Derniers Articles

Les oiseaux de Sans Souci

Un chardonneret, une mésange huppée, un troglodyte-mignon.

 Ils sont trois dans la chambre de mes parents, trois petits médaillons, trois souvenirs du Palais de Sans Souci ; le Palais de Frédéric II à Postdam que mes parents visitèrent lors d’un voyage en Allemagne de l’Est du temps où l’Allemagne se coupait en deux, du temps où j’étais toute petite et mon frère à peine conçu (ce qui m’a toujours fait dire qu’il visita Berlin avant moi …).

La visite de ce palais leur avait laissé un souvenir enchanté et depuis, leur récit de la bibliothèque de Voltaire, des grosses pantoufles qu’ils avaient dû chausser pour ne pas érafler les parquets – mais glisser tels des patineurs – et des écureuils roux virevoltants dans les grands arbres du parc me faisait rêver.

Aussi, lors d’un voyage professionnel à Berlin, il y a de ça quelques années, j’en profitais le dimanche avant mon retour pour filer à Postdam.

Nous étions mi-février et le thermomètre était descendu très en dessous de zéro. Le quartier de Mitte où je séjournais était désert, comme figé par le froid et même les ours du pont sur la Spree semblaient frigorifiés.

La ville et la campagne que je contemplais ensuite depuis le train avaient pris cette teinte grège du grand froid qui semble poser sur toute chose un voile de pastel glacé. Dans le train, peu de voyageurs tout comme dans la gare où j’arrivais, impatiente et heureuse comme un explorateur de pyramide ou de quelque contrée fabuleuse. Car c’est bien ce que je comptais découvrir. Et retrouver l’émerveillement qu’eurent mes parents.

Dehors, les rues étaient presque vides. Vide également le parc que j’atteignis rapidement ; le froid incitait à la course pour se réchauffer en dépit de ma doudoune et des gants fourrés.

Le parc m’attendait. De grands arbres noirs et nus sur le ciel gris, des allées de sable beige, des pelouses gelées et le croassement de corbeaux désœuvrés sautant de branches en branches comme pour passer le temps. Rien de très engageant et pourtant, un je-ne-sais-quoi dans l’air me fit dire que cet endroit était particulier. Le silence ouaté, le ciel d’un blanc opaque, la substance même de l’air glacé et humide semblaient avoir posé un couvercle invisible sur le domaine ; un endroit hors du temps pour perdre la notion du temps. Frédéric II avait dû s’y promener, mes parents s’y étaient promenés, je m’y promenais à mon tour. Pensée on ne peut plus banale, j’en conviens, mais je reste fascinée par notre capacité à jouer avec l’espace et le temps comme avec un élastique. Vivre dans la même seconde le maintenant et l’avant … Surprendre un rayon de soleil frapper le parquet de la Galerie des Glaces ou se perdre dans la contemplation des nuages depuis l’une de ses fenêtres, c’est voir ce que des centaines de courtisans ont vu avant vous et dont ils ont pu être touchés de la même manière, c’est ressentir et s’émouvoir de ces mêmes petits riens. Vivre le lieu, en faire l’expérience sensible, permet de voyager dans le temps puisque rien ne change. En tous cas ni la lumière, ni les reflets sur les verres anciens des fenêtres, ni la vue depuis un perron. Et c’est cela que je retrouvais ici, à l’orée du parc. Une magie de « l’hors du temps ».

Pour l’heure, pas d’écureuils ; ils devaient encore dormir dans leur nids bien chauds, n’ayant d’ailleurs peut-être pas du tout l’intention de sortir – dimanche oblige – préférant la dégustation de leur réserve de noisettes à la contemplation amusée des quelques rares et courageux visiteurs.

Il m’a fallu marcher longtemps, sans plan et donc en me perdant un peu, avant de découvrir le refuge de Frédéric II. Façade jaune, d’un jaune que l’on nomme « impérial » entre l’ocre-jaune et le jaune beurre-frais, rococo, féérique, qui tranchait et détonnait dans tout ce gris ; un peu comme si l’on venait de planter un décor de théâtre au cœur de la nature. Vision féérique. Palais de conte pour enfants. Pas étonnant que le palais et son parc aient tant plu à ma mère de qui je tiens mon goût pour le vrai merveilleux, celui de la forêt et des bêtes invisibles, de la nuit de velours, des princesses-grenouilles et des plumes de chardonneret que l’on trouve par hasard sur la mousse d’un rocher … Ce palais était pour nous.

Je devais déjeuner avec mon collègue et ami Angelo – qui avait eu la bonne idée, à l’instar des écureuils, de faire la grasse matinée – et nous avions convenu de nous retrouver devant le palais. Midi n’avait pas encore sonné. J’avais donc encore le temps de faire le tour de ce palais à échelle humaine, de redescendre les marches qui y mènent et traversent les vignes en terrasses plantées par Frédéric. Me perdre à nouveau dans le parc dans le silence et le gris glacé de l’air humide, apercevoir le vert d’eau et les dorures du pavillon chinois, atteindre le Neues Palais (très laid) mais y découvrir une boutique. Aucun lieu, aussi féerique qu’il soit n’y échappe. Les museum shop sont aux musées ce que l’audioguide est au visiteur. Une calamité. Regardez par vous-même et engrangez des souvenirs ai-je toujours envie de crier. Cela dit, le froid m’ayant glacée jusqu’aux os, j’entrai dans la boutique de souvenirs en poussant un soupir d’aise tant la chaleur qui y régnait était bienfaisante. Une bien jolie boutique d’ailleurs toute en plafonds très hauts, en moulures et en parquets cirés. De quoi décolérer et se réchauffer. Je traînais un peu entre les piles de livres et les cartes postales quand je les vis, sur une table ronde nappée de blanc, des oiseaux, de jolis oiseaux de nos jardins sur de petits médaillons de porcelaine blanche.

Les illustrations étaient d’assez bonne facture et, surtout, la plupart des oiseaux de Doudeauville étaient là. Petites miniatures précieuses. Ils feraient le bonheur de Diane ; enfin, je l’espérais. Je fis mon choix. J’en voulais trois car, c’est mon chiffre et puis tout est plus beau par trois. Je tergiversais pendant une bonne demi-heure, perdant la notion du temps, absorbée par mon travail de sélection du plus parfait, de l’oiseau aux plus belles couleurs, du médaillon sans aucun défaut. Je les plaçais côte à côte, essayant plusieurs associations ; rouge-gorge et mésange, roitelet et pinson. Mon choix se porta finalement sur le chardonneret, la mésange huppée et le troglodyte mignon (oui, c’est bien son nom) hôtes réguliers de notre jardin et parmi nos préférés. Je les fis emballer dans plusieurs feuilles de papier de soie et les emportais comme un trésor.

Angelo m’attendait ; nous devions quand même travailler notre rapport de mission. Je demandais à un touriste allemand de nous prendre en photo devant « Sans souci » puis nous nous filâmes vers un restaurant que j’avais aperçu, caché sous les arbres, derrière le palais. Les salles étaient bondées – à croire que tous les berlinois s’y étaient donné rendez-vous – mais on nous trouva une place dans la galerie vitrée donnant sur le jardin. Il y faisait chaud, les effluves des plats que l’on servait étaient délicieuses et le brouhaha joyeux. Je commandais kartoffeln und würste (nous étions en Allemagne quand même !) et une bouteille de vin blanc. La nourriture, le vin et la chaleur nous amollirent quelque peu. Après le strudel aux pommes et à la cannelle, le café fut servi dans de petites tasses vertes et or, les couleurs même du pavillon chinois que j’avais aperçu tout à l’heure.

Il fallu repartir, le jour semblait déjà décliner et le ciel s’était assombri.

Angelo ne parlait pas trop – c’est un ami parfait – et je pouvais ainsi goûter les derniers instants dans ce parc. J’avais remonté le col de ma doudoune, nous marchions d’un bon pas et je serrais contre moi le sachet de plastique blanc qui contenait mon trésor.

Je l’ai déjà dit, parfois la vie nous offre des moments suspendus, des moments hors du temps dont on se souviendra ensuite avec une précision surprenante et qui d’ailleurs nous étonnera. Pourquoi ? La concordance heureuse de notre disponibilité, de notre volonté d’émerveillement ? Sûrement. Mais plus encore – et ça, j’en suis persuadée – car le temps et l’espace sont élastiques et les expériences vécues, et les liens créés, autant de fils d’Ariane …

Ces trois petits oiseaux sont maintenant côte à côte sur le bleu ciel de la chambre de mes parents. Et il me suffit d’un regard pour me transporter là bas et « avant » …

Diane & Dad., Berlin, Postdam, Sans Souci, Doudeauville, Postdam, les oiseaux et les jardins …

L’or du temps.

 

***

 

 


 

Sans Souci, palais de style rococo, fut la résidence d’été, le refuge de Frédéric II, roi de Prusse (dit Frédéric le Grand) qui aimait, à la fin de sa vie, à y séjourner avec la seule compagnie de ses chiens. Frédéric II avait une idée très précise de la résidence qu’il souhaitait et l’architecte Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff s’appuya d’ailleurs sur les croquis du roi pour sa réalisation. Le palais fut construit en seulement 2 ans (1745 – 1747) et se caractérise par sa petite taille et les 10 pièces en enfilade qui le constituent. Il est entouré d’un parc de 300 ha dans lequel se trouvent également le Neues Palais, le pavillon chinois et une orangerie.
Sans Souci est situé à Potsdam à environ 25 kms de Berlin.
Pour découvrir le site, c’est ICI.

Pour faire une pause et vous restaurer, je vous conseille le restaurant où j’avais déjeuné : le Mövenpick restaurant Zur Historischen Mühle (lien ICI)

Pour s’y rendre :

En Provence (adresses gourmandes) – 2/2

Un pays, une région, se visitent aussi avec les papilles.

Alors, je vous livre, en guise de conclusion du récit de notre balade estivale, quatre adresses à découvrir sur place mais aussi, pour certaines d’entre-elles de gourmandises à vous faire livrer (bonheur de la commande par internet qui mettra illico prestissimo la Provence sur votre table et du soleil dans votre hiver !).

Moulin Jullien (miel et huile d’olive) – Saint-Saturnin-lès Apt

J’ai découvert ce producteur il y a quelques années alors que je désespérais de trouver un bon miel de lavande. J’avais écumé les quelques boutiques spécialisées, notamment à Bruxelles, et les magasins bio mais leur miel était soit quelconque soit d’origine indéterminée (miel issu de l’Union Européenne …). Il ne me restait donc qu’à taper les bons mots-clefs afin de trouver la perle rare sur internet. Ce fut long – peut-être en raison de mes critères : il fallait que le miel soit de Provence et bio, mais sans que le producteur ne me coupe l’appétit (exit donc les babas cool barbus, écolos cracra et autres illuminés du retour à la nature).

Et j’ai fini par trouver ! Le Moulin Jullien, une entreprise familiale (depuis 4 générations) qui produit du miel mais d’abord de l’huile d’olive – ce qui tombait bien car je souhaitais également trouver un producteur de vraie bonne huile d’olive bio.

Nous avons passé commande et reçu quelques jours plus tard leurs deux huiles d’olive (la « tradition » et la Verte) ainsi que du miel de lavande et de garrigue. Sans attendre, nous avons gouté l’huile à la petite cuillère et avons été conquis d’emblée. La « tradition » s’avéra fruitée à souhait, ronde, parfumée comme il se doit et la Verte, très verte, agaçante sous la langue, légèrement piquante et d’une vivacité printanière. Quant au miel … un délice ! Celui de lavande d’une finesse aromatique remarquable et celui de garrigue, puissant (comme j’aime), long en bouche (le miel, c’est comme le vin) et plein des parfums de ces paysages que j’adore (secs et caillouteux, truffés de lavande sauvage, de romarin et de thym).

Cet été, je me suis rendue au moulin puisque nous séjournions à deux pas de Saint-Saturnin –lès-Apt où la famille Jullien est établie et dispose d’un point de vente. On y trouve leurs huiles, miels mais également des bonbons (au miel bien sûr) et de très jolies bougies réalisées à partir de la cire de leurs abeille. J’ai fait une razzia de miel. Pour l’huile d’olive, leur production avait déjà été vendue en totalité. Et ça, c’est un bon point car, comme l’expliquait Chantal Jullien qui nous a reçus avec une grande gentillesse, leur production est limitée. Ce qui pour moi est un gage de qualité. On ne cherche pas ici à produire à tout prix et à « faire du chiffre » mais on produit honnêtement de bons produits en respectant et les oliviers et les abeilles. Le Moulin Jullien c’est la simplicité, la tradition et l’authenticité.

Chantal Jullien dans la petite boutique qui jouxte l’atelier de production d’huile.

Cela dit, la production d’huile de cette année sera disponible dès janvier et mon bon de commande est déjà prêt !

Si vous passez au Moulin Jullien, vous découvrirez les adorables dessins de Chantal Jullien. Elle possède un vrai talent d’illustratrice et a réalisé les panneaux explicatifs accompagnant la visite de l’atelier – j’adore son olive stylisée ! – ainsi que les étiquettes de son « miel du pays bleu » et des bouteilles d’huile d’olive – et ça, je l’apprécie tous les jours dans ma cuisine.

De retour à la maison, le miel Jullien enchante tous mes petits-déjeuners ou … comment se donner du courage le matin !

Les bougies de cire d’abeille enchantent quant à elles nos après-midi à la maison, à l’heure du thé …

Pour commander (vous me remercierez !), et en savoir plus, rendez-vous sur leur site en cliquant ICI.

 

Pierre Amadieu (Gigondas) – Gigondas

Ceux qui me lisent savent que le Gigondas est l’un de mes vins préférés. Un vin de soleil, tout à la fois puissant et subtil, au parfum tout en finesse de fruits rouges, de cerise noire et de violette.

Cet été, je n’ai pas résisté au plaisir de me balader dans les vignes de Gigondas, au pied des dentelles de Montmirail. J’ai chapardé des grapillons de raisin et les ai croqués avec un sourire, me disant que d’ici quelques années, je boirais peut-être le vin de ce pied de vigne là ! J’en ai également profité, étant sur place, pour tester d’autres producteurs mais … décidemment, Pierre Amadieu reste mon préféré.

Diane et moi l’avions découvert il y a quelques années, au salon des vignerons indépendants de Lille et, dès la première gorgée, nous avons été convaincues.

Petite info pour mes amis nordistes et belges : Pierre Amadieu sera, cette année encore, présent au salon des vignerons indépendants de Lille (du 17 au 20 novembre).

Pour commander (vous me remercierez une seconde fois !), et en savoir plus, rendez-vous sur leur site en cliquant ICI.

 

Le Mas des Vignes (restaurant) – Saint Estève

Mon frère Antoine m’a fait la surprise de nous y offrir un dîner (quand je vous disais que mon brother, comme je l’appelle, est un trésor) car il voulait que je fasse l’expérience de ce lieu qui lui avait tant plu. « Tu verras, c’est super, tu dînes face au coucher de soleil derrière les dentelles de Montmirail et la cuisine est top ! ».

Antoine, très organisé (surtout quand il s’agit de faire plaisir), nous y avait réservé la meilleure table, téléphonant même à plusieurs reprises au restaurateur afin de s’assurer que nous serions placés « à la proue » de la terrasse afin de profiter au mieux de la vue exceptionnelle. Il nous avait conseillé, connaissant mes horaires espagnols (je ne dîne jamais avant 22 heures) d’arriver tôt car le soleil ne m’attendrait pas … Il est, cela dit, des contraintes plus faciles à accepter que d’autres. À 19h tapantes, nous arrivâmes. La table nous attendait et Antoine n’avait pas menti, cet endroit était tout simplement fabuleux.

Le mas des vignes se trouve à Saint Estève, dans le début de la montée vers le Mont Ventoux au départ de Bédoin, perché au-dessus d’un virage en épingle à cheveux. De la terrasse, la vue sur la plaine du comtat Venaissin, jusqu’au dentelles de Montmirail est tout bonnement époustouflante.

Nous nous sommes installés à notre table (effectivement, la meilleure), avons soupiré d’aise, détaillé le menu (que choisir ? Tout semblait délicieux) puis chaussé nos lunettes de soleil pour contempler le coucher du soleil en dégustant un verre de très bon rosé (Domaine de Fondrèche) pour Monsieur Bruxelles et un cocktail champagne-pêche de vigne pour moi. Nous n’avions pas besoin de parler. Les transparences roses et dorées de nos verres s’accordaient aux couleurs du ciel, la chaleur était tombée et seules les hirondelles et les murmures feutrés des autres dîneurs troublaient le calme. Moment parfait.

Parfait également le dîner : Saint-Jacques en feuilleté aux poivrons confits, duo d’agneau (carré rôti en croûte et son pavé de gigot) accompagné d’un risotto d’épeautre et d’une crème légère à l’ail puis tarte aux pêches, le tout arrosé de Ventoux blanc puis rouge (toujours du Domaine de Fondrèche, absolument excellent) et café noir comme la nuit qui nous enveloppait maintenant, accompagné de calissons, guimauves et chocolats … Nous étions fin prêts, repus et détendus pour notre ascension nocturne du Ventoux et notre rendez-vous avec la voie lactée …

Sans nul doute, le Mas des Vignes fut de loin, le meilleur et le plus agréable de nos restaurants de cet été. Donc allez-y les yeux fermés (enfin, non les yeux grands ouverts …) et pour la troisième fois, vous me remercierez !

Pour en savoir plus, rendez-vous sur leur site en cliquant ICI.

 

André Boyer (nougats & calissons) – Sault

Nous avions prévus de nous rendre à Sault, afin de tester les calissons de chez Boyer, en empruntant la route des gorges de la Nesque. Bel et impressionnant itinéraire, oui, pour qui aime les routes en corniche et les précipices. Ce n’est pas ma tasse de thé. Je suis une fille de la plaine. Ce n’est donc qu’une fois arrivée, installée à une terrasse sous les platanes et sirotant un Orangina glacé (le thermomètre frôlait quand même les 40°c) que je me suis détendue.

Monsieur Bruxelles savourait quant à lui une bière bien fraiche, lentement, à petites gorgées, calé dans son fauteuil, les yeux légèrement vagues, n’écoutant que d’une oreille le programme d’achats que j’avais prévu et que je lui détaillais avec une énergie retrouvée.

En effet, à peine arrivés dans le village, nous étions tout de suite partis à la recherche d’un café mais j’avais néanmoins pu repérer, la maison des producteurs de lavande (et noté mentalement de m’y arrêter avant de repartir) ainsi qu’une alléchante charcuterie (afin de nous approvisionner pour le pique-nique du jour en terrine de caille et saucisson sec) et bien-sûr, la boutique d’André Boyer, l’objet de notre visite à Sault !

André Boyer est un producteur de calissons, nougats (blanc et noir), guimauve et biscuits provençaux. Un incontournable lorsque l’on sillonne la région. Et, c’est vrai, Antoine (mon guide préféré) n’avait à nouveau pas menti. Les calissons y sont d’une fraicheur extrême, leur couverture de glace royale est parfaite et surtout ils ont ce petit goût de fleur que donne l’écorce de melon confite. De petites merveilles. Le nougat blanc a également un léger et subtil goût de fleur (il est fait avec du miel de lavande). Il est tendre et croquant à la fois (excellentes amande torréfiées). Un bonheur.

Mes emplettes faites, je me suis laissée allée à la dégustation d’une glace maison ; car Boyer est également un excellent glacier. Le choix du parfum me prit bien dix minutes et c’est finalement deux boules de glace à la lavande (une merveille de subtilité) que je dégustais au soleil.

Oui, j’en suis convaincue, le bonheur et la découverte passe bien par les papilles !

Pour commander (vous me remercierez une fois de plus !), et en savoir d’avantage, rendez-vous sur leur site en cliquant ICI.

 


 

 

 

En Provence (balades, art et coins secrets …) – 1/2

Ce matin, alors que je laissais fondre sur ma langue une cuillerée de miel de garrigue (celui du Moulin Jullien à Saint Saturnin les Apt, mon préféré), je me suis dit que finalement, ce n’est pas parce que les vacances sont déjà loin qu’il ne faut pas partager adresses gourmandes et endroits secrets découverts cet été – et que j’aurais mauvaise grâce à ne pas vous livrer. Après tout, certains d’entre vous ont peut-être prévu de se balader en Provence cet automne ou de s’y rendre l’été prochain. Donc, il n’est jamais trop tard !…

Comme je le laissais entendre dans mon article précédent, ces deux semaines passées en Provence ne nous ont pas vu sillonner la région comme des stakhanovistes de la découverte touristique. D’abord parce que je souhaitais ne pas trop bouger, éviter d’avaler les kilomètres enfermée dans une voiture et aussi parce que ces villages, cette campagne, je les connais. Il s’agissait plus d’une redécouverte tranquille, sans guide de voyage, sans plans, sans but précis sinon celui de se balader dans les proches alentours sans que le trajet en voiture ne dépasse les 2 heures. Contemplation et flânerie plutôt qu’exploration forcenée.

Bon, allez, voilà la liste (absolument non exhaustive) de mes quelques lieux préférés :

Oppède le Vieux

Notre village, celui que nous pouvions observer à toute heure du jour depuis le moulin où nous logions.

Situé sur les flancs du petit Luberon, en équilibre sur un éperon rocheux, Oppède le Vieux est en fait un vestige de village dans lequel subsistent les ruines d’un château féodal, une superbe église du XIIème siècle, de belles ruelles et des maisons Renaissance.

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

On l’atteint uniquement à pied, après une petite marche à travers bois et terrasses plantées d’oliviers, pins et chênes.

En parenthèse

Bon, je vais être honnête, certains villages – les villages perchés du Luberon, dont certains parmi les « plus beaux villages » de France, les « perles » de la Provence (toutes ces appellations insupportablement touristiques) -, m’ont tout bonnement exaspérée ; leur aspect trop bien peigné les faisant ressembler à des décors grandeur nature pour crèche provençale. Aucune maison un tant soi peu délabrée mais de la pierre ancienne trop proprette pour être honnête. Je m’étais d’ailleurs interrogée sur le nombre d’employés municipaux nécessaires au nettoyage quotidien du décor … Le parfait exemple, la quintessence, en est le village de Lacoste dont plus de la moitié des habitations a été rachetée par Pierre Cardin et une pseudo école d’art américaine – qui, soit dit en passant, nous inflige les travaux de ses élèves dans toutes les maisons de la rue principale transformées en galeries. Ici, pas l’ombre d’une crotte de chien ou d’une mauvaise herbe, des habitants invisibles (ou inexistant), juste des touristes, appareil photo sur l’abdomen ou selfisant à tout va, trop heureux de déambuler dans ce décor si faussement authentique qu’il en devient inquiétant. On aura beau m’expliquer que grâce à Pierre et aux américains le village a été sauvé, je ricanerai doucement. Un village, ça se sauve pour et avec les habitants car c’est bien le seul moyen de le garder vivant …

Bon, je n’y ai fait aucune photo, j’ai juste pesté à haute voix. Ce qui eu pour effet de faire fuir M. Bruxelles à quelques pas devant moi. Cela dit, la résistance s’est fort heureusement organisée afin de sauver Lacoste avant qu’il ne devienne l’entière propriété des nantis qui sous couvert de culture privatisent un village pour leur seul plaisir (pour en savoir plus, lisez ICI l’article de Libération sur le sujet).

Crillon le Brave

Son centre historique a beau avoir été acheté dans sa quasi-totalité par un hôtel « Relais et châteaux » – hôtel qui a d’ailleurs pris le nom de Crillon le Brave (de l’art de transformer un village en hôtel de luxe …) -, j’ai malgré tout beaucoup aimé l’ambiance de cet endroit, son calme absolu, des ruelles rien qu’à nous, une église romane de toute beauté et une vue époustouflante sur la plaine du Comtat Venaissin, avec au loin les Dentelle de Montmirail.

 

Roussillon

Hyper touristique (allez y plutôt hors saison) mais tellement beau ! Depuis le village, la vue à elle seule sur les anciennes carrières d’ocre vaut que l’on s’y arrête.

 

Un peu plus au nord (Mont Ventoux, dentelles de Montmirail …)

Mon frère Antoine adore la région du Mont Ventoux ; région qu’il a sillonnée maintes fois au volant de bolides-éclairs prototypes d’essais pour une grande marque automobile. Dévaler les pentes du Ventoux à 180 km/heure ne l’a pas empêché de découvrir des coins secrets, des petites routes loin des circuits touristiques et de bonnes adresses. Il m’avait concocté un itinéraire cousu main afin de me rendre de Bédoin à Gigondas par une route confidentielle, de pique-niquer face au « géant de Provence », et de dîner en admirant le soleil se coucher derrière les dentelles de Montmirail. Mon frère est un trésor !

D’Oppède à Bédoin

Nous avons emprunté la route qui passe par Gordes, franchi le plateau de Vaucluse, frôlé Méthamis – village perché comme sorti d’une peinture de la Renaissance italienne – pour déboucher ensuite dans la plaine du Comtat Venaissin.

Gordes

 

Mont Ventoux

On le voit de très loin avec son sommet tout râpé de calcaire blanc.

L’idéal (j’ai suivi les conseils d’Antoine) est d’en faire l’ascension par le versant sud, au départ de Bédoin (petite ville sans grand intérêt touristique mais néanmoins charmante avec ses terrasses de cafés sous les platanes, ses joueurs de pétanque et, le 15 août, une charmante et très gaie fête votive avec orchestre local et lampions bariolés.

Au départ de Bédoin donc, la route serpente et grimpe de façon assez raide d’abord entre les vignes, puis les pins, les chênes verts, la garrigue (il est toujours intéressant d’observer l’étagement de la végétation en fonction de l’altitude et de l’exposition d’un massif) pour ensuite déboucher, après le Chalet Reynard, sur ce paysage lunaire que les afficionados du vélo et du Tour de France connaissent bien.

Plus jeune, le Mont Ventoux ne m’avait guère impressionnée. Là, je l’ai redécouvert avec des yeux neufs, d’autres attentes, un intérêt différent pour la végétation, les pierres et les nuages et j’ai été époustouflée. D’aucuns diront qu’il ne s’agit que d’un massif pour cyclistes, c’est bien plus que ça. Un peu comme si ce « géant » isolé dans la plaine, visible de toute part, avait sa vie propre et ne se laissait finalement pas si facilement apprivoiser.

Je pense qu’il ne faut pas se contenter d’en faire l’ascension en voiture et de redescendre illico presto après un petit tour à son sommet. Il faut s’en imprégner, le contempler et pour cela, je vous livre un coin secret …

Antoine m’avait dit « c’est simple, juste après avoir dépassé le Chalet Reynard, il faut continuer la montée puis, dans le premier virage à droite, s’engager tout de suite à gauche sur un grand parking. Ne pas s’arrêter sur ce parking mais emprunter la route en terre sur une centaine de mètres puis garer la voiture et rejoindre l’ombre d’un arbre. ».

J’ai eu raison de suivre ses conseils. De là, la vue sur le sommet est absolument magnifique et surtout l’endroit est complètement désert. Nous y avons passé une partie de l’après-midi trop heureux d’y pique-niquer, d’y faire la sieste à l’ombre d’un gros pin odorant, à l’abri du vent et dans un silence frais. Un beau préambule à la poursuite de notre montée vers le sommet.

Mais le Ventoux, Antoine me l’avais dit, c’est aussi la nuit qu’il faut le découvrir. Attendre que le ciel soit d’un noir d’encre, sans nuage, et démarrer l’ascension toujours depuis Bédoin.

La nuit, les touristes et les cyclistes sont redescendus et le géant, comme tapi dans la plaine, se repose de la folie du jour, de la chaleur, du vent sec, des touristes et des cyclistes sur ses flancs, petites fourmis dérisoires. La nuit, le Ventoux appartient au ciel, aux astres, aux bêtes soyeuses et silencieuses, au souffle des brebis, à l’air frais qui l’enveloppe, à la voie lactée et au passé de la terre, à un secret des origines qui le rend dur et mystérieux.

Arrivés tout en haut, le froid (même en plein mois d’août) est vif et le mistral siffle comme pour camoufler le silence du ciel. Nous avons garé la voiture au pied de la tour de l’observatoire qui prend dans la nuit une allure de fusée abandonnée et dont les bruits de cliquetis et de portes battant au vent rendent quelque peu inquiétante … Et là, emmitouflés (pulls et écharpes de rigueur) il faut vous diriger vers le parapet et découvrir une cartographie lumineuse de la plaine du Comtat Venaissin et de ses villes et villages tout scintillants – impression de les survoler en avion. Puis, renverser la tête et plonger (il n’y a pas d’autres mots) dans le ciel, ses myriades d’étoiles et la Voie Lactée que je n’avais jamais pu aussi bien observer.

Nous sommes quand même redescendus, lentement, avons croisé des moutons sagement assoupis dans le thym et la lavande goûtant le silence et les étoiles, un sanglier, un chevreuil et un jeune renard qui cheminait tranquillement le long de la route … Pas sûr que les cyclistes puissent voir tout cela. Donc, prenez votre temps et le volant de nuit !

De Malaucène à Beaumes-de-Venise en passant par Suzette

Très jolie petite route (peu fréquentée, même en plein mois d’août) qui serpente dans les vignes et passe au pied des Dentelles de Montmirail. Les paysages que l’on découvre sont un concentré de Provence : patchwork rayé des vignobles en terrasses, bois de pins, cyprès et plissés de la roche gris clair. Ce paysage à échelle humaine et l’harmonie qui s’en dégage donnent l’impression de se promener dans un jardin …

 

Château La Coste

Louise Bourgeois – Crouching Spider 6695, 2003

Le château La Coste (et non le château du village de Lacoste dont je parle plus haut) est un centre d’art situé au nord d’Aix-en-Provence ou plutôt le projet global d’un homme d’affaire irlandais qui uni art, vin et architecture. Le résultat : un domaine de 200 hectares où des œuvres d’artistes contemporains prennent place parmi les bois et les vignes ; les artistes étant invités à créer une œuvre in situ. Le centre d’art est quant à lui l’œuvre de l’architecte japonais Endo Tadao, le chai celle de Jean Nouvel, le pavillon de musique celle de Franck O. Gehry et le pavillon de photographies celle de Renzo Piano. Rien que des stars ! Du côté des artistes, une liste de grands noms (Louise Bourgeois, Andy Goldsworthy, Richard Serra, Aï Weiwei …) mais des œuvres qui ne sont pas, je trouve, toujours à la hauteur et même parfois un peu décevantes. Même chose pour l’exposition de Sugimoto présentée cet été. J’adore le travail de cet artiste mais la présentation dans le nouvel espace de Renzo Piano m’a laissée perplexe.

Sean Scully – Wall of Light Cubed, 2007

Tom Shannon – Drop, 2009

Michael Stipe – Foxes, 2008

Michael Stipe – Foxes, 2008

Même s’il ne s’agit pas d’œuvres majeures, déambuler à travers les vignes et emprunter le chemin forestier qui traverse tout le domaine, découvrir les œuvres comme autant de surprises est très agréable. Alors, si vous êtes de passage, je vous conseille vraiment de vous y arrêter. Prévoyez d’y passer au moins toute une après-midi car le domaine est vaste et il faut marcher et grimper (bonnes chaussures à prévoir!). Cela dit des visites en voiturettes de golf peuvent être organisées pour les plus flemmards ou ceux ayant des difficultés à se déplacer.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ces quelques endroits et peut-être d’ailleurs nous y croiserons-nous l’été prochain car quand j’aime, j’y retourne !

 

Pour en savoir plus le Château La Coste : faite une petite visite virtuelle ICI et découvrez leur site ICI.

 


 

Un moulin en Provence (voyage en pays connu)

Réveillée la première, j’ouvre un œil. La chambre est calme, rafraichie par la nuit, les deux fenêtres ouvertes sur une brise légère et le chant des oiseaux matinaux. Une lumière rose abricotée filtre entre les branches du chêne, promesse d’une journée de soleil, d’azur et de cigales à tue-tête. Les écureuils nous ont laissé dormir et n’ont pas sauté, rebondi, dansé à la fraiche sur le toit comme à leur habitude. Des écureuils noctambules qui, les premières nuits, nous ont réveillés en sursaut. Comment d’aussi jolies petites bêtes, légères comme des plumes, peuvent-elles être aussi bruyantes ? Cette nuit, j’ai dormi comme un loir. Tiens, à moins que ce ne soient des loirs ?

Je m’étire (mon premier réflexe le matin même si je suis très en retard), contemple mes ongles de pieds peints dans un rose indien qui me ravi (oui je sais, je reste une petite fille) et organise mentalement ma journée de vacance. Une journée de plus pour vivre comme on devrait pouvoir vivre tous les jours. Une journée de plus pour être vraiment soi, presque débarrassée des contraintes et contingences du quotidien. Livrés seulement à ce qui nous plait, à ce qui nous est nécessaire. Lire, manger, nager, contempler les aiguilles des pins toutes lustrées de soleil sur le bleu du ciel, s’enivrer du parfum des figuiers, et nager encore et encore. Sentir et ressentir. Nul besoin pour ma part de prendre des cours de lâcher prise. « L’ici et maintenant », je suis assez douée pour ça.

Et pour cela, il me fallait trouver l’endroit idoine, celui qui concentrerait tout ce que j’aime, tout ce que je voulais retrouver, tout ce qui allait me permettre de vivre pour un temps une parenthèse contemplative, un voyage immobile, des retrouvailles avec un pays connu et des sensations jamais oubliées. La Provence, le Lubéron en particulier, fût choisi puis la Bastide Le Mourre qui semblait répondre à toutes nos envies de simplicité, de beauté et de calme. Un havre au milieu des vignes et des oliveraies. Le moulin que nous y occupions s’avéra répondre à toutes nos attentes, au-delà même de ce que nous espérions. Là, au pied du village d’Oppède le Vieux, tous les ingrédients nécessaires à notre bonheur étaient réunis.

Je me levais donc. Monsieur Bruxelles dormait encore.

Mules, liquette bleue, cheveux relevées, vite descendre. J’adore être la première levée, ouvrir la porte qui mène à la terrasse, humer l’air, m’étonner d’un lieu tout neuf mais que j’ai, d’une certaine manière, déjà fait mien tant ma capacité à m’approprier ce que j’aime est grande. L’air est encore léger, presque frais et il faut le savourer comme un thé glacé car l’on sait que dans une heure ou deux, la chaleur sera stridente, les cigales tourneront à plein régime et notre volonté en sera quelque peu amollie. Pour l’heure, capsule Nespresso et Ceylan, jolie table dressée, Monsieur Bruxelles n’aura plus qu’à faire un saut à la boulangerie d’Oppède pour acheter croissants feuilletés-beurrés à souhait et baguette croustillante. Je ne manquerai pas de lui rappeler d’acheter des tartelettes amandine aux abricots car il ne faut jamais oublier d’anticiper les plaisirs, notamment celui du goûter.

Ensuite, savourer chaque gorgée de thé, se caler confortablement sur sa chaise, renverser légèrement la tête afin d’étudier l’impressionnante ramure du chêne plusieurs fois centenaire qui protège notre moulin.

Puis, mordre dans un croissant, reprendre une troisième tasse de thé – j’ai tout le temps – en observant la progression du soleil sur les flancs du petit Luberon. Un geai des chênes passe, petit éclair rosé strié de bleu et de noir. Vol rapide et silencieux. Les cigales entament leur concert. La chaleur monte doucement.

Monsieur Bruxelles attrape son bouquin. J’hésite pendant un moment à faire de même (je suis du signe de la balance) et décide finalement d’aller nager. Bruxelles me rejoindra tout à l’heure et c’est bien ainsi. J’aime être seule tout en sachant qu’il reste dans les parages … Je glisse quand même dans mon panier un livre à ouvrir au soleil entre deux séries de brasse coulée. Alternance parfaite.

Nager est l’une des choses que j’aime le plus au monde. Alors je me hâte vers la piscine, traverse l’oliveraie, emprunte le chemin des lavandes depuis lequel la vue sur les vignes et le massif du Lubéron est absolument magnifique.

Au bout du chemin, lauriers roses, figuier et le bleu miroitant du bassin.

J’aime, en entrant dans l’eau, en caresser la surface avec la paume des mains, bras tendus, en un mouvement circulaire puis attendre qu’elle soit redevenue complètement étale, miroir liquide et scintillant que je fend alors en une brasse coulée étirée et silencieuse ; faire corps avec l’eau, se sentir aussi légère qu’un petit poisson, reprendre son souffle, plonger à nouveau, revenir à la surface puis nager à l’indienne, en silence, glisser comme un animal aquatique, croiser une libellule aux ailes irisées, lever les yeux vers les pins dont le parfum de résine sature l’air alentour … Faire la planche aussi, afin de profiter à la fois du ciel et de l’eau qui nous porte, les oreilles immergées par intermittence ; glouglou de l’eau, cigales, glouglou, cigales … J’ai beau être un signe d’air, l’eau est décidemment mon élément.

D’ailleurs j’en sors toujours à regret et Monsieur Bruxelles en sait quelque chose lui qui, m’ayant rejoint, a eu le temps de faire des longueurs, de se sécher tranquillement au soleil puis lire plusieurs chapitres de son bouquin. Le voir stoïque (alors que l’heure du déjeuner est déjà passée depuis longtemps et qu’il doit être affamé), très sérieux sous ses taches de rousseur et dans son maillot de bain rouge me fait sourire. Il finit quand même par me lancer : « que voudra manger ma sirène ce midi ? ». Allez, hop, je sors de l’eau, frissonne quand même un peu malgré la chaleur car le mistral s’est levé, et pieds nus sur l’herbe toute chaude me fait cuire au soleil avant de m’en retourner au moulin. Mon cuisinier a pris de l’avance, je m’occuperai donc de cueillir les figues de notre repas.

Le domaine compte cinq énormes figuiers que Victorine, la propriétaire, offre à notre gourmandise : « servez-vous ! Les arbres débordent de figues ! ».

Et quelles figues ! Violettes, noires ou blanches, sucrées à point, pleinement rondes et gorgées de soleil ; les meilleurs figues qu’il m’ait été donné de manger ! Je choisi les plus mûres, les pose une à une sur une large feuille de figuier, assiette improvisée, et ne résiste pas au plaisir d’en gouter une, là, debout sous l’arbre dont la ramure et les fruits descendent jusqu’au sol. Je l’ouvre en deux – merveille des grains pourpres brillants de sucre. Un délice. Et, comme à chaque fois que je me délecte de ces fruits juste cueillis, je souris intérieurement en me remémorant les mots d’un ami de mes grands-parents, vigneron des Corbières. S’adressant à ma mère, alors adolescente, il s’était exclamé : « Regarde petite, cette figue, elle est à la goutte de miel ! » (à lire avec l’accent bien sûr).

Au moulin, un verre de rosé m’attend.

Prélude à nos déjeuners toujours simplement bons ; tomates muries au vrai soleil, olives fruitées et basilic poivré. Ou, comme aujourd’hui, quand l’après-midi est déjà bien avancée, à nos déjeuners-goûters composés de fromages de chèvre et de figues encore tièdes de soleil.

Une fois repu, Monsieur Bruxelles, adepte de la sieste s’enfonce dans son transat. Je préfère quant à moi, faire une escapade digestive et explorer les recoins du domaine, emprunter les escaliers de pierres sèches, repères des lézards, tourner autour des cyprès, comme autant de colonnes vers l’infini du ciel, caresser les buissons de ciste odorante, faire l’expérience de croquer dans une olive trop verte et horriblement amère puis me poser sur l’une des terrasses ombragées … Etirer le temps, ne pas le perdre, non, mais l’étirer et le savourer. Regarder, écouter, humer.

En fin d’après-midi, lorsque la lumière commence à s’adoucir, nous partons en ballade puis … revenons, très heureux de retrouver notre retraite, notre havre de beauté et de calme.

Je déplie alors l’une des nappes que j’avais emportées et en couvre notre table, allume les bougies de quelques photophores et prépare canapés de tapenade et rosé frappé. Les cigales se sont tues. Le vent a molli. La nature s’apprête pour la nuit.

Je termine mon verre de vin. Les effluves des côtelettes d’agneau en train de griller arrivent jusqu’à moi et me rappellent à l’heure. Je me lève, débouche une bouteille de Lubéron rouge et attrape un pull. La nuit sera fraiche mais nous dînerons dehors sous les étoiles, heureux de cette interruption de la chaleur pour mieux la savourer à nouveau demain.

Lorsque la nuit sera noire et la lune très haut dans le ciel, je sais que je m’endormirai, bercée par les stridulations flutées des grillons et le bruissement des branches, heureuse de cette journée écoulée, sereine. Les écureuils acrobates me réveilleront à coup sûr mais cela me fera sourire ; je pourrai alors, dans un demi-sommeil, goûter comme un petit supplément de bonheur : la clarté de la lune qui pénètre dans la chambre, le parfum de la nuit et le doux hululement d’une chouette dans un arbre tout proche … puis, me rendormir.

Vivement demain ! et une nouvelle journée de vacances … « à la goutte de miel » …

 


 

D’autres photos de cette belle journée …

 

 

Prête à partir …

Le voyage est finalement moins une destination et un nombre de kilomètres à parcourir qu’un état d’esprit. Certains naissent voyageurs, nomades, libres et curieux comme les chats (je suis de ceux-là) alors que d’autres, casaniers indécrottables, ne trouvent leur équilibre que dans le confort rassurant d’un quotidien à leur mesure.

L’un n’empêchant pas l’autre (vous commencez à connaitre ma devise), j’ai toutefois besoin d’un point d’ancrage apaisant ; ainsi, mon appartement est mon refuge que je n’ouvre d’ailleurs, à l’instar des japonais, que très rarement aux étrangers. Mes livres, un tapis moelleux, des coussins, quelques fleurs sur la table, du thé brûlant en toute saison, le calme me sont nécessaires. Ne pas encombrer, ne pas s’encombrer (je suis la spécialiste du « nettoyage par le vide ») mais s’entourer de quelques beaux objets, de galets-sculptures, de souvenirs de famille et de voyages. Un intérieur épuré, rangé, harmonieux et d’une propreté exemplaire m’est aussi indispensable que l’air que je respire. Certains font de la relaxation, moi je range et je fais le ménage … A la clef, sérénité, bien-être et idées claires.

Je suis en quelque sort une casanière-romano, une casanièromano

J’aime siroter un Darjeeling, un œil sur mes géraniums odorants et un livre à la main mais je n’aime également rien tant que l’aventure d’un voyage fût-il de quelques kilomètres.

Prendre la route ne serait-ce que pour aller se promener dans les dunes de Zélande ou traverser la Manche, c’est déjà voyager. Partir, permet de s’alléger, d’oublier pour un temps les contraintes et les tracas du quotidien. Notre esprit est alors disponible, tous nos sens sont en éveil, prêts pour l’émerveillement et la découverte (comme des enfants à l’orée de deux mois de grandes vacances dédiées aux jeux et à l’aventure). Et cette disponibilité que donne le voyage nous transforme. Durablement. Elle nous apprend à regarder et être ouvert à toutes choses. Même si je peux me perdre dans la contemplation d’un pied de mauve sauvage alors que j’attends que le feu passe au vert, m’arrêter devant un détail d’architecture jamais aperçu alors que j’ai pourtant déjà traversé mille fois la Grand Place de Lille ou être émerveillée par cette lumière si particulière propre au nord du Nord, être ailleurs me rend encore plus réceptive à ce qui nous entoure. Tout devient intéressant puisque tout est différent. Et, chose étonnante – peut-être l’avez-vous d’ailleurs expérimenté -, au retour nous portons le même regard neuf et attentif à notre environnement. Nous remarquons d’infimes changements et nous étonnons même des volumes de notre maison qui semble agrandie.

Mais c’est une drogue. Partez une fois, vous en redemanderez … Pourquoi rester immobile alors que le monde est si vaste et qu’il faudrait mille vies pour en faire le tour ?

J’ai à ce propos un souvenir précis. J’étais encore très jeune et nous avions voyagé, avec mes parents et mon frère, pendant près de deux mois dans les Balkans (c’était bien avant la guerre Croato-Bosniaque, Tito et Ceausescu étaient encore au pouvoir et les « Portes de Fer » bien fermées sur une réalité à la fois atroce et magnifique). Nous avions quitté la Roumanie et traversions Belgrade. Nous faisions route vers la maison et la rentrée des classes. Et, alors que je soupirais en me plaignant de devoir rentrer, ma mère m’avait dit « oh, moi je repartirais bien ! Et tout de suite ! On rentre juste pour faire quelques lessives, embrasser Mamie et Bon-Papa et, hop, on repart ! ».

Disons que j’ai de qui tenir …

Et je suis toujours prête à partir ; ou, en tous cas, avec des projets de voyages plein mes cartons (retrouver Venise cet hiver, découvrir le Japon au printemps …).

Pour l’heure, je suis prête à partir. J’ai sorti ma valise, mes listes (je fais des listes pour tout) et ai déjà préparé mes « essentiels », mes indispensables compagnons de voyage : du thé de Ceylan Dammann en petits sachets cristal (très pratiques en voyage ; il m’arrive souvent de ne commander que de l’eau chaude ayant toujours un ou deux sachet dans mon sac afin de pouvoir boire un thé digne de ce nom !), des cartes IGN au 1/25000 (les cartes sont les prémices du voyage …), des carnets pour noter et dessiner, mon Olympus et des livres …

Cet été j’emporte :

Perles de vies de René de Obaldia (Grasset), recueil de citations glanées par l’auteur tout au long de sa vie et qu’il nous livre comme « source de réflexions, méditations, voire matière à rire et à pleurer ». Je n’ai pu résister à l’envie d’en lire certaines …

Le chat : la sentinelle de l’invisible. (Obaldia)
Il faut beaucoup de temps pour devenir jeune. (Picasso)
Le monde est trop beau pour qu’on ne le remarque pas. (Sénèque)

Le train de Simenon (le Livre de Poche). J’emporte ce roman pour le lire (le relire en quelque sorte) après en avoir écouté l’adaptation radiophonique dite par Guillaume Gallienne. En mars dernier, un dimanche soir, alors que je revenais de la campagne, j’ai allumé la radio sur France-Culture. La lecture de ce roman venait de commencer. J’ai été intriguée, j’ai écouté, je me suis demandé qui pouvait mon dieu écrire aussi bien et je n’ai pas pu m’arrêter d’écouter, captivée. Arrivée devant chez moi, j’ai garé ma voiture et ne l’ai pas quittée, concentrée, écoutant les dernières pages, suspendue aux derniers mots d’un récit bouleversant et d’une incroyable justesse. Car c’est d’humain dont il est question ici, d’un homme ordinaire, un peu étriqué, que la débâcle de 1940 – ce temps hors du temps, ce temps extra-ordinaire – va libérer le temps d’un voyage en train de Fumay à La Rochelle. Quelques jours durant lesquels il sera libre – puisque hors de sa vie -, juste lui-même, comme il ne l’a jamais été – mais pour un temps seulement … Un héros humain, profondément humain, à la fois petit et lumineux, mesquin et généreux et surtout lucide, terriblement lucide. [Pour podcaster la remarquable adaptation radiophonique (Guillaume Gallienne est, je trouve, d’une justesse absolue), c’est ICI.]

Constellation d’Adrien Bosc parce que j’aime les avions …

Passé imparfait de Julian Fellowes (Sonatines) parce que j’aime l’Angleterre … et surtout que parce que Diane l’a savouré d’une traite et m’en a dit grand bien.

La Princesse des glaces de Camilla Lackberg (Actes Sud) parce que je n’aime pas les policiers mais que j’aime ceux-ci venus du froid.

Cosmos de Michel Onfray (Flammarion) pour en lire un chapitre par jour et me sentir un peu plus intelligente ensuite …

 

Et vous êtes-vous prêt à partir ?

 

 


 

Smeus

Smeus ou pommes de terre et crevettes grises à la mode belge …

Encore une recette belge me direz-vous ? Oui, mais j’aurais quelques scrupules à ne pas la partager tant ce plat est un délice.

C’est mon monsieur, archétype du Belge gourmand (mais néanmoins gourmet), friand de frites, de bière trappiste, de filet américain* et de crevettes grises qui me le fit découvrir il y a maintenant quelques années.

Un soir, arrivant à Bruxelles directement du travail, c’est-à-dire exténuée et affamée, je le trouvais installé à la table de la cuisine devant une montagne de crevettes qu’il décortiquait une à une, patiemment, et avec une dextérité qui ne pouvait être que le fruit d’une longue expérience et d’un apprentissage précoce – chez sa grand-mère à Knokke-le-Zoute m’expliqua-t-il où on les dégustait au petit déjeuner avec des tartines de beurre salé. Le chat surveillait l’opération assis sur une chaise, le museau sur la table, stoïque. Je fis comme lui, piochant quand même deux crevettes, une pour le félin, une pour moi, afin que nous en testions la fraicheur. Mon monsieur m’expliqua alors qu’il préparait un smeus, recette qu’il avait découverte dans Dagelijkse Kost, notre émission culinaire favorite sur la chaine de télévision flamande Eèn. Nous adorons en effet, quand nous en trouvons le temps, nous caler dans le canapé, un drink à portée de main, pour suivre ce programme du chef Jeroen Meus. Et cela pour trois raison, d’abord les recettes (toujours simples et généreuses) puis le cours de langue (maintenir son niveau de néerlandais, très faible en ce qui me concerne, est en effet toujours plus facile avec un support alléchant …) et enfin la personnalité même du chef, à la fois flegmatique et très expressif et dont le savoureux et voilààààà !, par lequel il clôt chaque émission, me ravit toujours.

Monsieur Bruxelles, les crevettes épluchées, m’expulsa gentiment de la cuisine afin de préparer à son aise purée et œufs pochés. Je gagnais donc le salon, accompagnée du chat et le temps d’une micro-sieste pour lui et d’une tasse de thé pour moi, le smeus fût prêt.

Et, j’ai tout bonnement adoré.

Purée à la crème et à la ciboulette, œuf poché et crevettes grises. Simple, bon, raffiné. Alliance parfaite et étonnante des pommes de terre, des crevettes et de la crème.

 

Ce plat des pêcheurs d’Ostende est devenu l’un de mes « classiques » que j’aime à faire et à refaire été comme hiver, à la ville ou à la campagne.

Les photos de cet article ont d’ailleurs été prises à la campagne en juin dernier.

Allez, hop, la recette !

Smeus
Pour 4 personnes
– 600 g de pommes de terre à purée (ou à chair tendre)
– 90 g de beurre
– 2 dl de lait entier
– 2 cuillères à soupe de crème épaisse
– ½ bouquet de ciboulette
– 4 œufs à température ambiante
– 250 g de crevettes grises décortiquées
– Sel / poivre

Décortiquez les crevettes si vous les achetez entières (pour ma part, je les achète déjà toute nues 😉

Epluchez et coupez en gros morceaux les pommes de terre. Les faire cuire dans de l’eau bouillante salée pendant 25 mn.

Pendant ce temps, faites chauffer doucement le lait, lavez et émincez en petits tronçons la ciboulette, sortez la crème du frigo afin qu’elle ne soit pas trop froide.

Faites également chauffer l’eau de cuisson (eau + vinaigre, sans sel !) des œufs pochés. Ceci afin qu’ensuite tout soit prêt en même temps.

Ce plat est extrêmement simple à réaliser mais demande juste à être parfaitement organisé ; ceci afin que la cuisson des pommes de terre et celle des œufs soient parfaitement coordonnées et donc que tout soit servi bien chaud !

Lorsque les pommes de terre sont cuites, les égoutter puis les écraser au presse-purée, ajouter le beurre, bien mélanger puis ajoutez le lait chaud, la crème et la ciboulette en mélangeant bien. Maintenir au chaud.

Cuire les œufs pochés (4 mn). Pour ma part, j’utilise une pocheuse à œufs qui permet de cuire 4 œufs en même temps sans difficulté.

Dès que les œufs sont cuits, dressez vos assiettes : répartir un peu de purée au centre de chaque assiette et y déposer un œuf poché, garnir le pourtour d’une couronne de crevettes grises, donner un petit tour de moulin à poivre sur l’œuf (parce que c’est joli) et décorer l’ensemble avec quelques brins de ciboulette.

Voilàààà, c’est prêt ! Smakelijk !

***

*Filet américain : version belge du steak tartare.


 

 

 

 

 

 

Pour la recette en VO, c’est ICI.
Oeufs pochés : pour la méthode, c’est ICI.

Pour découvrir l’émission Dagelijkse Kost et les dernières recettes filmées de Jeroen, c’est ICI (cliquer sur les recettes).

 


 

Bonne fête Diane !

Sur cette photo, prise à Saint-Jean Cap Ferrat, j’ai 2 ans et ma mère adorée un peu plus de 20 ans.

Soleil et bonheur …

Il est des photos, des moments, qui sont des concentrés (sans que l’on ne le sache à l’instant où on les vit) de la vie qui sera la nôtre, de la relation qui nous unira à tout jamais.

Inséparables.

Soleil et bonheur, toujours.

Ma mère est mon soleil, mon bonheur, la vie même.

Bonne fête Diane, bonne fête maman !!!

 


 

Tartines belges, tartines de printemps

J’adore les radis et le printemps venu je ne résiste pas à leur belle couleur rose indien et leur croquant frais-piquant.

J’aime les manger avec juste un peu de sel de Guérande, un très bon pain de campagne et du beurre salé, émincés en jolies rondelles dans une salade composée ou … sur des tartines !

Je ne connaissais pas cette recette avant que Monsieur Bruxelles n’évoque ses souvenirs gourmands de petit ket* et ces fameuses tartines belges.

Depuis, à la belle saison, je prépare souvent en guise d’en-cas ou parfois pour l’apéritif, ces tartines belges (ou tartines de Bruxelles) qui, en dépit de leur extrême simplicité, sont assez raffinées et absolument délicieuses.

Les photos parlent d’elles même et il est presque inutile de vous en donner la « recette » : pain de campagne, fromage blanc et oignons nouveaux hachés, radis en rondelles et ciboulette.

Pour ma part, j’utilise un très bon pain bio de chez Alex Croquet à Lillel’un des meilleurs boulangers au monde ou de chez C’est si bon lorsque je suis à Bruxelles. Sur les photos, il s’agit d’un pain complet au levain de chez Croquet dont les petites tranches sont parfaites pour un apéritif. Plutôt que du fromage blanc (dans ce cas, je préfère préparer une grosse jatte de Cervelle de Canut*), j’étale sur le pain une généreuse couche de Carré frais Gervais au petit goût acidulé. Sur cette version, je n’ai pas ajouté d’oignons nouveaux, juste un tour de moulin à poivre puis enfin les radis dont je tranche uniquement la partie rose afin que cela soit plus joli ! De la ciboulette du jardin fraichement cueillie et émincée et hop, c’est prêt !

Simple, frais, et préparé en 10 minutes chrono.

Si en plus, comme ce fût le cas le week-end dernier, vous accompagnez ces tartines d’un bon verre de Riesling et vous installez au jardin, c’est le bonheur absolu. Une belle et bonne façon de croquer dans le printemps.

 


*Ket : Garçon, gamin de Bruxelles en parlé bruxellois.

**Cervelle de Canut (spécialité lyonnaise) : fromage blanc en faisselle mélangé à, un trait d’huile d’olive, échalotes et ail hachés, persil et ciboulette ciselés. A déguster sur du pain ou avec des pommes de terre nouvelles à la vapeur. Un délice !


 

 

 

 

Parfums voyages

Lundi matin, retour au travail.

Dehors le printemps explose, les mésanges bleues s’affairent, les corolles des jonquilles se balancent dans la douceur de l’air et les bourdons bourdonnent de bon cœur tout à leur ouvrage de bourdon. Il fait beau, délicieusement beau et, mon dieu, il nous faut travailler ! Qui donc, hormis les artistes, les inventeurs géniaux, les chercheurs émérites, les médecins par conviction ou les pâtissiers de renom, peut avoir envie de travailler par une journée pareille ? Pas moi en tous cas.

En ce lundi matin, j’ai donc traîné, ralenti le rythme (comme je sais si bien le faire). J’ai pris le temps, me suis octroyé ce luxe suprême. Les dossiers en cours et les réunions du jour pouvaient bien attendre – être en retard est de toute façon ma spécialité. J’ai donc siroté trois tasses de thé, accompagnées de tartines au miel de lavande, debout dans ma cuisine, absorbée par le spectacle du cerisier tout en feuilles tendres qui se trouve sous ma fenêtre. Le passage des avions dessinait de belles lignes blanches sur le pastel du ciel et Choupette, la chatte des voisins, prenait un bain de soleil.

Vers 9 heures, je suis redevenue raisonnable. J’ai souhaité une bonne journée à Choupette – qui visiblement ne comprenait pas pourquoi je m’obstinais à vouloir me rendre au travail – et j’ai sauté dans ma Lancia. Quinze kilomètres à bon train soit quinze minutes de musique avant l’arrivée au travail. Et comme on ne se refait pas, j’ai parcouru les derniers kilomètres pianissimo afin de ne pas rater les dernières mesures d’Iberia (triana) d’Albéniz sur radio Classique dans une version pour guitare et orchestre pas mal du tout.

J’ai quand même fini par arriver, ai garé ma voiture puis, constatant que j’étais très en retard, couru vers l’ascenseur. Je l’ai attendu cinq bonnes minutes, résignée, l’esprit ailleurs et, quand les portes se sont enfin ouvertes, je m’y suis engouffrée puis aussitôt figée, surprise par le parfum qui y flottait. Toute la cabine embaumait la figue. Le merveilleux parfum du figuier dont les feuilles, là-bas dans le sud du sud, infusent dans une chaleur de désert et exhalent à la ronde leurs effluves lactées. J’adore l’odeur du figuier. Un arbre, je l’ai déjà évoqué, que l’on hume avec délice avant de l’apercevoir. Moyen d’ailleurs infaillible pour les découvrir au détour d’une ruelle, à demi-cachés par un muret de pierres sèches ou majestueusement isolés dans une campagne d’herbe jaune et de schiste chauffé à blanc.

Avez-vous remarqué l’extraordinaire pouvoir des parfums ?

En un millième de seconde ils nous transportent dans l’espace et dans le temps. Paysages et souvenirs d’enfance. Figuier, pain grillé, pois de senteur (si bien nommés), brioche, draps séchés au grand air, muguet, pluie d’été au jardin … Il faudrait que je fasse une liste de toutes les odeurs que j’aime et qui me transportent.

La senteur poivrée des œillets mignardise m’évoque immanquablement le jardin de mes grands-parents où ils s’épanouissaient en larges bandes de plumets roses et gris, celle sombre, sourde et sucrée du gardénia, un soir d’été saturé de chaleur et d’étoiles au bord de la mer Egée ou le fumet d’un potage de légumes et de viande cuisinée, les dîners en Alsace à l’hôtel Muller. Je pourrais écrire des pages entières de souvenirs olfactifs.

Une liste aussi des parfums. Les parfums portés par ma mère (Y d’Yves Saint Laurent), ma grand-mère (l’Air du Temps de Nina Ricci), mon père (Un jardin après la Mousson d’Hermès), Antoine (Vétiver  de Guerlain), Laurence (l’Heure Bleue de Guerlain), Aki (l’Eau Sauvage de Christian Dior) … Les parfums que j’aime de ceux que j’aime …

Autant de moments, d’instants de bonheur, d’images, de lumières … Le parfum, pour moi est lié au bonheur ; peut-être parce que je ne me parfume pas lorsque tout va mal ou alors seulement pour me donner du courage, quelques gouttes de N° 5 derrière l’oreille comme un grigri rassurant, une enveloppe invisible qui me protège et m’accompagne.

Je porte le N°5 depuis mes 18 ans. C’est mon parfum principal. Je dis principal car je rythme l’année avec trois autres senteurs : en janvier et février, White Linen d’Estée Lauder (frais, blanc, hivernal), en mai et juin, Pleasures, toujours d’Estée Lauder (net, frais, fleuri, du printemps en bouteille) puis l’Eau de pamplemousse rose d’Hermès ou l’Eau de fleurs de cédrat de Guerlain pour le plein été (fraicheur piquante, agrume frissonnant). Entre deux, ma référence, mon 5.

Je ne comprends pas que l’on ne se parfume pas. Les hommes notamment devraient savoir que quelques gouttes d’un parfum élégant derrière l’oreille leur procure immédiatement un charme indéniable. Un monsieur très laid deviendra charmant, un monsieur charmant deviendra irrésistible. Et cela vaut aussi pour les femmes ! Et puis, on se souvient d’autant mieux d’un ami ou d’un amant (dont c’est le parfum qui laisse parfois le meilleur souvenir) lorsqu’ils sont associés à une fragrance qui nous plaît.

Je ne saurai jamais à qui appartenait le parfum de figue dans l’ascenseur. L’un de mes collègues portait-il Philosykos ?* Le mystère reste entier. Et finalement, peu importe car, en ce lundi matin, j’ai ouvert mon ordinateur avec un sourire. Les petits bonheurs font les bonnes journées et mettent du baume au cœur. Peut-être faut-il juste savoir voler du temps, sans mauvaise conscience, se laisser transporter, au hasard d’une musique en Andalousie ou, au hasard d’un parfum dans les Cyclades. Cela dit, je n’ai pas révélé le motif de ma bonne humeur lors de la réunion à laquelle je participais ensuite. Qui m’aurait crue ?

 

°°°

*Philosykos est un parfum de chez Dytique qui évoque à la perfection le figuier et ses fruits. Une merveille absolue.


Ces belles figues sont l’œuvre de mon talentueux Monsieur Bruxelles.

 

 

 

 

 

 


 

Leçon de simplicité : Les « Pommes en l’air »

Dans mon article précédent je vous proposais une leçon de bonheur : la recette de la tarte Bourdaloue aux pommes et noix de pécan. Le commentaire laissé par Catherine m’a donné l’idée d’une seconde « leçon » ; de grande simplicité cette fois mais toujours avec des pommes. Les pommes en l’air. Une recette simple comme bonjour, faite en 3 secondes, idéale quand une envie de sucré et de réconfort se fait sentir.

Le mois de février, en dépit de sa brièveté, m’a toujours semblé interminable. C’est un drôle de mois coincé entre la magie de janvier et le renouveau annoncé par mars. Seuls la neige et le froid rude peuvent le sauver en nous donnant la sensation d’être comme des survivants au cœur du pôle Nord, reclus dans la chaleur de notre tanière. Sortir, oui, juste pour aller travailler, revenir vite, passer à la boulangerie puis rentrer se réchauffer avec un chocolat chaud, une tranche de brioche ou ces pommes en l’air vites faites bien faites.

Aujourd’hui le temps est juste morose. Pas de neige, pas d’étoiles glacées dans le ciel lorsque je rentre du travail. Juste du gris légèrement déprimant et un vent humide qui nous fait frissonner. Il faut donc se remonter le moral. Les pommes en l’air sont aussi faites pour ça.

Allez, je vous donne la recette qui n’en est pas une d’ailleurs car cette préparation est la simplicité même.

Pour la petite histoire, c’est ma mère qui a mis au point ce délice. Et du plus loin que je me souvienne, ces pommes en l’air ont accompagné toute mon enfance et continuent d’ailleurs de me régaler. Retour d’école ou retour du travail, le besoin de réconfort reste le même n’est-ce pas ?

Pommes en l’air de Diane

Peler quelques belles pommes à cuire (Reine des Reinettes, Boskoop …), les évider, les couper en quatre puis en gros quartiers.

Faite fondre un peu de beurre dans une poêle. Y ajouter les quartiers de pommes, les faire dorer en prenant soin de les retourner sans les abimer et les saupoudrer de sucre.

Lorsque les quartiers de pomme sont fondants, bien dorés et légèrement caramélisés, couper le feu et les flamber au Calvados (à ce stade, si vous êtes encore de grands enfants, vous pouvez éteindre la lumière et pousser – mentalement ou pas – des cris de joie en contemplant les petites flammes bleues et jaunes du calvados en train de flamber).

Dresser vos quartiers de pommes sur de jolies assiettes et les servir accompagnés d’une grosse cuillerée de crème fraiche épaisse bien froide.

Le contraste des pommes fondantes, brûlantes et de la crème froide est un délice absolu.

 

Merci Diana !