vénitienne.

Les prix : seulement quelques euros pour une mini-pâtisserie (ou un croissant) et un espresso. Gâteaux individuels : environ 4 €.

Tonolo – Calle S. Pantalon, 3764 (Dorsoduro). Plus d’infos ici.

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Rizzardini

Cette toute petite et très ancienne pasticceria vaut le détour. D’abord pour son décor années vingt tout en boiseries mais également pour ses pâtisseries et ses biscuits vénitiens. Tout est très bon et on peut ici aussi prendre un café, accoudé au bar tout en échangeant quelques mots avec les serveuses adorables.

Bon nombre de vénitiens viennent y acheter leur gâteau du dimanche et là encore, le tourisme de masse n’a pas eu la peau de cet endroit qui reste authentique !

Les prix : comme chez Tonolo, très raisonnables. Seulement quelques euros pour un café sur le pouce accompagné d’une douceur.

Pasticceria Rizzardini – 1415 Calle dei Meloni (San Polo).

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Café Al Leon Bianco

Le café, à côté de « chez moi », mon café donc !

Al leon bianco est un petit café de quartier avec sa clientèle d’habitués. L’hiver, pas de terrasse et peu – voire pas – de touristes mais des gens du quartier et une ambiance de vrai café. On parle autour du bar, on s’apostrophe, on admire le chien d’un client venu boire d’un trait un ristretto, des étudiants dévorent leurs tramezzini et vous souriez du spectacle. Dehors, il pleut des cordes mais vous pourriez ici passer des heures.

L’été, c’est tout aussi agréable. La terrasse est ouverte dès 8 heures et y prendre un premier café, alors que le campo de l’Arsenal est encore désert et donc très calme, est un vrai bonheur. Mais c’est pour l’aperitivo que ce café à ma préférence. Dès 18 heures, sa petite terrasse fait le plein : des habitués, quelques touristes et des militaires – uniformes blancs et épaulettes dorées – au sortir de l’arsenal. Il vaut donc mieux s’y rendre assez tôt. Les serveuses sont sympathiques et efficaces et le spritz absolument parfait. Et puis, depuis la terrasse, vous avez vue sur le campo, la porte terrestre de l’arsenal et l’imposant lion du Pirée qui vous regarde siroter votre drink. On ne peut rêver meilleure compagnie.

Ce café propose également tramezzini et autres en-cas pour un déjeuner rapide.

Les prix : quatre malheureux euros pour un spritz. A ce tarif, on en boit deux …

Al Leon Bianco – Campo Arsenale (Castello). Plus d’infos ici.

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Rosa Salva

Une institution à Venise avec deux adresses, calle Fiubera dans le quartier de San Marco et Campo San Giovanni e Paolo qui a ma préférence. Ici encore cette pasticceria nous fait remonter le temps avec ses façades de bois vert bouteille et la typographie si particulière de son enseigne. On peut y prendre un café au bar ou s’installer dans la toute petite salle ou en terrasse.

Leurs gâteaux et biscuits (zaleti, buranelli, fregolota …) sont excellents ainsi que leurs tramezzini (au jambon, aux légumes grillés ou aux crevettes). Tout est préparé dans leurs ateliers et d’une grande fraicheur. Franchement, le meilleur endroit pour un déjeuner sur le pouce mais de qualité. D’ailleurs, Rosa Salva – qui est aussi un traiteur – organise bon nombre de réceptions dans les palais de la ville, c’est dire …

L’été, sa terrasse est très agréable et ses glaces artisanales un pur délice. Je vous recommande particulièrement le sorbet aux fruits des bois et celui au citron !

Cette adresse, bien que fréquentée par les touristes, reste elle aussi authentique et les vénitiens y ont leurs habitudes. Le bar est toujours bondé, l’atmosphère effervescente mais vous arriverez toujours à vous faufiler entre deux camarades sirotant leurs spritz bianco ou une dame un peu âgée, bien mise et le cheveu un peu trop laqué, emportant religieusement des choux à la crème joliment emballés.

Les prix : plus que raisonnables compte tenu de la qualité. Comptez environ 2 € pour un tramezzino ou un mini croissant fourré au jambon cru et 1.50 € pour une mini pâtisserie.

Rosa Salva – Campo SS. Giovanni e Paolo (Castello). Plus d’infos ici.

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San Giorgio Café

Situé sur l’île de San Giorgio juste derrière le port de plaisance, et donc assez confidentiel, ce café est l’un de mes préférés. J’aime y prendre un spritz en fin de journée car leur petite terrasse est toujours assez calme (il faut venir sur l’île ! – même si elle n’est qu’à quelques minutes de vaporetto de la place Saint Marc) et fréquentée surtout par les visiteurs ou l’équipe de la fondation Cini). Moi, je peux faire le déplacement juste pour un verre et … la vue sur le bassin de Saint Marc – de la Pointe de la Douane aux Giardini. D’ici, on contemple Venise d’un seul coup d’œil, en en étant éloigné juste ce qu’il faut comme lorsque l’on prend un peu de recul devant une toile monumentale.

Photo : D’Uva srl

Leur spritz est toujours accompagné de cichetti délicieux et très frais. Le service est à la fois cool et efficace et on vous laisse siroter votre apéritif tranquillement. Je prends donc toujours le temps, savourant chaque gorgée, chaque bouchée, les couleurs ocres et roses de la Riva degli Schiavoni dans la lumière du soir, je peux aussi griffonner quelques notes, passer un ou deux coups de fil (faisant des envieux lorsque l’on me demande « mais t’es où ? »). Ensuite, par ce qu’il faut bien rentrer, j’attends le vaporetto en admirant le ciel orangé au dessus du canal de la Giudecca … Là encore, une belle manière de terminer la journée !

Les prix : environ 5 € pour un spritz. On peut également déjeuner ou dîner (cuisine d’inspiration méditerranéenne et plats vénitiens) dans le restaurant au décor contemporain simple et chic.

San Giorgio café – Ile de San Giorgio. Plus d’infos ici.

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Café du musée Correr

Là, j’y vais moins pour le café (bon mais sans plus) que pour le lieu lui-même et la vue (la vue ! ) sur la place Saint Marc.

Ce café – pour ceux qui ne le connaitraient pas encore – est situé au premier étage du musée Correr, dans l’aile Napoléon des Procuraties. Ses fauteuils de velours prune, les délicieuses fresques de style Empire et les hautes fenêtres donnant sur la piazza font le charme du lieu. Encore une fois, je vous recommande d’y aller à l’ouverture car il n’y a personne. Et peu de monde également dehors. C’est donc l’endroit parfait pour un petit café avant d’attaquer les collections du musée ou pour simplement respirer l’air du temps – le nôtre et celui du passé -, un livre à la main et un œil sur la place Saint Marc encore calme. Et ce café étant accessible même si vous ne visitez pas le musée, vous pouvez en faire un lieu de rendez-vous avec vos amis ou juste avec vous-même (ce qui est bien aussi …).

Musée Correr – Piazza San Marco. Plus d’infos ici.

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J’aime aussi …

La terrasse sur l’eau de La Calcina

Cet hôtel qui fût mon préféré a beaucoup perdu en charme depuis sa reprise par des français propriétaires également d’un hôtel à Megève (c’est tout dire …). Je regretterai toujours l’ancien décor délicieusement suranné : boiseries sable, fresques florales en ton sur ton, bibliothèques de bois précieux regorgeant de livres anciens, fauteuils de velours passé, guéridons et gravures anciennes. C’était un hôtel d’écrivains (John Ruskin y séjourna et plus près de nous Sollers y avait ses habitudes et y écrivit bon nombre de ses romans), un hôtel pour voyageurs amoureux de Venise … Nous en sommes maintenant un peu loin. Néanmoins sa terrasse sur l’eau reste des plus plaisantes. Je vous la conseille surtout pour un apéritif ou thé d’après-midi car le restaurant n’est plus non plus celui qu’il était.

La Calcina –  Fondamenta Zattere Ai Gesuati, 78 (Dorsoduro). Plus d’infos ici.

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Sulla luna

Photo : Sullaluna

Une librairie-bistrot ou un bistrot-librairie … un peu bobo mais très sympathique. On peut prendre un thé ou déjeuner sur le pouce au milieu des livres. Leur sélection de romans graphiques et de livres pour enfants est très intéressante et le décor un mélange de simplicité brute et de raffinement. C’est l’endroit parfait pour une petite halte dans le quartier de Cannaregio et j’y retourne toujours avec plaisir pour déguster un Earl Grey bio et une part de gâteau maison. Et puis, je trouve qu’à Venise, de tels lieux font du bien. Rien ici pour attirer le touriste mais plutôt les amoureux des livres. Un endroit où il fait bon passer un moment, même seul, un livre à la main et une tasse dans l’autre tout en profitant du soleil qui inonde la pièce. Un endroit pour ceux qui furent chat (vénitien) dans une autre vie en quelque sorte …

Sulla luna –  Fondamenta Misericordia, 2535,  (Cannaregio). Plus d’infos ici.

Venise d’automne

Je devais m’y rendre en juin. Ce fût partie remise, l’épidémie ayant eu raison de notre liberté. Coincée, j’étais coincée. Je repoussai donc mon vol et la réservation de mon appartement de l’arsenal à fin septembre me disant qu’après tout, je ne connaissais pas Venise en automne, que les jours devaient encore y être doux, la lumière dorée et les touristes pas trop nombreux. Je croisais quand même les doigts, priant pour que la deuxième vague ne m’empêche de partir. Ce qui s’avéra inutile. On a beau prier, le pire est toujours certain. Deux jours avant mon départ, l’Italie instaurait de nouvelles règles d’entrée sur son territoire obligeant les voyageurs à fournir un test covid négatif … Autant dire que ce fût une course effrénée. Trouver un laboratoire, faire un test et surtout obtenir des résultats en moins de 24 heures s’avéra un véritable parcours du combattant. J’atterris finalement dans un drive dédié au goupillonnement nasal et obtins mon résultat en moins de douze heures. Ouf, je pouvais partir. La suite cependant fut tout aussi pénible : pluie diluvienne et tempête le jour du départ, contrôles zélés dans un aéroport de Zaventem si désert qu’il en était presque inquiétant, longue attente, fatigue et énervement … J’en venais presque à me dire qu’il aurait mieux valu que je ne parte pas tant tout semblait être contre moi. D’ailleurs, si j’ai appris une chose dans la vie, c’est qu’il ne faut jamais rien forcer. J’avais voulu Venise à tout prix, faire fi du virus, me persuader que tout était possible et facile et bien non. Tout était odieusement compliqué et je n’arrivais même pas à éprouver de plaisir à ce départ. J’arrivai à l’aéroport Marco Polo épuisée, pestant contre les tapis roulants hors service et à la vue d’une queue interminable devant l’embarcadère des transports d’eau. J’attendis presque une heure un bateau de la seule linea blu, frigorifiée et dans un silence inhabituel car le virus, à l’évidence, rendait les autres voyageurs soupçonneux et peu portés à l’échange ne fut-ce que, masque oblige, par un sourire avec les yeux … Ça commençait mal.

Ce n’est qu’une fois assise dans le bateau que je me détendis un peu. Je m’étais installée dans la partie arrière, là où il n’y a que quelques places. Nous étions donc peu nombreux, juste une jeune femme d’une élégance toute italienne – trench beige, pantalon noir, bracelet manchette et grande besace dorée -, des résidents de Murano avec leurs chariots à roulettes débordant de provisions, riant et parlant fort, et un jeune couple, des allemands, tout à leur contemplation de la lagune, s’échangeant des regards qui en disaient long sur leur émerveillement. Le ciel était gris bleuté et la lagune d’un vert opalescent. Il me restait juste à décompter les arrêts de ce bateau-bus : Fondamente nove, Ospedale, Bacini, Certosa … Je me calai confortablement sur mon siège, plus sereine. Je savais que dans moins d’une heure, j’allais enfin arriver, que tout cela était bien réel et que oui, j’étais bientôt à Venise …

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Je descendis à Arsenale et retrouvait tout. Je n’étais pas partie en fait, je m’étais juste absentée. J’aurais pu rejoindre mon appartement les yeux fermés. Emprunter l’étroite calle dei Forni, passer devant la boutique du photographe puis l’osteria Al Forno, tourner à droite puis tout de suite à gauche et rentrer « chez moi ».

Giuseppe m’attendait près des bancs rouges afin de me remettre les clefs. Alors qu’il peinait à ouvrir la porte de l’appartement, je lui indiquai comment tourner la clef avec de légers à coups car je savais la serrure récalcitrante. Cela me fit sourire et je pensais que c’est finalement cela qui nous rend un lieu familier. La connaissance intime de ses particularités, de ses défauts. Moi, la serrure ne me résistait pas, tout comme les stores-moustiquaires que je savais devoir dérouler avec précaution …

Giuseppe reparti, je n’avais qu’une hâte: m’installer et chasser la mélancolie sourde qui, à mon grand étonnement, m’avait envahie. Certes je retrouvais l’appartement inchangé et cela me plaisait, moi qui aime tant être rassurée par ce qui est immuable – c’est d’ailleurs peut-être un peu pourquoi j’aime tant Venise – mais j’y retrouvais aussi le souvenir des derniers bons moments avec Bruxelles. Il y a un an, nous nous écharpions copieusement mais avions encore malgré tout une certaine complicité. Cette année j’y revenais seule, c’était un choix. Cela n’empêchait pas une légère tristesse. J’avais sous les yeux le décor de la fin de notre histoire et ne pouvais m’empêcher de revoir Bruxelles préparant un risotto dans la petite cuisine, sirotant son café à la fenêtre ou, bien que cela avait le don de m’agacer au plus haut point, faisant la sieste.

Alors je m’activais. Ranger, mettre en ordre est toujours un bon remède, tout comme la pizza que j’allais ensuite m’acheter via Garibaldi et que je fis suivre d’un petit espresso. Un estomac satisfait permet bien souvent de tout envisager différemment. J’attrapais donc mon sac et le chariot à roulettes mis à ma disposition, indispensable pour faire ses courses à la vénitienne, puis m’engouffrais dans le premier vaporetto en direction des Zatterre. Car tant qu’à me rendre dans un supermarché autant choisir celui se trouvant face au canal de la Giudecca et qui est, soit dit en passant, l’un des mieux achalandés. Et puis cela m’amusait de m’y rendre en bateau.

Je rentrais alors que le soir tombait assombrissant le ciel et l’eau. La ligne graphique des Zatterre s’étirait, éclairée par la lumière des réverbères et des restaurants. J’étais restée debout dans la partie à l’air libre du vaporetto, mon chariot de courses calé contre moi. Les arrêts se succédaient rythmant le retour et en me penchant un peu je pouvais apercevoir, vers Marghera, les lueurs oranges du soleil couchant. Le bateau tanguait légèrement et je retrouvais avec amusement cet automatisme qui consiste à se laisser porter par le mouvement tout en le contrebalançant afin de garder l’équilibre même sans appui. L’air était frais, iodé, revigorant. Les sons – glissement des barrières métalliques, cris des mouettes, clapotis de l’eau – m’étaient familiers, tout comme l’église de San Giorgio dont la blancheur irradiait dans la pénombre. Aussi, en dépit du léger voile de tristesse qui ne me quittait pas, je me sentais plus calme. Tout semblait encore un peu irréel mais je revenais doucement à moi ou plutôt à Venise.

***

Ce n’est toutefois que le lendemain que je retrouvais vraiment Venise. Car tout est affaire d’état d’esprit et même d’état physique. Et en ce dimanche matin, réveillée tôt et ravie de constater que le soleil entrait par l’une des fenêtres dont j’avais laissé les volets ouverts, je me sentais parfaitement bien. Je trainais un peu au lit, les yeux fixés sur les poutres du plafond, laissant mon esprit vagabonder. Qui habitait ici auparavant ? Je me suis toujours posé la question lorsque j’ai été amenée à séjourner dans de vieilles bâtisses, persuadée que les lieux gardent la mémoire de leurs occupants et des évènements heureux ou malheureux dont ils furent témoins. J’en ai d’ailleurs fait l’expérience dans les combles d’un château qui m’a vu les fuir tant l’atmosphère y était lourde d’évènements à n’en pas douter douloureux, ce dont j’eus ensuite la confirmation. Pour ce qui est de mon appartement, j’avais lu que la calle della Pegola où il se trouve devait son nom aux pegoloti qui calfeutraient les fissures des navires du temps où l’arsenal tout proche pouvait produire une galère en une seule journée. Certains d’entre eux avaient donc peut-être vécu dans la maison où je me trouvais. Il n’en restait cependant nulle trace. En revanche, je savais que les reflets sur l’eau vert céladon, le ciel bleu frais par-dessus le mur d’enceinte de l’arsenal, il l’avaient vu, l’avaient perçu, s’en étaient peut-être délectés comme je le faisais à cet instant. Un lien sensible, comme ce rayon de soleil par la fenêtre que j’avais maintenant ouverte…

Il faisait magnifiquement beau et calme. Seul le bruit de l’eau coulant de la fontaine près des bancs rouges parvenait jusqu’à moi. Je décidais de me faire un thé mais me ravisais. J’avais envie de croissants aux amandes encore tièdes et surtout de sortir très vite, de renouer avec mes habitudes matinales, de reprendre ma balade rituelle. La boulangerie était un prétexte. Je fus donc dehors en moins de trois minutes et c’est là finalement, au moment où je franchissais le pont de l’arsenal qu’eurent lieu mes vraies retrouvailles avec Venise. Une brise légère ridait la surface de l’eau, l’air était frais, la lumière à la fois froide et dorée, une lumière de matin d’automne, et le ciel d’un bleu lavé plein de promesses. Ce fut un éblouissement, une évidence. Je me souviens d’ailleurs n’avoir pu réprimer un rire de bonheur et m’être dit que c’était beau, que tout était là, que je comprenais pourquoi j’étais revenue, pourquoi j’aimais tant cette ville, ce « haut lieu de la religion de la beauté ». Là sur ce pont de l’arsenal – également si bien nommé ponte del paradiso -, ça commençait bien …

***

Cette année, je n’attendais rien ou plutôt ne m’étais fixé aucun programme. Pas de liste d’expositions à voir ou de musées à revoir. Je souhaitais simplement prendre le temps : flâner, bouquiner en dégustant un capuccino, aller au marché … Ne rien attendre étant d’ailleurs peut-être le meilleur moyen pour que les choses arrivent … Et à Venise comme partout ailleurs.

Je sortais néanmoins chaque matin assez tôt. Je voulais avoir le temps de perdre du temps. Cela commençait par ma promenade vers la boulangerie ; une grande boucle à travers les ruelles avec toujours un passage le long de la riva degli Schiavoni. J’aimais ce rendez-vous quotidien avec la lagune au petit matin. Toute seule, les mains dans les poches, libre, toute à ma contemplation des couleurs de l’eau et du ciel, de San Giorgio ocre-rose dans le soleil levant ou disparaissant presque dans la brume. Parfois, un promeneur solitaire faisait de même et nous échangions alors un sourire en guise de salut comme le feraient les membres de quelque société secrète. Nous savions que se lever tôt nous donne à voir une Venise qui s’ébroue, s’éveille, une Venise des vénitiens, une Venise pour initiés ou plutôt pour ses amoureux qui alors ne sont pas gênés par les touristes.

Cette heure est aussi celle de la promenade des chiens. Petits ou grands modèles, leurs maîtres les promènent en silence et les bêtes elles-mêmes donnent rarement de la voix, conscientes peut-être du privilège qui est le leur. Un matin, alors que je rentrais, suivant de loin un grand labrador, je m’arrêtais net au pied du pont de l’arsenal. De l’autre côté de la rive, le chien, à la demande de son maitre, posait entre les lions de pierre. Il était assis et attendait placidement la prise de vue. L’homme prenait son temps, avançant, reculant pour choisir le meilleur cadrage. Le chien avait légèrement penché la tête de côté et regardait l’objectif. Il posait, encadré par deux des félins de pierre de l’arsenal dont il avait l’exacte couleur blanc cassé. J’aime les gens qui photographient ; enfin, ceux qui photographient vraiment en prenant le temps de d’abord regarder. Et ce matin là, sur le campo de l’arsenal encore désert, c’était le cas. Cet homme avait vu la correspondance plastique entre son chien et les lions, avait dû s’en amuser et décidé de faire une photo. C’était à la fois drôle et touchant.

Cette scène aurait-elle la même saveur dans une autre ville ? Je ne le pense pas. A Venise l’art est partout et les scènes les plus banales prennent une dimension cinématographique sans d’ailleurs que les acteurs en soient conscients. C’est cela qui est beau. Comme ces trois ouvriers cassant la croûte au pied de la façade de l’église de San Francesco della Vigna. Assis côte à côte en rang d’oignon, ils discutaient entre deux bouchées et deux gorgées de bière. Le chef d’œuvre de Palladio au pied duquel ils se trouvaient, ils n’en avaient sûrement que faire et c’était très bien. Tout comme cette petite fille que je croisais un jour sur le côté de cette même église. Elle jouait à courir entre le haut mur ocre rouge de l’édifice et le canal tout proche puis s’était assise elle aussi contre le mur, essoufflée par sa course. Pull rouge sur mur rouge, les genoux dans les mains et le regard espiègle. Je lui avais souri, demandé si je pouvais la photographier ce qu’elle avait accepté avec un grand hochement de tête. Elle aussi, de Palladio, elle n’en avait que faire. Elle jouait et c’était très bien. Tant que l’on vivra à Venise comme dans n’importe quelle ville, Venise vivra …

C’est aussi ce que je faisais d’une certaine façon. J’y vivais comme chez moi, avec des habitudes autres certes, mais avec des habitudes et une connaissance du quartier qui parfois m’amusait. Comme ce voisin qui chaque jour s’en allait de bon matin à la pêche. Nous sortions de concert, moi pour ma balade vers la boulangerie, lui – short rouge un peu trop grand et faux cabas Vuitton – vers quelque endroit poissonneux de la lagune. Et aussi, chaque soir, le spectacle de l’arsenal éclairé aux couleurs du drapeau italien ; le spectacle n’étant pas tant dans les jeux de lumière que dans les préparatifs : installation des projecteurs de chaque côté de l’entrée, hésitations comiques quant à leur positionnement, déploiement des rallonges électriques et essais techniques par deux employés qui le lendemain matin remballaient le tout. Une installation du décor à la fois amateur et bon enfant et que les lions de pierre devaient trouver quelque peu dérisoire. Tout comme la diffusion de l’hymne italien, à heure fixe, matin et soir, par deux haut-parleurs astucieusement dissimulés dans le mur d’enceinte. Le son était exécrable, grésillant, et l’effet produit, assez loin de celui recherché, prêtait plutôt à sourire …

Sans programme, je vivais la ville, tout simplement ; dans une disponibilité que permet la solitude et le temps puisque j’étais là pour une longue semaine.

J’allais à mon rythme, décidant le matin d’aller au marché ou de revoir les Carpaccio de l’Accademia, d’aller petit-déjeuner chez Florian ou simplement de me balader le nez au vent parce que le temps ce jour là était délicieusement beau. Les pauses café rythmaient mes journées. Chose étonnante pour une buveuse de thé mais à Venise, déguster un espresso, debout, au comptoir d’une pasticceria, est une expérience multi sensorielle; d’abord pour le café – que j’accompagne toujours de croissants ou de petits biscuits (alliance délicieuse) – mais surtout pour le va-et-vient des clients, la plupart vénitiens : habitués avalant d’un trait leurs cafés, collègues sur la route du travail, vieux messieurs distingués ou jeunes hommes élégamment vêtus, d’une beauté surprenante – cheveux mi-longs et œil de velours sombre, comme échappés de Vogue ou d’une peinture de Bellini -savourant avec une gourmandise retenue capuccino crémeux et viennoiserie dorée.

Chuintement des percolateurs, musique de la langue, effluves de café et de brioches, serveuses affairées, rangées de petits gâteaux, bruit des tasses que l’on pose sur le comptoir de marbre … Bien souvent je commandais un second café (et un second croissant !) tant j’aime ces lieux si vivants.

Je constatais qu’il y avait, comme je l’espérais avant mon départ, peu de touristes. Bien sûr les gondoles faisaient le plein mais les hordes de chinois nous étaient épargnées. Le virus avait du bon. Aux premières heures du matin la ville était vide et ne s’emplissait qu’en milieu de journée d’une foule relative, enfin pour ce qui était de la place Saint Marc, et des autres endroits touristiquement « incontournables ». Les musées eux-mêmes – hormis le dimanche – étaient quasiment vides. J’eus ainsi la chance d’avoir le musée de l’Accademia pour moi seule, ou presque. J’avais réservé mon billet la veille par internet, comme cela était recommandé en cette période d’épidémie et donc de restrictions du nombre d’entrées, et avais choisi le créneau disponible dès l’ouverture. Je voulais notamment revoir le cycle de Sainte Ursule de Carpaccio. A 8h30 tapantes, je pénétrais dans un musée désert. Luxe inouï que ce tête à tête avec les œuvres sans gêneurs audio-guidés ou troupeaux trainant leur ennui (je me suis toujours demandé pourquoi certains s’obstinent à encombrer les musées simplement parce qu’il faut « les faire » …). Ma « visite » à Sainte Ursule dura près d’une demi-heure. Seule, absolument seule, et pouvant ainsi prendre le temps de regarder, encore et encore, de découvrir de nouveaux détails, d’y revenir, de plonger dans l’énigme des visages, d’y retrouver aussi ceux d’aujourd’hui, croisés chez Tonolo ou Rizzardini et que je me plais à observe à la dérobée, entre deux gorgées de café, étonnée et fascinée par cet aller-retour incessant ici à Venise entre passé et présent.

A Venise, j’ai souvent fait l’expérience de la facilité des rencontres lorsque j’y séjournais seule. Ma disponibilité, la décontraction qui est la mienne alors, devant y être pour beaucoup et aussi cette « reconnaissance » des voyageurs entres-eux, de ceux qui de manière discrète tentent de pénétrer la ville, de s’y fondre pour mieux la connaitre. Une après-midi, alors que je m’étais arrêtée sur le petit campo della Gorne, on me demanda très poliment si je parlais anglais. Oui je parle anglais, pas très bien je l’avoue mais sans complexe – la peur du ridicule m’ayant quittée avec l’âge – et, comme celui qui m’avait posé la question me semblait plutôt sympathique avec son allure un peu brouillonne d’intellectuel ou de scientifique, j’entamais ce qui allait finalement être une longue conversation.

Les affinités, voilà une chose bien étrange. J’ai souvent remarqué que, même en faisant tous les efforts du monde, certaines personnes nous restent à jamais étrangères, la communication véritable ne passe pas. En revanche, avec d’autres, cela est aisé et d’un naturel déconcertant. Richard faisait partie de ceux-là. Il était irlandais, séjournait à Vérone et était venu passer la journée à Venise, avant de rentrer dans son pays où l’attendait une inévitable quarantaine. Il était venu sur un coup de tête, parce que Venise était si proche et qu’il ne la connaissait pas et avec la seule volonté de la découvrir en marchant au hasard. Cela me plaisait. Nous décidâmes de concert d’aller prendre un capuccino au petit café Al leone bianco et notre conversation se poursuivi sous le regard du lion du Pirée dont je lui racontais l’histoire. Nous parlâmes de l’Irlande – so green, too green selon lui -, de l’Ecosse, du gaélique – langue que je lui confiais adorer et dont il imita l’accent avec beaucoup d’humour -, de l’Italie et de Venise. Je lui conseillais itinéraires en dehors des sentiers battus, églises secrètes, musées et pasticcerias. Je lui parlais de Venise en hiver, de Venise en été …  Ce qui lui fit me demander « you live in Venice Virginie ? ». Que l’on eut pu me prendre pour une résidente, certes française mais vénitienne d’adoption, me fit très plaisir …

La sympathie avait été immédiate et l’échange simple et direct comme savent si bien le faire les enfants et qu’ensuite les adultes oublient. J’ai toujours apprécié ces  échanges avec d’autres voyageurs, instants que nous savons éphémères mais de totale liberté, où Venise nous rassemble et assemble ceux qui peut-être se ressemblent …

Mon séjour fut ainsi construit. De petits riens, de balades, de cafés, de peintures, de contemplation de détails. La lenteur permet cela. Rien d’extraordinaire il est vrai dans une ville pourtant extraordinaire. Mais y vivre de manière ordinaire, voilà peut-être l’une des clefs pour tenter de mieux la connaitre ?

*

Le blog fête ses cinq ans !

Ma tasse de thé fête ses cinq ans et … quel drôle d’anniversaire ! Je n’ai pas écris une seule ligne depuis des mois laissant mon pauvre blog à l’abandon. Pas le temps, pas l’énergie nécessaire, l’inspiration en panne sèche. La faute à quoi ? Au confinement sans doute, à la vie absurde que nous avons menée alors – faire les courses devenant une véritable épreuve -, à l’enfermement que je ne supporte pas, à l’inquiétude qui me minait car je voulais à tout prix protéger mes parents, aux constats que je fis des amitiés et des amours perdues et à une sciatique tenace et sans nul doute psychosomatique car ne faisant que traduire mon malaise et mon empêchement. Bref la faute à cette Annus Horribilis comme dirait Elizabeth.

Triste anniversaire donc mais … je me reprends. Après tout, je suis actuellement à la campagne pour les vacances et, touchons du bois, tout va bien. Je peux à nouveau faire des projets et l’avenir me semble un peu moins sombre. Et puis ce blog, je l’ai toujours considéré comme mon espace de liberté. Alors …

Il y a cinq ans, je m’étais fixé quelques règles : écrire un article par semaine et toujours associer textes et images en proportion plus ou moins égales. Ce que je n’ai pas respecté. Je préjugeais en effet de ma capacité de production. La forme, quant à elle, a lentement glissé vers celle qui est la sienne aujourd’hui : des photos parfois plus rares et des textes un peu plus longs et plus « personnels ». Une évolution qui s’est d’ailleurs faite sans que je le décide et ce, non par un gain d’assurance – je doute toujours énormément de l’intérêt que l’on peut porter à ce blog et j’imagine d’ailleurs certains pensant très fort, un sourire narquois aux lèvres : « ah ben oui Virginie M, t’as raison de douter ! » – mais plutôt parce que cela m’est plus naturel. Raconter et partager pour se raconter, ou l’inverse. D’ailleurs, n’était-ce pas le but inconscient et inavoué de la création même de ce blog ? A bien y réfléchir, peut-être … Je me souviens d’ailleurs nettement de la réponse qui fût la mienne lors d’un dîner quand mes amis me demandèrent pourquoi je n’avais pas de page Facebook. Je leur répondis que tant qu’à avoir un espace où m’exprimer, je préférais alors le créer de A à Z et même en concevoir la structure afin de ne pas être enfermée dans un réseau formaté et de fait contraignant. Ne pas intégrer le troupeau mais plutôt construire mon propre espace (virtuel) de liberté pour parler de ce qui me plait. Quelques mois plus tard, je lançais Ma tasse de thé

Depuis, j’ai partagé ici tout ce qui est ma tasse de thé, renonçant à l’envie parfois furieuse de dénoncer et de pousser des coups de gueule. Pour cela il me faudrait un autre blog … et puis, après tout, ça je le fais au quotidien, ma force de résistance et d’insoumission ne faisant que se renforcer avec l’âge. Alors, oui, garder la trace, partager juste ce qui est ma tasse de thé, comme je l’ai d’ailleurs toujours fait et ce bien avant la création d’internet, captant les bons moments, les petits riens, tout ce qui fait le sel de ma vie ; mon Rollei 36 miniature (extraordinaire appareil photo) m’accompagnant partout ainsi que calepin et stylo.

Aujourd’hui, anniversaire oblige, j’ai choisi de partager en images tout ce que j’aime, tout ce que j’aimerai toujours, quelques fragments de ce qui m’enchante au quotidien, de lieux que j’aime et de bonheurs. En dépit de l’horreur de notre société formatée et en totale déliquescence, puisse rester intacte ma capacité à m’émerveiller et savourer le monde.

Et puissent également mes fidèles lecteurs me rester fidèles …


Notre jardin de Doudeauville, été comme hiver, toujours …

Venise ! L’été, l’hiver.

Les Vosges du nord, mon refuge.

L’Ecosse

Le sud, le soleil, le sud !


Pour terminer, quelques articles : des petits-riens, des bonheurs, de la nostalgie, des souvenirs d’enfance … Une manière de se dévoiler.

Des confidences en fait.

A lire ou à relire … (en cliquant sur les titres).

Ce n’est pas ma tasse de thé (notes de confinement)

Notre président, chef de guerre à la petite-semaine, bouffi d’autosatisfaction, « content de lui jusqu’à l’explosion narcissique » comme le dit si bien Onfray, d’un mépris absolu envers le peuple, d’une arrogance élevée au rang de grand art se fiche de nous – aidé en cela par des médias à sa botte. C’est un fait. Il navigue à vue dans l’enfumage qu’il a lui-même produit, caresse dans le sens du poil les soignants, ces « héros » maintenant encensés alors qu’il n’avait pas levé le petit doigt pour sauver l’hôpital … On nous dit tout, on ne nous dit rien. Normal dans la dictature qui est la nôtre. Et puis, toujours comme le dit Onfray (personne d’autre que lui n’en parle à ma connaissance), la réalité – outre le mensonge de l’Etat – c’est aussi l’indiscipline des territoires perdus de la République et de ses habitants sans foi ni loi qui se moquent bien du confinement, font du trafic de masques, braquent les voitures des infirmiers et des médecins, narguent la police qui n’intervient pas par peur des émeutes ; ordres ont dû être donnés, n’est-ce pas ? … Et ça je peux le vérifier lorsque je m’aventure hors de chez moi, et suis contrainte de frôler ces banlieues « difficiles » pour me rendre dans l’hypermarché le plus proche : bandes agglutinées, voitures à fond de train dans les rues désertes … et pas un contrôle. Sans compter, ce pharmacien qui se fait arracher son masque parce que « si tu ne veux pas m’en vendre et bien, tu n’as pas à en avoir un ! ». Mais ça personne n’en parle. Il est tellement plus bisounoursement correct de saluer le personnel soignant et les belles initiatives, l’œil humide et la voix pleine d’une émotion qui me met mal à l’aise tant elle semble convenue. J’ai toujours pensé que la générosité et l’empathie devaient aller de pair avec une certaine retenue, sans ostentation. Et puis, je ne peux m’empêcher de sourire sachant que ceux-là même qui sortent applaudir nos héros chaque soir depuis leurs balcons, étaient pour certains de farouches opposants aux Gilets Jaunes qui eux, réclamaient entre autre, des moyens supplémentaires pour l’hôpital … Mais, c’est aussi se donner en spectacle, mettre en scène (le balcon !) son soutien et sa belle âme.

D’aucun diront que je suis insensible et trop sévère et que cela crée du lien, renforce la solidarité entre voisins. Oui, peut-être … Moi, je ne vois que rarement les gens se parler dans la queue devant le supermarché. En fait, cette crise ne change rien aux rapports déjà existants entre les gens. Il y a ceux qui dévalisent le rayon pâtes du supermarché et ceux, comme ma voisine, qui vous font des cadeaux. Mais, pendant la guerre – la vraie, celle de 40, de nos grands-parents – c’était déjà comme ça, non ? Ma grand-mère faisait cent kilomètres aller-retour en vélo pour se ravitailler dans les fermes des Flandres et en faisait profiter son quartier alors que d’autres faisaient du marché noir.

Ce virus ne rend pas les gens meilleurs. Il renforce simplement, comme le fait l’avancée en âge, les traits de caractère.

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent que cette épidémie changera notre société. Elle ne changera rien. Tout repartira de plus belle. N’oublions pas que c’est un banquier qui dirige la France et, jusqu’à preuve du contraire, les banquiers ne sont pas du côté du peuple. Ils trinquent entre eux au champagne en faisant fructifier les affaires des copains. Dès que le confinement sera levé pour de bon, les masses n’auront de cesse que d’aller à la plage et de tout oublier. Et on ne saurait les en blâmer … J’espère seulement que l’été passé, la mémoire leur reviendra de cette « guerre » sans armes, de cette mascarade et d’un Macron qui restera à jamais un mauvais acteur, sans l’étoffe et la carrure nécessaire pour son rôle. Les urnes sont faites pour ça. Mais là encore, je n’ai pas d’espoir. Les français ont la mémoire courte.

Mais bon, tout cela certains l’expriment beaucoup mieux que moi. Alors révolte mise à part, ce confinement, il faut bien le vivre et c’est de cela dont je devrais plutôt parler. Subir sans trop subir.

Allez, je vais me faire une petite tasse de thé cela console de bien des choses.

 

 

Évidemment…

La vie étant ce qu’elle est – c’est-à-dire tout sauf un long fleuve tranquille -, il est parfois réconfortant de se laisser aller à une certaine mélancolie. Soigner le mal par le mal en quelque sorte. Ce début d’année me fût calamiteux. Bloquée de toute part, coincée dans le gris et sans perspective aucune d’amélioration à court terme -pour employer un langage que j’exècre mais qui est finalement à l’image de cette période de ma vie -, je dois ma survie aux petits riens. Ces petites choses sans importance qui éclairent notre journée et nous arrachent un sourire, fût-il intérieur. Rien n’arrive par hasard. Le corps parle pour nous et dans mon cas, m’empêcha d’avancer. Bloquée, complétement bloquée à l’orée d’une nouvelle décennie (2020 les amis !) et d’un âge (le mien) qui devrait pourtant me voir encore pétante de forme et d’un optimisme à toute épreuve. Oui, peut-être, enfin c’est ce que je croyais, après avoir soufflé mes bougies le 2 octobre et quitté mon monsieur, mais la vie se charge de nous freiner et de nous donner des leçons. Mon immobilité actuelle me force à envisager l’avenir différemment. Certaines choses ne seront plus et d’autres sont à créer.

Pour autant la nostalgie, la nostalgie est bien là. Celle de ce qui est perdu à jamais et celle de notre jeunesse qui s’enfuit.

J’ai beau savoir que « the sun will come again » comme me l’écrivait mon amie Terri, la route est un peu longue sous les averses.

Soigner le mal par le mal et écouter de sombres pièces classiques sur France musique en partant au boulot ou tomber sur cette chanson de France Gall que j’aime tant : Évidemment. Souvenir d’un retour de Paris avec Diane, moi au volant de l’Audi, écoutant toutes deux un entretien avec Ariane Ascaride qui confiait adorer cette chanson. Une chanson qui dit la vérité. De ce qui est perdu, des blessures, de « ce goût amer en nous » mais aussi de nos fous-rire encore, et malgré tout, comme des enfants …

Et lorsque je l’entends par hasard, comme ce soir de la semaine dernière alors que je rentrais tardivement chez moi, je ne peux empêcher les souvenirs des moments perdus d’affluer : plus jamais le jardin de mamie, ses œillets de poètes et la tortue Marguerite, la balançoire très haut, très vite, les gourdes de grenadine, « l’ogre Piteers » vendeur de journaux, les virées en scooter et sans casque dans les îles grecques, les blagues téléphoniques, les cœurs chavirés, ma 2CV vert-pomme, la cafétéria des Beaux-Arts, Dimitri au grand cœur et les fêtes au bord de l’Égée, les routes d’été en décapotable rouge, Dario Moreno chanté à tue-tête, les nuits blanches et les fous-rires au champagne, l’insouciance, la liberté … La liberté de la jeunesse qui ne sait pas encore …

Mais on rit encore parfois, comme des enfants. Oui.

Cette même semaine dernière, mon frère fit un saut dans le Nord, tout seul – chose rare, évènement à marquer d’une pierre blanche – ce qui permis de nous retrouver un moment rien que tous les deux. Frère et sœur. Comme avant, ou presque – les belles-sœurs ne comprenant jamais, sauf exception, qu’il leur faut lâcher du lest et ne pas coller leurs maris non-stop car jalouses j’imagine des souvenirs communs dont elles se sentent exclues. Mais elles le sont, de fait ! Les liens du sang comme aimait à le dire ma grand-mère ouvrent un monde, un espace de retrouvailles dont seuls les bâtisseurs ont la clef. Alors, vouloir forcer la porte … Pourtant, l’intelligence (enfin celle du cœur) devrait leur souffler d’accorder à leur moitié la liberté de redevenir de temps à autre un frère, dans un univers qui leur sera de toute façon à jamais étranger puisque celui de l’enfance et de la jeunesse …

J’étais avec Antoine donc et nous fîmes, avant d’aller déguster une frite en Belgique, un mini pèlerinage dans les rues de notre enfance, déplorant les changements inévitables et rarement heureux mais riant également au souvenir de l’oncle Adolphe, des Chokotoff, de la boutique Auto-sport-Willy et de Clotaire le réparateur de vélo … Nous avions à nouveau dix, quinze, vingt ans. Notre frite avalée, et alors que nous roulions vers l’appartement de nos parents, j’avais soudain demandé : « À propos, tu as toujours tes dents de vampire ? ». Et mon frère de s’esclaffer et de répondre : Ah non ! Mais c’est vrai, c’était super ! ». Antoine avait en effet, dans le vide-poche de sa première voiture – une Ford Capri coupé -, de très ressemblantes dents de vampire achetées dans une boutique de farces et attrapes et qu’il pouvait en un geste la fois discret et rapide accrocher à ses propres canines. Notre plus grand plaisir était alors de s’arrêter tout à côté des voitures attendant aux feux-stop et de sourire largement aux conducteurs. Leur étonnement apeuré nous fait encore rire aujourd’hui. Me fait rire, oui, mais plus tout à fait comme avant.

Il y a comme un goût amer en moi. Ce qui était, ce qui aurait pu être, ce qui n’est plus. Et j’en connais la raison …

Alors oui, écouter la voix de France Gall, se souvenir des bonheurs enfuis même si cela est un peu triste, s’accorder une tasse de thé le nez à la fenêtre, contempler les étoiles et les chardonnerets, s’accrocher aux petites merveilles de la vie et se dire que Terri a raison : the sun will come again !

*******

 

 

Pour écouter la chanson, c’est ICI, avec le « clip officiel » très « années 80 » et donc très nostalgique pour ceux dont se furent également les années de jeunesse …

Y a comme un goût amer en nous
Comme un goût de poussière dans tout
Et la colère qui nous suit partout

Y a des silences qui disent beaucoup
Plus que tous les mots qu’on avoue
Et toutes ces questions
Qui ne tiennent pas debout

Évidemment
Évidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu’on aimait tant

Évidemment
Évidemment
On rit encore
Pour des bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant

Et ces batailles dont on se fout
C’est comme une fatigue, un dégoût
À quoi ça sert de courir partout
On garde cette blessure en nous
Comme une éclaboussure de boue
Qui n’change rien
Qui change tout

Évidemment
Évidemment
On danse encore
Sur les accords
Qu’on aimait tant

Évidemment
Évidemment
On rit encore
Pour des bêtises
Comme des enfants
Mais pas comme avant
Pas comme avant


 

Torta di noci con crema al mascarpone (gâteau aux noix et à la crème de mascarpone)

J’ai découvert cette recette il y a quelques années dans un article de Elle à table consacré à l’Italie. Biscuit aux noix fourré d’une crème de mascarpone aromatisée au café. Cela ne pouvait être que délicieux*.

Je testais donc très vite cette recette, suivant scrupuleusement les indications de proportions car, comme chacun sait, la pâtisserie demande de la rigueur, tout se jouant au gramme et au centilitre près. Au centilitre près, oui … La recette indiquait d’incorporer dans le biscuit 15 cl de rhum. Et comme j’avais décidé de doubler les proportions afin d’obtenir un gâteau plus généreux, je versai donc mes 30 cl de rhum dans un verre-doseur ; m’étonnant quand même de la quantité d’alcool. Mais bon, j’adore le rhum et puis, Elle à table ne pouvait pas se tromper ! J’incorporai donc les 30 cl d’alcool (presque un tiers de bouteille quant on y pense) à ma pâte. Pensant qu’il devait y avoir une raison (que j’ignorais).

J’aurais dû me faire confiance et comprendre plus vite qu’une erreur de frappe avait supprimé la virgule et qu’il s’agissait de seulement 1,5 cl … Ne pas faire confiance à certaines recettes mais bien les relire et les passer au filtre de notre expérience. Je m’étais pourtant déjà faite attrapée par des indications erronées ou des listes d’ingrédients tronquées. Là 30 cl … l’erreur était pourtant évidente. J’en souris encore comme d’ailleurs, toute la famille à qui je servis ce gâteau pour clore un repas italien. Tout le monde le trouva excellent mais se sentit, la dernière bouchée avalée, légèrement – comment dire – … pompette … D’ailleurs, depuis on me demande souvent : « Tiens, tu ne nous ferais pas un gâteau Pompette ? » ainsi rebaptisé dans notre langage familial.

Depuis ce gâteau est devenu l’un de mes classiques.

J’aime le servir en plein hiver (car c’est un gâteau « riche » : les noix, le rhum, la crème …) saupoudré d’une belle couche de sucre glace rappelant la neige, le givre et le froid. Et pour que l’évocation soit parfaite, décoré de la façon la plus minimale qui soit (mais aussi, je trouve la plus chic) en disposant sur toute sa surface de simples petites perles de sucre argentées. Ce qui fit dire un jour à l’un de mes convives, alors que j’apportai fièrement mon gâteau à table : « Oh ! Des plombs de chasse ! ».

Gâteau Pompette aux plombs de chasse. Oui, mais excellent ! L’alliance du biscuit aux noix et de la crème de mascarpone est une merveille à déguster avec un espresso ou une bonne tasse de thé.

Je vous donne la recette :

Torta di noci con crema al mascarpone
Gâteau aux noix et à la crème de mascarpone

Ingrédients
Pour le gâteau
– 50 g de chapelure
– 1.5 cl de rhum (attention ! pas plus …)
– 100 g de noix finement hachées
– 3 oeufs
– 150 g de sucre
– 1 sachet de levure chimique
Pour la crème de mascarpone
– 250 g de mascarpone
– 75 g de sucre
– 1 espresso serré et corsé (ou 2 CàC d’extrait de café)
Pour le moule : beurre et farine
Pour le décor : sucre glace et perles de sucres (ou feuillages ou tout autre décor de votre choix)

Préparation

Préchauffez le four th. 6 (180 °C). Beurrez et farinez un moule de 22 à 24 cm de diamètre.
Mouillez la chapelure avec le rhum. Ajoutez les noix et la levure, mélangez.

Séparez les blancs des jaunes. Dans un saladier, fouettez les jaunes avec le sucre pendant 5 mn : ils doivent être très mousseux. Dans un autre saladier, montez les blancs en neige ferme.

Incorporez les noix et la chapelure dans les jaunes progressivement, à la spatule et d’un geste circulaire. Incorporez les blancs en dernier, délicatement. Dès que le mélange est homogène, versez-le dans le moule et enfournez 25 à 30 mn.

Vérifiez la cuisson avec une lame de couteau qui doit ressortir sèche.

Laissez refroidir votre gâteau 15 mn environ avant de le retourner sur une grille à pâtisserie. Après refroidissement complet, découper le gâteau en deux disques, dans son épaisseur.

Préparez la crème de mascarpone. Dans un saladier, à la fourchette, mélangez tous les ingrédients (sans trop battre la crème afin qu’elle ne se détende pas trop). Etalez la crème sur le premier disque de gâteau, et recouvrez avec le second. Réservez au réfrigérateur au moins 2 h.

Saupoudrez de sucre glace avant de déguster.

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Notes
J’ai remarqué que ce gâteau est meilleur après une journée passée au frais. C’est donc le dessert idéal à faire la veille d’une réception.
J’incorpore parfois à la crème de mascarpone du pralin pour le contraste agréablement croquant.
Enfin pour une version vraiment « pompette », il m’est arrivé de réaliser un sirop (eau, sucre et rhum) et d’en imbiber le biscuit (comme on le fait pour une génoise et notamment dans mon Gâteau du dimanche). Le résultat est très bon mais déconseillé aux enfants … Et pour le décor, on évitera alors le sucre glace qui aura tendance à s’humidifier.

 

 

 


* Ma modeste expérience en matière de pâtisserie me fait presque à coup sûr deviner, rien qu’en lisant une recette, si le résultat – à condition qu’il soit réussi – sera bon, mais aussi jauger le niveau de difficulté et surtout le temps nécessaire à sa réalisation (toujours supérieur au temps indiqué dans les livres et les revues) ; car il ne faut pas négliger le temps d’installation et d’organisation puis celui de la vaisselle et du rangement. D’ailleurs comme le disait fort justement le très renommé Yasushi Sasaki lors d’un de ses cours auquel j’assistais : « la pâtisserie, c’est 50% de travail et 50% de vaisselle ! ».