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Parfums voyages

Lundi matin, retour au travail.

Dehors le printemps explose, les mésanges bleues s’affairent, les corolles des jonquilles se balancent dans la douceur de l’air et les bourdons bourdonnent de bon cœur tout à leur ouvrage de bourdon. Il fait beau, délicieusement beau et, mon dieu, il nous faut travailler ! Qui donc, hormis les artistes, les inventeurs géniaux, les chercheurs émérites, les médecins par conviction ou les pâtissiers de renom, peut avoir envie de travailler par une journée pareille ? Pas moi en tous cas.

En ce lundi matin, j’ai donc traîné, ralenti le rythme (comme je sais si bien le faire). J’ai pris le temps, me suis octroyé ce luxe suprême. Les dossiers en cours et les réunions du jour pouvaient bien attendre – être en retard est de toute façon ma spécialité. J’ai donc siroté trois tasses de thé, accompagnées de tartines au miel de lavande, debout dans ma cuisine, absorbée par le spectacle du cerisier tout en feuilles tendres qui se trouve sous ma fenêtre. Le passage des avions dessinait de belles lignes blanches sur le pastel du ciel et Choupette, la chatte des voisins, prenait un bain de soleil.

Vers 9 heures, je suis redevenue raisonnable. J’ai souhaité une bonne journée à Choupette – qui visiblement ne comprenait pas pourquoi je m’obstinais à vouloir me rendre au travail – et j’ai sauté dans ma Lancia. Quinze kilomètres à bon train soit quinze minutes de musique avant l’arrivée au travail. Et comme on ne se refait pas, j’ai parcouru les derniers kilomètres pianissimo afin de ne pas rater les dernières mesures d’Iberia (triana) d’Albéniz sur radio Classique dans une version pour guitare et orchestre pas mal du tout.

J’ai quand même fini par arriver, ai garé ma voiture puis, constatant que j’étais très en retard, couru vers l’ascenseur. Je l’ai attendu cinq bonnes minutes, résignée, l’esprit ailleurs et, quand les portes se sont enfin ouvertes, je m’y suis engouffrée puis aussitôt figée, surprise par le parfum qui y flottait. Toute la cabine embaumait la figue. Le merveilleux parfum du figuier dont les feuilles, là-bas dans le sud du sud, infusent dans une chaleur de désert et exhalent à la ronde leurs effluves lactées. J’adore l’odeur du figuier. Un arbre, je l’ai déjà évoqué, que l’on hume avec délice avant de l’apercevoir. Moyen d’ailleurs infaillible pour les découvrir au détour d’une ruelle, à demi-cachés par un muret de pierres sèches ou majestueusement isolés dans une campagne d’herbe jaune et de schiste chauffé à blanc.

Avez-vous remarqué l’extraordinaire pouvoir des parfums ?

En un millième de seconde ils nous transportent dans l’espace et dans le temps. Paysages et souvenirs d’enfance. Figuier, pain grillé, pois de senteur (si bien nommés), brioche, draps séchés au grand air, muguet, pluie d’été au jardin … Il faudrait que je fasse une liste de toutes les odeurs que j’aime et qui me transportent.

La senteur poivrée des œillets mignardise m’évoque immanquablement le jardin de mes grands-parents où ils s’épanouissaient en larges bandes de plumets roses et gris, celle sombre, sourde et sucrée du gardénia, un soir d’été saturé de chaleur et d’étoiles au bord de la mer Egée ou le fumet d’un potage de légumes et de viande cuisinée, les dîners en Alsace à l’hôtel Muller. Je pourrais écrire des pages entières de souvenirs olfactifs.

Une liste aussi des parfums. Les parfums portés par ma mère (Y d’Yves Saint Laurent), ma grand-mère (l’Air du Temps de Nina Ricci), mon père (Un jardin après la Mousson d’Hermès), Antoine (Vétiver  de Guerlain), Laurence (l’Heure Bleue de Guerlain), Aki (l’Eau Sauvage de Christian Dior) … Les parfums que j’aime de ceux que j’aime …

Autant de moments, d’instants de bonheur, d’images, de lumières … Le parfum, pour moi est lié au bonheur ; peut-être parce que je ne me parfume pas lorsque tout va mal ou alors seulement pour me donner du courage, quelques gouttes de N° 5 derrière l’oreille comme un grigri rassurant, une enveloppe invisible qui me protège et m’accompagne.

Je porte le N°5 depuis mes 18 ans. C’est mon parfum principal. Je dis principal car je rythme l’année avec trois autres senteurs : en janvier et février, White Linen d’Estée Lauder (frais, blanc, hivernal), en mai et juin, Pleasures, toujours d’Estée Lauder (net, frais, fleuri, du printemps en bouteille) puis l’Eau de pamplemousse rose d’Hermès ou l’Eau de fleurs de cédrat de Guerlain pour le plein été (fraicheur piquante, agrume frissonnant). Entre deux, ma référence, mon 5.

Je ne comprends pas que l’on ne se parfume pas. Les hommes notamment devraient savoir que quelques gouttes d’un parfum élégant derrière l’oreille leur procure immédiatement un charme indéniable. Un monsieur très laid deviendra charmant, un monsieur charmant deviendra irrésistible. Et cela vaut aussi pour les femmes ! Et puis, on se souvient d’autant mieux d’un ami ou d’un amant (dont c’est le parfum qui laisse parfois le meilleur souvenir) lorsqu’ils sont associés à une fragrance qui nous plaît.

Je ne saurai jamais à qui appartenait le parfum de figue dans l’ascenseur. L’un de mes collègues portait-il Philosykos ?* Le mystère reste entier. Et finalement, peu importe car, en ce lundi matin, j’ai ouvert mon ordinateur avec un sourire. Les petits bonheurs font les bonnes journées et mettent du baume au cœur. Peut-être faut-il juste savoir voler du temps, sans mauvaise conscience, se laisser transporter, au hasard d’une musique en Andalousie ou, au hasard d’un parfum dans les Cyclades. Cela dit, je n’ai pas révélé le motif de ma bonne humeur lors de la réunion à laquelle je participais ensuite. Qui m’aurait crue ?

 

°°°

*Philosykos est un parfum de chez Dytique qui évoque à la perfection le figuier et ses fruits. Une merveille absolue.


Ces belles figues sont l’œuvre de mon talentueux Monsieur Bruxelles.

 

 

 

 

 

 


 

3 commentaires

  1. vivamusica dit

    Votre frère ne porte plus Vétiver depuis longtemps.
    Vos photos sont toujours aussi magnifiques et j’apprécie vos chroniques.
    Continuez à nous régaler.

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  2. Hello Virginie! I finally had time to come and visit your lovely blog…apologies for being « en retard! » I think I would have guessed that your favorite scent would have been No 5 as you exude so much style and grace through both your writings here and your Instagram account. I always wear a little perfume every day – even if it is just a day at home or in the garden. I actually don’t think I feel complete without it! I also think that perfume smells entirely different on one person to another. Often I have tried something that I have thought smelled delightful on someone, only to find that it did not smell the same on me. I’m not sure if that is scientific but I believe it to be true! My favorite is Issey Miyake L’Eau d’Issey or L’Eau d’Issey Florale.
    Just wanted to say also that Monsieur Bruxelles is a very talented artist!
    – Kate xx

    Aimé par 1 personne

  3. Thank you (très en retard !) dear Kate ! Et surtout, ne t’excuses pas ! Je suis tellement heureuse que tu sois une fidèle lectrice de mon blog !
    Je pense tout à fait comme toi et chaque parfum devient unique et LE parfum de la personne qui le porte. Une mystérieuse histoire de chimie et … de magie.
    J’aime beaucoup L’Eau d’Issey ! Un parfum très original et très subtil. A l’image de ton jardin en somme …
    Plein de bisous (parfumés, of course).
    Virginie xx
    p.s : Mister Brussels te remercie pour le si gentil compliment !

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