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En Provence (balades, art et coins secrets …) – 1/2

Ce matin, alors que je laissais fondre sur ma langue une cuillerée de miel de garrigue (celui du Moulin Jullien à Saint Saturnin les Apt, mon préféré), je me suis dit que finalement, ce n’est pas parce que les vacances sont déjà loin qu’il ne faut pas partager adresses gourmandes et endroits secrets découverts cet été – et que j’aurais mauvaise grâce à ne pas vous livrer. Après tout, certains d’entre vous ont peut-être prévu de se balader en Provence cet automne ou de s’y rendre l’été prochain. Donc, il n’est jamais trop tard !…

Comme je le laissais entendre dans mon article précédent, ces deux semaines passées en Provence ne nous ont pas vu sillonner la région comme des stakhanovistes de la découverte touristique. D’abord parce que je souhaitais ne pas trop bouger, éviter d’avaler les kilomètres enfermée dans une voiture et aussi parce que ces villages, cette campagne, je les connais. Il s’agissait plus d’une redécouverte tranquille, sans guide de voyage, sans plans, sans but précis sinon celui de se balader dans les proches alentours sans que le trajet en voiture ne dépasse les 2 heures. Contemplation et flânerie plutôt qu’exploration forcenée.

Bon, allez, voilà la liste (absolument non exhaustive) de mes quelques lieux préférés :

Oppède le Vieux

Notre village, celui que nous pouvions observer à toute heure du jour depuis le moulin où nous logions.

Situé sur les flancs du petit Luberon, en équilibre sur un éperon rocheux, Oppède le Vieux est en fait un vestige de village dans lequel subsistent les ruines d’un château féodal, une superbe église du XIIème siècle, de belles ruelles et des maisons Renaissance.

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

On l’atteint uniquement à pied, après une petite marche à travers bois et terrasses plantées d’oliviers, pins et chênes.

En parenthèse

Bon, je vais être honnête, certains villages – les villages perchés du Luberon, dont certains parmi les « plus beaux villages » de France, les « perles » de la Provence (toutes ces appellations insupportablement touristiques) -, m’ont tout bonnement exaspérée ; leur aspect trop bien peigné les faisant ressembler à des décors grandeur nature pour crèche provençale. Aucune maison un tant soi peu délabrée mais de la pierre ancienne trop proprette pour être honnête. Je m’étais d’ailleurs interrogée sur le nombre d’employés municipaux nécessaires au nettoyage quotidien du décor … Le parfait exemple, la quintessence, en est le village de Lacoste dont plus de la moitié des habitations a été rachetée par Pierre Cardin et une pseudo école d’art américaine – qui, soit dit en passant, nous inflige les travaux de ses élèves dans toutes les maisons de la rue principale transformées en galeries. Ici, pas l’ombre d’une crotte de chien ou d’une mauvaise herbe, des habitants invisibles (ou inexistant), juste des touristes, appareil photo sur l’abdomen ou selfisant à tout va, trop heureux de déambuler dans ce décor si faussement authentique qu’il en devient inquiétant. On aura beau m’expliquer que grâce à Pierre et aux américains le village a été sauvé, je ricanerai doucement. Un village, ça se sauve pour et avec les habitants car c’est bien le seul moyen de le garder vivant …

Bon, je n’y ai fait aucune photo, j’ai juste pesté à haute voix. Ce qui eu pour effet de faire fuir M. Bruxelles à quelques pas devant moi. Cela dit, la résistance s’est fort heureusement organisée afin de sauver Lacoste avant qu’il ne devienne l’entière propriété des nantis qui sous couvert de culture privatisent un village pour leur seul plaisir (pour en savoir plus, lisez ICI l’article de Libération sur le sujet).

Crillon le Brave

Son centre historique a beau avoir été acheté dans sa quasi-totalité par un hôtel « Relais et châteaux » – hôtel qui a d’ailleurs pris le nom de Crillon le Brave (de l’art de transformer un village en hôtel de luxe …) -, j’ai malgré tout beaucoup aimé l’ambiance de cet endroit, son calme absolu, des ruelles rien qu’à nous, une église romane de toute beauté et une vue époustouflante sur la plaine du Comtat Venaissin, avec au loin les Dentelle de Montmirail.

 

Roussillon

Hyper touristique (allez y plutôt hors saison) mais tellement beau ! Depuis le village, la vue à elle seule sur les anciennes carrières d’ocre vaut que l’on s’y arrête.

 

Un peu plus au nord (Mont Ventoux, dentelles de Montmirail …)

Mon frère Antoine adore la région du Mont Ventoux ; région qu’il a sillonnée maintes fois au volant de bolides-éclairs prototypes d’essais pour une grande marque automobile. Dévaler les pentes du Ventoux à 180 km/heure ne l’a pas empêché de découvrir des coins secrets, des petites routes loin des circuits touristiques et de bonnes adresses. Il m’avait concocté un itinéraire cousu main afin de me rendre de Bédoin à Gigondas par une route confidentielle, de pique-niquer face au « géant de Provence », et de dîner en admirant le soleil se coucher derrière les dentelles de Montmirail. Mon frère est un trésor !

D’Oppède à Bédoin

Nous avons emprunté la route qui passe par Gordes, franchi le plateau de Vaucluse, frôlé Méthamis – village perché comme sorti d’une peinture de la Renaissance italienne – pour déboucher ensuite dans la plaine du Comtat Venaissin.

Gordes

 

Mont Ventoux

On le voit de très loin avec son sommet tout râpé de calcaire blanc.

L’idéal (j’ai suivi les conseils d’Antoine) est d’en faire l’ascension par le versant sud, au départ de Bédoin (petite ville sans grand intérêt touristique mais néanmoins charmante avec ses terrasses de cafés sous les platanes, ses joueurs de pétanque et, le 15 août, une charmante et très gaie fête votive avec orchestre local et lampions bariolés.

Au départ de Bédoin donc, la route serpente et grimpe de façon assez raide d’abord entre les vignes, puis les pins, les chênes verts, la garrigue (il est toujours intéressant d’observer l’étagement de la végétation en fonction de l’altitude et de l’exposition d’un massif) pour ensuite déboucher, après le Chalet Reynard, sur ce paysage lunaire que les afficionados du vélo et du Tour de France connaissent bien.

Plus jeune, le Mont Ventoux ne m’avait guère impressionnée. Là, je l’ai redécouvert avec des yeux neufs, d’autres attentes, un intérêt différent pour la végétation, les pierres et les nuages et j’ai été époustouflée. D’aucuns diront qu’il ne s’agit que d’un massif pour cyclistes, c’est bien plus que ça. Un peu comme si ce « géant » isolé dans la plaine, visible de toute part, avait sa vie propre et ne se laissait finalement pas si facilement apprivoiser.

Je pense qu’il ne faut pas se contenter d’en faire l’ascension en voiture et de redescendre illico presto après un petit tour à son sommet. Il faut s’en imprégner, le contempler et pour cela, je vous livre un coin secret …

Antoine m’avait dit « c’est simple, juste après avoir dépassé le Chalet Reynard, il faut continuer la montée puis, dans le premier virage à droite, s’engager tout de suite à gauche sur un grand parking. Ne pas s’arrêter sur ce parking mais emprunter la route en terre sur une centaine de mètres puis garer la voiture et rejoindre l’ombre d’un arbre. ».

J’ai eu raison de suivre ses conseils. De là, la vue sur le sommet est absolument magnifique et surtout l’endroit est complètement désert. Nous y avons passé une partie de l’après-midi trop heureux d’y pique-niquer, d’y faire la sieste à l’ombre d’un gros pin odorant, à l’abri du vent et dans un silence frais. Un beau préambule à la poursuite de notre montée vers le sommet.

Mais le Ventoux, Antoine me l’avais dit, c’est aussi la nuit qu’il faut le découvrir. Attendre que le ciel soit d’un noir d’encre, sans nuage, et démarrer l’ascension toujours depuis Bédoin.

La nuit, les touristes et les cyclistes sont redescendus et le géant, comme tapi dans la plaine, se repose de la folie du jour, de la chaleur, du vent sec, des touristes et des cyclistes sur ses flancs, petites fourmis dérisoires. La nuit, le Ventoux appartient au ciel, aux astres, aux bêtes soyeuses et silencieuses, au souffle des brebis, à l’air frais qui l’enveloppe, à la voie lactée et au passé de la terre, à un secret des origines qui le rend dur et mystérieux.

Arrivés tout en haut, le froid (même en plein mois d’août) est vif et le mistral siffle comme pour camoufler le silence du ciel. Nous avons garé la voiture au pied de la tour de l’observatoire qui prend dans la nuit une allure de fusée abandonnée et dont les bruits de cliquetis et de portes battant au vent rendent quelque peu inquiétante … Et là, emmitouflés (pulls et écharpes de rigueur) il faut vous diriger vers le parapet et découvrir une cartographie lumineuse de la plaine du Comtat Venaissin et de ses villes et villages tout scintillants – impression de les survoler en avion. Puis, renverser la tête et plonger (il n’y a pas d’autres mots) dans le ciel, ses myriades d’étoiles et la Voie Lactée que je n’avais jamais pu aussi bien observer.

Nous sommes quand même redescendus, lentement, avons croisé des moutons sagement assoupis dans le thym et la lavande goûtant le silence et les étoiles, un sanglier, un chevreuil et un jeune renard qui cheminait tranquillement le long de la route … Pas sûr que les cyclistes puissent voir tout cela. Donc, prenez votre temps et le volant de nuit !

De Malaucène à Beaumes-de-Venise en passant par Suzette

Très jolie petite route (peu fréquentée, même en plein mois d’août) qui serpente dans les vignes et passe au pied des Dentelles de Montmirail. Les paysages que l’on découvre sont un concentré de Provence : patchwork rayé des vignobles en terrasses, bois de pins, cyprès et plissés de la roche gris clair. Ce paysage à échelle humaine et l’harmonie qui s’en dégage donnent l’impression de se promener dans un jardin …

 

Château La Coste

Louise Bourgeois – Crouching Spider 6695, 2003

Le château La Coste (et non le château du village de Lacoste dont je parle plus haut) est un centre d’art situé au nord d’Aix-en-Provence ou plutôt le projet global d’un homme d’affaire irlandais qui uni art, vin et architecture. Le résultat : un domaine de 200 hectares où des œuvres d’artistes contemporains prennent place parmi les bois et les vignes ; les artistes étant invités à créer une œuvre in situ. Le centre d’art est quant à lui l’œuvre de l’architecte japonais Endo Tadao, le chai celle de Jean Nouvel, le pavillon de musique celle de Franck O. Gehry et le pavillon de photographies celle de Renzo Piano. Rien que des stars ! Du côté des artistes, une liste de grands noms (Louise Bourgeois, Andy Goldsworthy, Richard Serra, Aï Weiwei …) mais des œuvres qui ne sont pas, je trouve, toujours à la hauteur et même parfois un peu décevantes. Même chose pour l’exposition de Sugimoto présentée cet été. J’adore le travail de cet artiste mais la présentation dans le nouvel espace de Renzo Piano m’a laissée perplexe.

Sean Scully – Wall of Light Cubed, 2007

Tom Shannon – Drop, 2009

Michael Stipe – Foxes, 2008

Michael Stipe – Foxes, 2008

Même s’il ne s’agit pas d’œuvres majeures, déambuler à travers les vignes et emprunter le chemin forestier qui traverse tout le domaine, découvrir les œuvres comme autant de surprises est très agréable. Alors, si vous êtes de passage, je vous conseille vraiment de vous y arrêter. Prévoyez d’y passer au moins toute une après-midi car le domaine est vaste et il faut marcher et grimper (bonnes chaussures à prévoir!). Cela dit des visites en voiturettes de golf peuvent être organisées pour les plus flemmards ou ceux ayant des difficultés à se déplacer.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ces quelques endroits et peut-être d’ailleurs nous y croiserons-nous l’été prochain car quand j’aime, j’y retourne !

 

Pour en savoir plus le Château La Coste : faite une petite visite virtuelle ICI et découvrez leur site ICI.

 


 

Un moulin en Provence (voyage en pays connu)

Réveillée la première, j’ouvre un œil. La chambre est calme, rafraichie par la nuit, les deux fenêtres ouvertes sur une brise légère et le chant des oiseaux matinaux. Une lumière rose abricotée filtre entre les branches du chêne, promesse d’une journée de soleil, d’azur et de cigales à tue-tête. Les écureuils nous ont laissé dormir et n’ont pas sauté, rebondi, dansé à la fraiche sur le toit comme à leur habitude. Des écureuils noctambules qui, les premières nuits, nous ont réveillés en sursaut. Comment d’aussi jolies petites bêtes, légères comme des plumes, peuvent-elles être aussi bruyantes ? Cette nuit, j’ai dormi comme un loir. Tiens, à moins que ce ne soient des loirs ?

Je m’étire (mon premier réflexe le matin même si je suis très en retard), contemple mes ongles de pieds peints dans un rose indien qui me ravi (oui je sais, je reste une petite fille) et organise mentalement ma journée de vacance. Une journée de plus pour vivre comme on devrait pouvoir vivre tous les jours. Une journée de plus pour être vraiment soi, presque débarrassée des contraintes et contingences du quotidien. Livrés seulement à ce qui nous plait, à ce qui nous est nécessaire. Lire, manger, nager, contempler les aiguilles des pins toutes lustrées de soleil sur le bleu du ciel, s’enivrer du parfum des figuiers, et nager encore et encore. Sentir et ressentir. Nul besoin pour ma part de prendre des cours de lâcher prise. « L’ici et maintenant », je suis assez douée pour ça.

Et pour cela, il me fallait trouver l’endroit idoine, celui qui concentrerait tout ce que j’aime, tout ce que je voulais retrouver, tout ce qui allait me permettre de vivre pour un temps une parenthèse contemplative, un voyage immobile, des retrouvailles avec un pays connu et des sensations jamais oubliées. La Provence, le Lubéron en particulier, fût choisi puis la Bastide Le Mourre qui semblait répondre à toutes nos envies de simplicité, de beauté et de calme. Un havre au milieu des vignes et des oliveraies. Le moulin que nous y occupions s’avéra répondre à toutes nos attentes, au-delà même de ce que nous espérions. Là, au pied du village d’Oppède le Vieux, tous les ingrédients nécessaires à notre bonheur étaient réunis.

Je me levais donc. Monsieur Bruxelles dormait encore.

Mules, liquette bleue, cheveux relevées, vite descendre. J’adore être la première levée, ouvrir la porte qui mène à la terrasse, humer l’air, m’étonner d’un lieu tout neuf mais que j’ai, d’une certaine manière, déjà fait mien tant ma capacité à m’approprier ce que j’aime est grande. L’air est encore léger, presque frais et il faut le savourer comme un thé glacé car l’on sait que dans une heure ou deux, la chaleur sera stridente, les cigales tourneront à plein régime et notre volonté en sera quelque peu amollie. Pour l’heure, capsule Nespresso et Ceylan, jolie table dressée, Monsieur Bruxelles n’aura plus qu’à faire un saut à la boulangerie d’Oppède pour acheter croissants feuilletés-beurrés à souhait et baguette croustillante. Je ne manquerai pas de lui rappeler d’acheter des tartelettes amandine aux abricots car il ne faut jamais oublier d’anticiper les plaisirs, notamment celui du goûter.

Ensuite, savourer chaque gorgée de thé, se caler confortablement sur sa chaise, renverser légèrement la tête afin d’étudier l’impressionnante ramure du chêne plusieurs fois centenaire qui protège notre moulin.

Puis, mordre dans un croissant, reprendre une troisième tasse de thé – j’ai tout le temps – en observant la progression du soleil sur les flancs du petit Luberon. Un geai des chênes passe, petit éclair rosé strié de bleu et de noir. Vol rapide et silencieux. Les cigales entament leur concert. La chaleur monte doucement.

Monsieur Bruxelles attrape son bouquin. J’hésite pendant un moment à faire de même (je suis du signe de la balance) et décide finalement d’aller nager. Bruxelles me rejoindra tout à l’heure et c’est bien ainsi. J’aime être seule tout en sachant qu’il reste dans les parages … Je glisse quand même dans mon panier un livre à ouvrir au soleil entre deux séries de brasse coulée. Alternance parfaite.

Nager est l’une des choses que j’aime le plus au monde. Alors je me hâte vers la piscine, traverse l’oliveraie, emprunte le chemin des lavandes depuis lequel la vue sur les vignes et le massif du Lubéron est absolument magnifique.

Au bout du chemin, lauriers roses, figuier et le bleu miroitant du bassin.

J’aime, en entrant dans l’eau, en caresser la surface avec la paume des mains, bras tendus, en un mouvement circulaire puis attendre qu’elle soit redevenue complètement étale, miroir liquide et scintillant que je fend alors en une brasse coulée étirée et silencieuse ; faire corps avec l’eau, se sentir aussi légère qu’un petit poisson, reprendre son souffle, plonger à nouveau, revenir à la surface puis nager à l’indienne, en silence, glisser comme un animal aquatique, croiser une libellule aux ailes irisées, lever les yeux vers les pins dont le parfum de résine sature l’air alentour … Faire la planche aussi, afin de profiter à la fois du ciel et de l’eau qui nous porte, les oreilles immergées par intermittence ; glouglou de l’eau, cigales, glouglou, cigales … J’ai beau être un signe d’air, l’eau est décidemment mon élément.

D’ailleurs j’en sors toujours à regret et Monsieur Bruxelles en sait quelque chose lui qui, m’ayant rejoint, a eu le temps de faire des longueurs, de se sécher tranquillement au soleil puis lire plusieurs chapitres de son bouquin. Le voir stoïque (alors que l’heure du déjeuner est déjà passée depuis longtemps et qu’il doit être affamé), très sérieux sous ses taches de rousseur et dans son maillot de bain rouge me fait sourire. Il finit quand même par me lancer : « que voudra manger ma sirène ce midi ? ». Allez, hop, je sors de l’eau, frissonne quand même un peu malgré la chaleur car le mistral s’est levé, et pieds nus sur l’herbe toute chaude me fait cuire au soleil avant de m’en retourner au moulin. Mon cuisinier a pris de l’avance, je m’occuperai donc de cueillir les figues de notre repas.

Le domaine compte cinq énormes figuiers que Victorine, la propriétaire, offre à notre gourmandise : « servez-vous ! Les arbres débordent de figues ! ».

Et quelles figues ! Violettes, noires ou blanches, sucrées à point, pleinement rondes et gorgées de soleil ; les meilleurs figues qu’il m’ait été donné de manger ! Je choisi les plus mûres, les pose une à une sur une large feuille de figuier, assiette improvisée, et ne résiste pas au plaisir d’en gouter une, là, debout sous l’arbre dont la ramure et les fruits descendent jusqu’au sol. Je l’ouvre en deux – merveille des grains pourpres brillants de sucre. Un délice. Et, comme à chaque fois que je me délecte de ces fruits juste cueillis, je souris intérieurement en me remémorant les mots d’un ami de mes grands-parents, vigneron des Corbières. S’adressant à ma mère, alors adolescente, il s’était exclamé : « Regarde petite, cette figue, elle est à la goutte de miel ! » (à lire avec l’accent bien sûr).

Au moulin, un verre de rosé m’attend.

Prélude à nos déjeuners toujours simplement bons ; tomates muries au vrai soleil, olives fruitées et basilic poivré. Ou, comme aujourd’hui, quand l’après-midi est déjà bien avancée, à nos déjeuners-goûters composés de fromages de chèvre et de figues encore tièdes de soleil.

Une fois repu, Monsieur Bruxelles, adepte de la sieste s’enfonce dans son transat. Je préfère quant à moi, faire une escapade digestive et explorer les recoins du domaine, emprunter les escaliers de pierres sèches, repères des lézards, tourner autour des cyprès, comme autant de colonnes vers l’infini du ciel, caresser les buissons de ciste odorante, faire l’expérience de croquer dans une olive trop verte et horriblement amère puis me poser sur l’une des terrasses ombragées … Etirer le temps, ne pas le perdre, non, mais l’étirer et le savourer. Regarder, écouter, humer.

En fin d’après-midi, lorsque la lumière commence à s’adoucir, nous partons en ballade puis … revenons, très heureux de retrouver notre retraite, notre havre de beauté et de calme.

Je déplie alors l’une des nappes que j’avais emportées et en couvre notre table, allume les bougies de quelques photophores et prépare canapés de tapenade et rosé frappé. Les cigales se sont tues. Le vent a molli. La nature s’apprête pour la nuit.

Je termine mon verre de vin. Les effluves des côtelettes d’agneau en train de griller arrivent jusqu’à moi et me rappellent à l’heure. Je me lève, débouche une bouteille de Lubéron rouge et attrape un pull. La nuit sera fraiche mais nous dînerons dehors sous les étoiles, heureux de cette interruption de la chaleur pour mieux la savourer à nouveau demain.

Lorsque la nuit sera noire et la lune très haut dans le ciel, je sais que je m’endormirai, bercée par les stridulations flutées des grillons et le bruissement des branches, heureuse de cette journée écoulée, sereine. Les écureuils acrobates me réveilleront à coup sûr mais cela me fera sourire ; je pourrai alors, dans un demi-sommeil, goûter comme un petit supplément de bonheur : la clarté de la lune qui pénètre dans la chambre, le parfum de la nuit et le doux hululement d’une chouette dans un arbre tout proche … puis, me rendormir.

Vivement demain ! et une nouvelle journée de vacances … « à la goutte de miel » …

 


 

D’autres photos de cette belle journée …

 

 

Prête à partir …

Le voyage est finalement moins une destination et un nombre de kilomètres à parcourir qu’un état d’esprit. Certains naissent voyageurs, nomades, libres et curieux comme les chats (je suis de ceux-là) alors que d’autres, casaniers indécrottables, ne trouvent leur équilibre que dans le confort rassurant d’un quotidien à leur mesure.

L’un n’empêchant pas l’autre (vous commencez à connaitre ma devise), j’ai toutefois besoin d’un point d’ancrage apaisant ; ainsi, mon appartement est mon refuge que je n’ouvre d’ailleurs, à l’instar des japonais, que très rarement aux étrangers. Mes livres, un tapis moelleux, des coussins, quelques fleurs sur la table, du thé brûlant en toute saison, le calme me sont nécessaires. Ne pas encombrer, ne pas s’encombrer (je suis la spécialiste du « nettoyage par le vide ») mais s’entourer de quelques beaux objets, de galets-sculptures, de souvenirs de famille et de voyages. Un intérieur épuré, rangé, harmonieux et d’une propreté exemplaire m’est aussi indispensable que l’air que je respire. Certains font de la relaxation, moi je range et je fais le ménage … A la clef, sérénité, bien-être et idées claires.

Je suis en quelque sort une casanière-romano, une casanièromano

J’aime siroter un Darjeeling, un œil sur mes géraniums odorants et un livre à la main mais je n’aime également rien tant que l’aventure d’un voyage fût-il de quelques kilomètres.

Prendre la route ne serait-ce que pour aller se promener dans les dunes de Zélande ou traverser la Manche, c’est déjà voyager. Partir, permet de s’alléger, d’oublier pour un temps les contraintes et les tracas du quotidien. Notre esprit est alors disponible, tous nos sens sont en éveil, prêts pour l’émerveillement et la découverte (comme des enfants à l’orée de deux mois de grandes vacances dédiées aux jeux et à l’aventure). Et cette disponibilité que donne le voyage nous transforme. Durablement. Elle nous apprend à regarder et être ouvert à toutes choses. Même si je peux me perdre dans la contemplation d’un pied de mauve sauvage alors que j’attends que le feu passe au vert, m’arrêter devant un détail d’architecture jamais aperçu alors que j’ai pourtant déjà traversé mille fois la Grand Place de Lille ou être émerveillée par cette lumière si particulière propre au nord du Nord, être ailleurs me rend encore plus réceptive à ce qui nous entoure. Tout devient intéressant puisque tout est différent. Et, chose étonnante – peut-être l’avez-vous d’ailleurs expérimenté -, au retour nous portons le même regard neuf et attentif à notre environnement. Nous remarquons d’infimes changements et nous étonnons même des volumes de notre maison qui semble agrandie.

Mais c’est une drogue. Partez une fois, vous en redemanderez … Pourquoi rester immobile alors que le monde est si vaste et qu’il faudrait mille vies pour en faire le tour ?

J’ai à ce propos un souvenir précis. J’étais encore très jeune et nous avions voyagé, avec mes parents et mon frère, pendant près de deux mois dans les Balkans (c’était bien avant la guerre Croato-Bosniaque, Tito et Ceausescu étaient encore au pouvoir et les « Portes de Fer » bien fermées sur une réalité à la fois atroce et magnifique). Nous avions quitté la Roumanie et traversions Belgrade. Nous faisions route vers la maison et la rentrée des classes. Et, alors que je soupirais en me plaignant de devoir rentrer, ma mère m’avait dit « oh, moi je repartirais bien ! Et tout de suite ! On rentre juste pour faire quelques lessives, embrasser Mamie et Bon-Papa et, hop, on repart ! ».

Disons que j’ai de qui tenir …

Et je suis toujours prête à partir ; ou, en tous cas, avec des projets de voyages plein mes cartons (retrouver Venise cet hiver, découvrir le Japon au printemps …).

Pour l’heure, je suis prête à partir. J’ai sorti ma valise, mes listes (je fais des listes pour tout) et ai déjà préparé mes « essentiels », mes indispensables compagnons de voyage : du thé de Ceylan Dammann en petits sachets cristal (très pratiques en voyage ; il m’arrive souvent de ne commander que de l’eau chaude ayant toujours un ou deux sachet dans mon sac afin de pouvoir boire un thé digne de ce nom !), des cartes IGN au 1/25000 (les cartes sont les prémices du voyage …), des carnets pour noter et dessiner, mon Olympus et des livres …

Cet été j’emporte :

Perles de vies de René de Obaldia (Grasset), recueil de citations glanées par l’auteur tout au long de sa vie et qu’il nous livre comme « source de réflexions, méditations, voire matière à rire et à pleurer ». Je n’ai pu résister à l’envie d’en lire certaines …

Le chat : la sentinelle de l’invisible. (Obaldia)
Il faut beaucoup de temps pour devenir jeune. (Picasso)
Le monde est trop beau pour qu’on ne le remarque pas. (Sénèque)

Le train de Simenon (le Livre de Poche). J’emporte ce roman pour le lire (le relire en quelque sorte) après en avoir écouté l’adaptation radiophonique dite par Guillaume Gallienne. En mars dernier, un dimanche soir, alors que je revenais de la campagne, j’ai allumé la radio sur France-Culture. La lecture de ce roman venait de commencer. J’ai été intriguée, j’ai écouté, je me suis demandé qui pouvait mon dieu écrire aussi bien et je n’ai pas pu m’arrêter d’écouter, captivée. Arrivée devant chez moi, j’ai garé ma voiture et ne l’ai pas quittée, concentrée, écoutant les dernières pages, suspendue aux derniers mots d’un récit bouleversant et d’une incroyable justesse. Car c’est d’humain dont il est question ici, d’un homme ordinaire, un peu étriqué, que la débâcle de 1940 – ce temps hors du temps, ce temps extra-ordinaire – va libérer le temps d’un voyage en train de Fumay à La Rochelle. Quelques jours durant lesquels il sera libre – puisque hors de sa vie -, juste lui-même, comme il ne l’a jamais été – mais pour un temps seulement … Un héros humain, profondément humain, à la fois petit et lumineux, mesquin et généreux et surtout lucide, terriblement lucide. [Pour podcaster la remarquable adaptation radiophonique (Guillaume Gallienne est, je trouve, d’une justesse absolue), c’est ICI.]

Constellation d’Adrien Bosc parce que j’aime les avions …

Passé imparfait de Julian Fellowes (Sonatines) parce que j’aime l’Angleterre … et surtout que parce que Diane l’a savouré d’une traite et m’en a dit grand bien.

La Princesse des glaces de Camilla Lackberg (Actes Sud) parce que je n’aime pas les policiers mais que j’aime ceux-ci venus du froid.

Cosmos de Michel Onfray (Flammarion) pour en lire un chapitre par jour et me sentir un peu plus intelligente ensuite …

 

Et vous êtes-vous prêt à partir ?

 

 


 

Smeus

Smeus ou pommes de terre et crevettes grises à la mode belge …

Encore une recette belge me direz-vous ? Oui, mais j’aurais quelques scrupules à ne pas la partager tant ce plat est un délice.

C’est mon monsieur, archétype du Belge gourmand (mais néanmoins gourmet), friand de frites, de bière trappiste, de filet américain* et de crevettes grises qui me le fit découvrir il y a maintenant quelques années.

Un soir, arrivant à Bruxelles directement du travail, c’est-à-dire exténuée et affamée, je le trouvais installé à la table de la cuisine devant une montagne de crevettes qu’il décortiquait une à une, patiemment, et avec une dextérité qui ne pouvait être que le fruit d’une longue expérience et d’un apprentissage précoce – chez sa grand-mère à Knokke-le-Zoute m’expliqua-t-il où on les dégustait au petit déjeuner avec des tartines de beurre salé. Le chat surveillait l’opération assis sur une chaise, le museau sur la table, stoïque. Je fis comme lui, piochant quand même deux crevettes, une pour le félin, une pour moi, afin que nous en testions la fraicheur. Mon monsieur m’expliqua alors qu’il préparait un smeus, recette qu’il avait découverte dans Dagelijkse Kost, notre émission culinaire favorite sur la chaine de télévision flamande Eèn. Nous adorons en effet, quand nous en trouvons le temps, nous caler dans le canapé, un drink à portée de main, pour suivre ce programme du chef Jeroen Meus. Et cela pour trois raison, d’abord les recettes (toujours simples et généreuses) puis le cours de langue (maintenir son niveau de néerlandais, très faible en ce qui me concerne, est en effet toujours plus facile avec un support alléchant …) et enfin la personnalité même du chef, à la fois flegmatique et très expressif et dont le savoureux et voilààààà !, par lequel il clôt chaque émission, me ravit toujours.

Monsieur Bruxelles, les crevettes épluchées, m’expulsa gentiment de la cuisine afin de préparer à son aise purée et œufs pochés. Je gagnais donc le salon, accompagnée du chat et le temps d’une micro-sieste pour lui et d’une tasse de thé pour moi, le smeus fût prêt.

Et, j’ai tout bonnement adoré.

Purée à la crème et à la ciboulette, œuf poché et crevettes grises. Simple, bon, raffiné. Alliance parfaite et étonnante des pommes de terre, des crevettes et de la crème.

 

Ce plat des pêcheurs d’Ostende est devenu l’un de mes « classiques » que j’aime à faire et à refaire été comme hiver, à la ville ou à la campagne.

Les photos de cet article ont d’ailleurs été prises à la campagne en juin dernier.

Allez, hop, la recette !

Smeus
Pour 4 personnes
– 600 g de pommes de terre à purée (ou à chair tendre)
– 90 g de beurre
– 2 dl de lait entier
– 2 cuillères à soupe de crème épaisse
– ½ bouquet de ciboulette
– 4 œufs à température ambiante
– 250 g de crevettes grises décortiquées
– Sel / poivre

Décortiquez les crevettes si vous les achetez entières (pour ma part, je les achète déjà toute nues 😉

Epluchez et coupez en gros morceaux les pommes de terre. Les faire cuire dans de l’eau bouillante salée pendant 25 mn.

Pendant ce temps, faites chauffer doucement le lait, lavez et émincez en petits tronçons la ciboulette, sortez la crème du frigo afin qu’elle ne soit pas trop froide.

Faites également chauffer l’eau de cuisson (eau + vinaigre, sans sel !) des œufs pochés. Ceci afin qu’ensuite tout soit prêt en même temps.

Ce plat est extrêmement simple à réaliser mais demande juste à être parfaitement organisé ; ceci afin que la cuisson des pommes de terre et celle des œufs soient parfaitement coordonnées et donc que tout soit servi bien chaud !

Lorsque les pommes de terre sont cuites, les égoutter puis les écraser au presse-purée, ajouter le beurre, bien mélanger puis ajoutez le lait chaud, la crème et la ciboulette en mélangeant bien. Maintenir au chaud.

Cuire les œufs pochés (4 mn). Pour ma part, j’utilise une pocheuse à œufs qui permet de cuire 4 œufs en même temps sans difficulté.

Dès que les œufs sont cuits, dressez vos assiettes : répartir un peu de purée au centre de chaque assiette et y déposer un œuf poché, garnir le pourtour d’une couronne de crevettes grises, donner un petit tour de moulin à poivre sur l’œuf (parce que c’est joli) et décorer l’ensemble avec quelques brins de ciboulette.

Voilàààà, c’est prêt ! Smakelijk !

***

*Filet américain : version belge du steak tartare.


 

 

 

 

 

 

Pour la recette en VO, c’est ICI.
Oeufs pochés : pour la méthode, c’est ICI.

Pour découvrir l’émission Dagelijkse Kost et les dernières recettes filmées de Jeroen, c’est ICI (cliquer sur les recettes).

 


 

Bonne fête Diane !

Sur cette photo, prise à Saint-Jean Cap Ferrat, j’ai 2 ans et ma mère adorée un peu plus de 20 ans.

Soleil et bonheur …

Il est des photos, des moments, qui sont des concentrés (sans que l’on ne le sache à l’instant où on les vit) de la vie qui sera la nôtre, de la relation qui nous unira à tout jamais.

Inséparables.

Soleil et bonheur, toujours.

Ma mère est mon soleil, mon bonheur, la vie même.

Bonne fête Diane, bonne fête maman !!!

 


 

Tartines belges, tartines de printemps

J’adore les radis et le printemps venu je ne résiste pas à leur belle couleur rose indien et leur croquant frais-piquant.

J’aime les manger avec juste un peu de sel de Guérande, un très bon pain de campagne et du beurre salé, émincés en jolies rondelles dans une salade composée ou … sur des tartines !

Je ne connaissais pas cette recette avant que Monsieur Bruxelles n’évoque ses souvenirs gourmands de petit ket* et ces fameuses tartines belges.

Depuis, à la belle saison, je prépare souvent en guise d’en-cas ou parfois pour l’apéritif, ces tartines belges (ou tartines de Bruxelles) qui, en dépit de leur extrême simplicité, sont assez raffinées et absolument délicieuses.

Les photos parlent d’elles même et il est presque inutile de vous en donner la « recette » : pain de campagne, fromage blanc et oignons nouveaux hachés, radis en rondelles et ciboulette.

Pour ma part, j’utilise un très bon pain bio de chez Alex Croquet à Lillel’un des meilleurs boulangers au monde ou de chez C’est si bon lorsque je suis à Bruxelles. Sur les photos, il s’agit d’un pain complet au levain de chez Croquet dont les petites tranches sont parfaites pour un apéritif. Plutôt que du fromage blanc (dans ce cas, je préfère préparer une grosse jatte de Cervelle de Canut*), j’étale sur le pain une généreuse couche de Carré frais Gervais au petit goût acidulé. Sur cette version, je n’ai pas ajouté d’oignons nouveaux, juste un tour de moulin à poivre puis enfin les radis dont je tranche uniquement la partie rose afin que cela soit plus joli ! De la ciboulette du jardin fraichement cueillie et émincée et hop, c’est prêt !

Simple, frais, et préparé en 10 minutes chrono.

Si en plus, comme ce fût le cas le week-end dernier, vous accompagnez ces tartines d’un bon verre de Riesling et vous installez au jardin, c’est le bonheur absolu. Une belle et bonne façon de croquer dans le printemps.

 


*Ket : Garçon, gamin de Bruxelles en parlé bruxellois.

**Cervelle de Canut (spécialité lyonnaise) : fromage blanc en faisselle mélangé à, un trait d’huile d’olive, échalotes et ail hachés, persil et ciboulette ciselés. A déguster sur du pain ou avec des pommes de terre nouvelles à la vapeur. Un délice !


 

 

 

 

Parfums voyages

Lundi matin, retour au travail.

Dehors le printemps explose, les mésanges bleues s’affairent, les corolles des jonquilles se balancent dans la douceur de l’air et les bourdons bourdonnent de bon cœur tout à leur ouvrage de bourdon. Il fait beau, délicieusement beau et, mon dieu, il nous faut travailler ! Qui donc, hormis les artistes, les inventeurs géniaux, les chercheurs émérites, les médecins par conviction ou les pâtissiers de renom, peut avoir envie de travailler par une journée pareille ? Pas moi en tous cas.

En ce lundi matin, j’ai donc traîné, ralenti le rythme (comme je sais si bien le faire). J’ai pris le temps, me suis octroyé ce luxe suprême. Les dossiers en cours et les réunions du jour pouvaient bien attendre – être en retard est de toute façon ma spécialité. J’ai donc siroté trois tasses de thé, accompagnées de tartines au miel de lavande, debout dans ma cuisine, absorbée par le spectacle du cerisier tout en feuilles tendres qui se trouve sous ma fenêtre. Le passage des avions dessinait de belles lignes blanches sur le pastel du ciel et Choupette, la chatte des voisins, prenait un bain de soleil.

Vers 9 heures, je suis redevenue raisonnable. J’ai souhaité une bonne journée à Choupette – qui visiblement ne comprenait pas pourquoi je m’obstinais à vouloir me rendre au travail – et j’ai sauté dans ma Lancia. Quinze kilomètres à bon train soit quinze minutes de musique avant l’arrivée au travail. Et comme on ne se refait pas, j’ai parcouru les derniers kilomètres pianissimo afin de ne pas rater les dernières mesures d’Iberia (triana) d’Albéniz sur radio Classique dans une version pour guitare et orchestre pas mal du tout.

J’ai quand même fini par arriver, ai garé ma voiture puis, constatant que j’étais très en retard, couru vers l’ascenseur. Je l’ai attendu cinq bonnes minutes, résignée, l’esprit ailleurs et, quand les portes se sont enfin ouvertes, je m’y suis engouffrée puis aussitôt figée, surprise par le parfum qui y flottait. Toute la cabine embaumait la figue. Le merveilleux parfum du figuier dont les feuilles, là-bas dans le sud du sud, infusent dans une chaleur de désert et exhalent à la ronde leurs effluves lactées. J’adore l’odeur du figuier. Un arbre, je l’ai déjà évoqué, que l’on hume avec délice avant de l’apercevoir. Moyen d’ailleurs infaillible pour les découvrir au détour d’une ruelle, à demi-cachés par un muret de pierres sèches ou majestueusement isolés dans une campagne d’herbe jaune et de schiste chauffé à blanc.

Avez-vous remarqué l’extraordinaire pouvoir des parfums ?

En un millième de seconde ils nous transportent dans l’espace et dans le temps. Paysages et souvenirs d’enfance. Figuier, pain grillé, pois de senteur (si bien nommés), brioche, draps séchés au grand air, muguet, pluie d’été au jardin … Il faudrait que je fasse une liste de toutes les odeurs que j’aime et qui me transportent.

La senteur poivrée des œillets mignardise m’évoque immanquablement le jardin de mes grands-parents où ils s’épanouissaient en larges bandes de plumets roses et gris, celle sombre, sourde et sucrée du gardénia, un soir d’été saturé de chaleur et d’étoiles au bord de la mer Egée ou le fumet d’un potage de légumes et de viande cuisinée, les dîners en Alsace à l’hôtel Muller. Je pourrais écrire des pages entières de souvenirs olfactifs.

Une liste aussi des parfums. Les parfums portés par ma mère (Y d’Yves Saint Laurent), ma grand-mère (l’Air du Temps de Nina Ricci), mon père (Un jardin après la Mousson d’Hermès), Antoine (Vétiver  de Guerlain), Laurence (l’Heure Bleue de Guerlain), Aki (l’Eau Sauvage de Christian Dior) … Les parfums que j’aime de ceux que j’aime …

Autant de moments, d’instants de bonheur, d’images, de lumières … Le parfum, pour moi est lié au bonheur ; peut-être parce que je ne me parfume pas lorsque tout va mal ou alors seulement pour me donner du courage, quelques gouttes de N° 5 derrière l’oreille comme un grigri rassurant, une enveloppe invisible qui me protège et m’accompagne.

Je porte le N°5 depuis mes 18 ans. C’est mon parfum principal. Je dis principal car je rythme l’année avec trois autres senteurs : en janvier et février, White Linen d’Estée Lauder (frais, blanc, hivernal), en mai et juin, Pleasures, toujours d’Estée Lauder (net, frais, fleuri, du printemps en bouteille) puis l’Eau de pamplemousse rose d’Hermès ou l’Eau de fleurs de cédrat de Guerlain pour le plein été (fraicheur piquante, agrume frissonnant). Entre deux, ma référence, mon 5.

Je ne comprends pas que l’on ne se parfume pas. Les hommes notamment devraient savoir que quelques gouttes d’un parfum élégant derrière l’oreille leur procure immédiatement un charme indéniable. Un monsieur très laid deviendra charmant, un monsieur charmant deviendra irrésistible. Et cela vaut aussi pour les femmes ! Et puis, on se souvient d’autant mieux d’un ami ou d’un amant (dont c’est le parfum qui laisse parfois le meilleur souvenir) lorsqu’ils sont associés à une fragrance qui nous plaît.

Je ne saurai jamais à qui appartenait le parfum de figue dans l’ascenseur. L’un de mes collègues portait-il Philosykos ?* Le mystère reste entier. Et finalement, peu importe car, en ce lundi matin, j’ai ouvert mon ordinateur avec un sourire. Les petits bonheurs font les bonnes journées et mettent du baume au cœur. Peut-être faut-il juste savoir voler du temps, sans mauvaise conscience, se laisser transporter, au hasard d’une musique en Andalousie ou, au hasard d’un parfum dans les Cyclades. Cela dit, je n’ai pas révélé le motif de ma bonne humeur lors de la réunion à laquelle je participais ensuite. Qui m’aurait crue ?

 

°°°

*Philosykos est un parfum de chez Dytique qui évoque à la perfection le figuier et ses fruits. Une merveille absolue.


Ces belles figues sont l’œuvre de mon talentueux Monsieur Bruxelles.

 

 

 

 

 

 


 

Leçon de simplicité : Les « Pommes en l’air »

Dans mon article précédent je vous proposais une leçon de bonheur : la recette de la tarte Bourdaloue aux pommes et noix de pécan. Le commentaire laissé par Catherine m’a donné l’idée d’une seconde « leçon » ; de grande simplicité cette fois mais toujours avec des pommes. Les pommes en l’air. Une recette simple comme bonjour, faite en 3 secondes, idéale quand une envie de sucré et de réconfort se fait sentir.

Le mois de février, en dépit de sa brièveté, m’a toujours semblé interminable. C’est un drôle de mois coincé entre la magie de janvier et le renouveau annoncé par mars. Seuls la neige et le froid rude peuvent le sauver en nous donnant la sensation d’être comme des survivants au cœur du pôle Nord, reclus dans la chaleur de notre tanière. Sortir, oui, juste pour aller travailler, revenir vite, passer à la boulangerie puis rentrer se réchauffer avec un chocolat chaud, une tranche de brioche ou ces pommes en l’air vites faites bien faites.

Aujourd’hui le temps est juste morose. Pas de neige, pas d’étoiles glacées dans le ciel lorsque je rentre du travail. Juste du gris légèrement déprimant et un vent humide qui nous fait frissonner. Il faut donc se remonter le moral. Les pommes en l’air sont aussi faites pour ça.

Allez, je vous donne la recette qui n’en est pas une d’ailleurs car cette préparation est la simplicité même.

Pour la petite histoire, c’est ma mère qui a mis au point ce délice. Et du plus loin que je me souvienne, ces pommes en l’air ont accompagné toute mon enfance et continuent d’ailleurs de me régaler. Retour d’école ou retour du travail, le besoin de réconfort reste le même n’est-ce pas ?

Pommes en l’air de Diane

Peler quelques belles pommes à cuire (Reine des Reinettes, Boskoop …), les évider, les couper en quatre puis en gros quartiers.

Faite fondre un peu de beurre dans une poêle. Y ajouter les quartiers de pommes, les faire dorer en prenant soin de les retourner sans les abimer et les saupoudrer de sucre.

Lorsque les quartiers de pomme sont fondants, bien dorés et légèrement caramélisés, couper le feu et les flamber au Calvados (à ce stade, si vous êtes encore de grands enfants, vous pouvez éteindre la lumière et pousser – mentalement ou pas – des cris de joie en contemplant les petites flammes bleues et jaunes du calvados en train de flamber).

Dresser vos quartiers de pommes sur de jolies assiettes et les servir accompagnés d’une grosse cuillerée de crème fraiche épaisse bien froide.

Le contraste des pommes fondantes, brûlantes et de la crème froide est un délice absolu.

 

Merci Diana !


 

Leçon de bonheur : Tarte Bourdaloue aux pommes et noix de pécan

Hier soir, rendez-vous chez le kiné. Rien de grave, juste une séance pour me rassurer et m’entendre dire que mon genou gauche se porte à merveille. En fin psychologue, mon kiné sait bien que, même si je suis loin d’être douillette et plutôt d’une nature courageuse et stoïque, je suis, malgré tout, légèrement angoissée dès qu’il s’agit de ma santé ; ou plutôt de la crainte d’être privée de liberté ! Je ne m’évanouis pas à la vue du sang, je peux endurer sans broncher la douleur d’un orteil cassé mais suis malade rien qu’à l’idée d’être contrainte à l’immobilité. Comme à notre habitude, alors que mon genou se pliait –au sens propre – aux exercices d’assouplissement, nous avons conversé. De fil en aiguille, après avoir évoqué les vœux de jadis (l’heureux temps où le mot étrennes avait un sens), nous avons déploré de concert cette généralisation du « chacun pour soi », du chacun replié sur son nombril à la recherche d’un équilibre intérieur et des gourous en tous genres aussi prompts à proposer des cours de « bonheur » qu’à empocher vos euros.

Moi, pour me recentrer, me déstresser… je fais de la pâtisserie. Concentration de rigueur – comment en effet abaisser une pâte feuilletée ou monter une chantilly parfaite en pensant à autre chose qu’à ce que l’on est en train de faire ? Impossible ! Pâtisser me permet de faire le vide (momentanément, j’en conviens). Je l’ai d’ailleurs encore observé lors ma dernière réalisation, une version couture de la tarte aux pommes, simple à réaliser mais qui m’a quand même vu tirer la langue pour aligner parfaitement mes quartiers de fruits et caraméliser mes noix de pécan comme s’il s’agissait de petits bijoux. Bon, le résultat ne fut pas si mal mais surtout délicieux !

La recette (du bonheur) peut parfois être tout simplement de faire une tarte ; à la clef : satisfaction de produire quelque chose de joli + satisfaction de régaler les gourmands = oubli de soi et de ses problèmes. Préparation et dégustation, doublement antistress donc.

Je vous donne la recette !

Tarte Bourdaloue aux pommes et noix de pécan

Ingrédients
Pâte feuilletée (à acheter toute faite pour plus de simplicité)
Pour la frangipane noix de pécan :
125 g de beurre en pommade
100 g de sucre
50 g de poudre d’amandes
75 g de poudre de noix de pécan
2 œufs
25 g de farine
4 pommes
Gelée d’abricots (ou confiture passée au chinois et délayée avec très peu d’eau)
10 noix de pécan caramélisées
1 cercle à tarte d’environ 25 cm
1 plaque de cuisson antiadhésive

Disposer l’abaisse de pâte feuilletée dans le cercle à tarte posé sur la plaque de cuisson. Réserver au frais.
Mélanger le beurre en pommade avec le sucre. Ajouter les poudres d’amandes et de noix de pécan. Incorporer les œufs un à un puis terminer par la farine. Réserver au réfrigérateur 2 heures.
Au bout de ce temps, répartir uniformément cette crème sur le fond de tarte.
Éplucher les 4 pommes et les couper en fines tranches avant de les répartir sur le fond de tarte.
[Pour obtenir des pommes tranchées régulièrement puis reconstituées, j’ai tout simplement coupé les fruits en deux, ôté le trognon à l’aide d’un vide pomme, puis coupé des tranches tout en maintenant l’ensemble. Il ne reste plus ensuite qu’à déposer doucement les demi-pommes sur la frangipane en écartant un peu les tranches les unes des autres.]
Enfourner pour 40 minutes à 180 °C.
Laisser refroidir puis appliquer la confiture d’abricot sur le dessus de la tarte.
Pour terminer, décorer avec des noix de pécan caramélisées et saupoudrer d’un nuage de sucre glace le pourtour de votre chef-d’œuvre.

Noix de pécan caramélisées
Torréfier légèrement les noix de pécan en les passant quelques minutes au four (5 minutes à 150 °C).
Réaliser ensuite un caramel blond avec 100 g de sucre et 35 g d’eau, y ajouter les noix de pécan. Les enrober de caramel puis les disposer sur une feuille de papier cuisson, en prenant bien soin de les séparer afin de les laisser refroidir.

J’ai découvert cette recette* de Jean-Philippe Darcis (pâtissier et chocolatier belge) dans le magazine Relais Desserts dont une pile était à la disposition des clients chez Wittamer (mon QG gourmand bruxellois). Relais Dessert est avant tout, et se présente comme tel, un « club élitiste » dont les membres (pâtissiers et chocolatiers de 19 pays) constituent l’élite de la haute pâtisserie française. On compte parmi eux, pour les plus connus, Pierre Hermé en France et Paul Wittamer en Belgique.
Les recettes proposées dans leur magazine (et également sur leur site) sont toutes plus alléchantes les unes que les autres et, on pouvait s’en douter, très « pro ». Les proportions et temps de cuisson de cette tarte Bourdaloue par exemple sont absolument justes ; ce qui est loin d’être toujours le cas dans certains livres. Même chose pour leur recette de galette des rois que j’ai testée récemment avec succès.

*Recette très légèrement adaptée pour plus de simplicité (pâte feuilletée du commerce, confiture d’abricot au lieu de gelée, pas de feuilles d’or en décoration finale).


 

Bonne année ! (et jardin givré)

Je vous souhaite à tous, chers fidèles lecteurs, une très bonne année 2017 ! Une année pleine de bonheur, de bonheurs (avec un « s »), de ces petits riens qui enchantent le quotidien, de tout ce qui est votre tasse de thé et qu’il faut savoir attraper au vol, de ces moments où il faut savoir s’arrêter, prendre le temps, luxe suprême indispensable et salutaire !

Pour ce premier billet de l’année, j’ai choisi de partager quelques photos du jardin de Doudeauville. Un jardin givré, blanc, bleu de glace, en accord parfait avec cette période si particulière, comme suspendue, entre parenthèses, de la fin d’une année et du début d’une autre, toute neuve, n’attendant que nos bonnes résolutions …

Pour ce qui est de mes bonnes résolutions, disons que je peaufine ma liste. Je m’accorde du temps, je profite du flottement des premiers jours de janvier pour me préparer à les mettre en pratique … Je ne sais pas pour vous, mais moi j’adore ces premiers jours nouveaux. Tout semble (presque) possible … L’expérience nous montre qu’en fait il n’en est rien mais, pour l’heure, je me persuade du contraire et profite encore de cette atmosphère hors du temps. Au travail, tout le monde (même ceux qui sont les plus grands ennemis)  échange des vœux sucrés ; le calme règne donc. Le soir, je rentre tôt, un peu comme un lièvre des neiges rentre dans sa tanière. Une théière, de la musique. Allez, Virginie, tu as encore un peu de temps devant toi ! Remettre à plus tard est un peu, je l’avoue, ma spécialité et ayant décidé d’être cette année un peu plus moi … eh bien, je prends mon temps !

Allez les amis, bonne visite du jardin ! Et bonne année !!!