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La poudre d’escampette

Hier, journée de grand beau temps – ciel crissant de froid bleu et soleil joyeux d’un printemps qui s’annonce -, je déjeunais avec mon amie Laurence. Double plaisir donc.

Tout en picorant nos tartelettes de potimarron et nos épinards à la crème nous avons parlé, comme à notre habitude, de nos vies, de nos envies, des livres que nous lisons, des peintres que nous aimons et aussi de la nécessité de savoir s’abstraire, de temps à autre, du monde réel lorsque le quotidien nous submerge, nous emprisonne, nous désespère. Tout simplement pour reprendre son souffle comme le ferait un nageur de brasse coulée.

S’échapper mentalement me sauve toujours de ces moments odieux où l’on est tout bonnement coincé ; ces moments que l’on doit subir le plus stoïquement possible. Je pense par exemple à ces réunions de travail souvent inutiles et d’un ennui tel que l’on hésite alors entre pousser un hurlement (libérateur certes mais professionnellement risqué) ou la fuite (plus raisonnable – surtout lorsqu’elle n’est que mentale…)

Je vous ai déjà parlé de mon besoin de m’échapper car toute forme de contrainte, tout enfermement, toute limitation à ma possibilité de faire, de dire, de penser comme je veux m’est difficilement supportable. Alors, pour m’échapper justement, j’ai une petite « parade zen » : je me transporte par la pensée dans les endroits que j’ai aimés. Je les imagine. Pas besoin de fermer les yeux. Vous pouvez même feindre un extrême intérêt pour le conférencier dont la logorrhée a déjà fait s’assoupir vos collègues ou avoir les yeux dans le vague. Personne ne se rendra compte que vous êtes ailleurs. Vous pouvez entamer un voyage de survie grâce à une petite collection d’images mentales qu’il suffit de vous constituer au gré de vos découvertes, de vos émerveillements …

Un exemple ?

Pas plus tard que la semaine dernière j’ai quitté une salle de conférence pour plonger dans les eaux de la mer Egée.

J’ai rejoint la petite crique de Sotiras au sud de l’ile de Serifos dans les Cyclades. J’ai emprunté l’étroit chemin de terre qui serpente d’abord entre lauriers roses, figuiers et roseaux, puis sur une colline ocre piquetée de grosses touffes d’helichrysums pour déboucher enfin sur ma plage de sable grège et de gros rochers blancs. Personne. Juste le bruit du vent et le soleil qui brûle la peau. La mer est outremer. Les vagues légères. Je sais que si je plonge à cet endroit précis où l’eau sur la roche claire prend une teinte turquoise, je tomberai nez à nez avec des bancs de petits poissons vif argent. Je sais surtout que c’est là, à juste un mètre du rivage, que le mouvement des vagues soulève et fait danser des grains d’or. Des grains de sable comme des pépites. Derrière mon masque de plongée, j’observe longuement cette féerie sous-marine, le mouvement de l’eau rendu visible par le mouvement du sable devenu poudre précieuse … A l’heure où j’y repense, la même magie doit être en train de se produire, là-bas à Serifos. Les grains de sable continuent de danser. Plus personne pour les voir – peut-être juste la lune ou quelque poisson esthète ? Et moi … dans ma salle de conférence…

Et vous, quel est votre petite « parade-zen » ?

 


 

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4 commentaires

  1. Rosette dit

    Quelle belle description évocateur! Certainement, il y a des moments ou il faut lâcher la bride à son mental. Dans des cas pareilles, moi je notais mes listes d’emplettes, j’organisais le weekend …. Mais pourquoi pas se visualiser un bel endroit de vacances. Quelle bonne idée, Virginie. Ton écriture est très littéraire et j’ai déjà appris pas mal d’expressions. C’est un plaisir de lire tes publications, un moment d’évasion 😉

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  2. Heel hartelijk bedankt Rosette ! Faire des listes de courses et penser au week-end, voilà une intelligente façon de ne pas perdre son temps et de rester zen ! Merci pour la recette 😉

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  3. Virginie this is such a beautiful post. I always say that reading your work is like reading poetry but it really is. You have such lovely style! I think it is a wonderful idea to mentally escape to a special place when life gets you down. I’m so glad you can do this in those frustrating meetings you have had to attend recently and what a lovely thought that no-one has any idea that you have gone off to your secret place! I actually find that very amusing 🙂 I hope work improves and meetings become less frustrating and more productive. Perhaps you have a little trip planned this spring to really get away?
    As always, such a pleasure to read another of your beautiful articles.
    – Kate xx

    Aimé par 1 personne

  4. Dear Kate, you are TOO kind (I am blushing !).
    No meetings this week … I am on vacations in the countryside ! We have blue sky, birds singing and primroses in bloom ! So no need to escape !…
    Encore mille mercis pour votre gentillesse !
    Virginie xx

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