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En Provence (balades, art et coins secrets …) – 1/2

Ce matin, alors que je laissais fondre sur ma langue une cuillerée de miel de garrigue (celui du Moulin Jullien à Saint Saturnin les Apt, mon préféré), je me suis dit que finalement, ce n’est pas parce que les vacances sont déjà loin qu’il ne faut pas partager adresses gourmandes et endroits secrets découverts cet été – et que j’aurais mauvaise grâce à ne pas vous livrer. Après tout, certains d’entre vous ont peut-être prévu de se balader en Provence cet automne ou de s’y rendre l’été prochain. Donc, il n’est jamais trop tard !…

Comme je le laissais entendre dans mon article précédent, ces deux semaines passées en Provence ne nous ont pas vu sillonner la région comme des stakhanovistes de la découverte touristique. D’abord parce que je souhaitais ne pas trop bouger, éviter d’avaler les kilomètres enfermée dans une voiture et aussi parce que ces villages, cette campagne, je les connais. Il s’agissait plus d’une redécouverte tranquille, sans guide de voyage, sans plans, sans but précis sinon celui de se balader dans les proches alentours sans que le trajet en voiture ne dépasse les 2 heures. Contemplation et flânerie plutôt qu’exploration forcenée.

Bon, allez, voilà la liste (absolument non exhaustive) de mes quelques lieux préférés :

Oppède le Vieux

Notre village, celui que nous pouvions observer à toute heure du jour depuis le moulin où nous logions.

Situé sur les flancs du petit Luberon, en équilibre sur un éperon rocheux, Oppède le Vieux est en fait un vestige de village dans lequel subsistent les ruines d’un château féodal, une superbe église du XIIème siècle, de belles ruelles et des maisons Renaissance.

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

L’intérieur de la collégiale Notre Dame Dalidon à Oppède Le Vieux

On l’atteint uniquement à pied, après une petite marche à travers bois et terrasses plantées d’oliviers, pins et chênes.

En parenthèse

Bon, je vais être honnête, certains villages – les villages perchés du Luberon, dont certains parmi les « plus beaux villages » de France, les « perles » de la Provence (toutes ces appellations insupportablement touristiques) -, m’ont tout bonnement exaspérée ; leur aspect trop bien peigné les faisant ressembler à des décors grandeur nature pour crèche provençale. Aucune maison un tant soi peu délabrée mais de la pierre ancienne trop proprette pour être honnête. Je m’étais d’ailleurs interrogée sur le nombre d’employés municipaux nécessaires au nettoyage quotidien du décor … Le parfait exemple, la quintessence, en est le village de Lacoste dont plus de la moitié des habitations a été rachetée par Pierre Cardin et une pseudo école d’art américaine – qui, soit dit en passant, nous inflige les travaux de ses élèves dans toutes les maisons de la rue principale transformées en galeries. Ici, pas l’ombre d’une crotte de chien ou d’une mauvaise herbe, des habitants invisibles (ou inexistant), juste des touristes, appareil photo sur l’abdomen ou selfisant à tout va, trop heureux de déambuler dans ce décor si faussement authentique qu’il en devient inquiétant. On aura beau m’expliquer que grâce à Pierre et aux américains le village a été sauvé, je ricanerai doucement. Un village, ça se sauve pour et avec les habitants car c’est bien le seul moyen de le garder vivant …

Bon, je n’y ai fait aucune photo, j’ai juste pesté à haute voix. Ce qui eu pour effet de faire fuir M. Bruxelles à quelques pas devant moi. Cela dit, la résistance s’est fort heureusement organisée afin de sauver Lacoste avant qu’il ne devienne l’entière propriété des nantis qui sous couvert de culture privatisent un village pour leur seul plaisir (pour en savoir plus, lisez ICI l’article de Libération sur le sujet).

Crillon le Brave

Son centre historique a beau avoir été acheté dans sa quasi-totalité par un hôtel « Relais et châteaux » – hôtel qui a d’ailleurs pris le nom de Crillon le Brave (de l’art de transformer un village en hôtel de luxe …) -, j’ai malgré tout beaucoup aimé l’ambiance de cet endroit, son calme absolu, des ruelles rien qu’à nous, une église romane de toute beauté et une vue époustouflante sur la plaine du Comtat Venaissin, avec au loin les Dentelle de Montmirail.

 

Roussillon

Hyper touristique (allez y plutôt hors saison) mais tellement beau ! Depuis le village, la vue à elle seule sur les anciennes carrières d’ocre vaut que l’on s’y arrête.

 

Un peu plus au nord (Mont Ventoux, dentelles de Montmirail …)

Mon frère Antoine adore la région du Mont Ventoux ; région qu’il a sillonnée maintes fois au volant de bolides-éclairs prototypes d’essais pour une grande marque automobile. Dévaler les pentes du Ventoux à 180 km/heure ne l’a pas empêché de découvrir des coins secrets, des petites routes loin des circuits touristiques et de bonnes adresses. Il m’avait concocté un itinéraire cousu main afin de me rendre de Bédoin à Gigondas par une route confidentielle, de pique-niquer face au « géant de Provence », et de dîner en admirant le soleil se coucher derrière les dentelles de Montmirail. Mon frère est un trésor !

D’Oppède à Bédoin

Nous avons emprunté la route qui passe par Gordes, franchi le plateau de Vaucluse, frôlé Méthamis – village perché comme sorti d’une peinture de la Renaissance italienne – pour déboucher ensuite dans la plaine du Comtat Venaissin.

Gordes

 

Mont Ventoux

On le voit de très loin avec son sommet tout râpé de calcaire blanc.

L’idéal (j’ai suivi les conseils d’Antoine) est d’en faire l’ascension par le versant sud, au départ de Bédoin (petite ville sans grand intérêt touristique mais néanmoins charmante avec ses terrasses de cafés sous les platanes, ses joueurs de pétanque et, le 15 août, une charmante et très gaie fête votive avec orchestre local et lampions bariolés.

Au départ de Bédoin donc, la route serpente et grimpe de façon assez raide d’abord entre les vignes, puis les pins, les chênes verts, la garrigue (il est toujours intéressant d’observer l’étagement de la végétation en fonction de l’altitude et de l’exposition d’un massif) pour ensuite déboucher, après le Chalet Reynard, sur ce paysage lunaire que les afficionados du vélo et du Tour de France connaissent bien.

Plus jeune, le Mont Ventoux ne m’avait guère impressionnée. Là, je l’ai redécouvert avec des yeux neufs, d’autres attentes, un intérêt différent pour la végétation, les pierres et les nuages et j’ai été époustouflée. D’aucuns diront qu’il ne s’agit que d’un massif pour cyclistes, c’est bien plus que ça. Un peu comme si ce « géant » isolé dans la plaine, visible de toute part, avait sa vie propre et ne se laissait finalement pas si facilement apprivoiser.

Je pense qu’il ne faut pas se contenter d’en faire l’ascension en voiture et de redescendre illico presto après un petit tour à son sommet. Il faut s’en imprégner, le contempler et pour cela, je vous livre un coin secret …

Antoine m’avait dit « c’est simple, juste après avoir dépassé le Chalet Reynard, il faut continuer la montée puis, dans le premier virage à droite, s’engager tout de suite à gauche sur un grand parking. Ne pas s’arrêter sur ce parking mais emprunter la route en terre sur une centaine de mètres puis garer la voiture et rejoindre l’ombre d’un arbre. ».

J’ai eu raison de suivre ses conseils. De là, la vue sur le sommet est absolument magnifique et surtout l’endroit est complètement désert. Nous y avons passé une partie de l’après-midi trop heureux d’y pique-niquer, d’y faire la sieste à l’ombre d’un gros pin odorant, à l’abri du vent et dans un silence frais. Un beau préambule à la poursuite de notre montée vers le sommet.

Mais le Ventoux, Antoine me l’avais dit, c’est aussi la nuit qu’il faut le découvrir. Attendre que le ciel soit d’un noir d’encre, sans nuage, et démarrer l’ascension toujours depuis Bédoin.

La nuit, les touristes et les cyclistes sont redescendus et le géant, comme tapi dans la plaine, se repose de la folie du jour, de la chaleur, du vent sec, des touristes et des cyclistes sur ses flancs, petites fourmis dérisoires. La nuit, le Ventoux appartient au ciel, aux astres, aux bêtes soyeuses et silencieuses, au souffle des brebis, à l’air frais qui l’enveloppe, à la voie lactée et au passé de la terre, à un secret des origines qui le rend dur et mystérieux.

Arrivés tout en haut, le froid (même en plein mois d’août) est vif et le mistral siffle comme pour camoufler le silence du ciel. Nous avons garé la voiture au pied de la tour de l’observatoire qui prend dans la nuit une allure de fusée abandonnée et dont les bruits de cliquetis et de portes battant au vent rendent quelque peu inquiétante … Et là, emmitouflés (pulls et écharpes de rigueur) il faut vous diriger vers le parapet et découvrir une cartographie lumineuse de la plaine du Comtat Venaissin et de ses villes et villages tout scintillants – impression de les survoler en avion. Puis, renverser la tête et plonger (il n’y a pas d’autres mots) dans le ciel, ses myriades d’étoiles et la Voie Lactée que je n’avais jamais pu aussi bien observer.

Nous sommes quand même redescendus, lentement, avons croisé des moutons sagement assoupis dans le thym et la lavande goûtant le silence et les étoiles, un sanglier, un chevreuil et un jeune renard qui cheminait tranquillement le long de la route … Pas sûr que les cyclistes puissent voir tout cela. Donc, prenez votre temps et le volant de nuit !

De Malaucène à Beaumes-de-Venise en passant par Suzette

Très jolie petite route (peu fréquentée, même en plein mois d’août) qui serpente dans les vignes et passe au pied des Dentelles de Montmirail. Les paysages que l’on découvre sont un concentré de Provence : patchwork rayé des vignobles en terrasses, bois de pins, cyprès et plissés de la roche gris clair. Ce paysage à échelle humaine et l’harmonie qui s’en dégage donnent l’impression de se promener dans un jardin …

 

Château La Coste

Louise Bourgeois – Crouching Spider 6695, 2003

Le château La Coste (et non le château du village de Lacoste dont je parle plus haut) est un centre d’art situé au nord d’Aix-en-Provence ou plutôt le projet global d’un homme d’affaire irlandais qui uni art, vin et architecture. Le résultat : un domaine de 200 hectares où des œuvres d’artistes contemporains prennent place parmi les bois et les vignes ; les artistes étant invités à créer une œuvre in situ. Le centre d’art est quant à lui l’œuvre de l’architecte japonais Endo Tadao, le chai celle de Jean Nouvel, le pavillon de musique celle de Franck O. Gehry et le pavillon de photographies celle de Renzo Piano. Rien que des stars ! Du côté des artistes, une liste de grands noms (Louise Bourgeois, Andy Goldsworthy, Richard Serra, Aï Weiwei …) mais des œuvres qui ne sont pas, je trouve, toujours à la hauteur et même parfois un peu décevantes. Même chose pour l’exposition de Sugimoto présentée cet été. J’adore le travail de cet artiste mais la présentation dans le nouvel espace de Renzo Piano m’a laissée perplexe.

Sean Scully – Wall of Light Cubed, 2007

Tom Shannon – Drop, 2009

Michael Stipe – Foxes, 2008

Michael Stipe – Foxes, 2008

Même s’il ne s’agit pas d’œuvres majeures, déambuler à travers les vignes et emprunter le chemin forestier qui traverse tout le domaine, découvrir les œuvres comme autant de surprises est très agréable. Alors, si vous êtes de passage, je vous conseille vraiment de vous y arrêter. Prévoyez d’y passer au moins toute une après-midi car le domaine est vaste et il faut marcher et grimper (bonnes chaussures à prévoir!). Cela dit des visites en voiturettes de golf peuvent être organisées pour les plus flemmards ou ceux ayant des difficultés à se déplacer.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ces quelques endroits et peut-être d’ailleurs nous y croiserons-nous l’été prochain car quand j’aime, j’y retourne !

 

Pour en savoir plus le Château La Coste : faite une petite visite virtuelle ICI et découvrez leur site ICI.

 


 

1 commentaire

  1. Tombée par hasard sur votre article, il a ravivé tous mes souvenirs d’enfance, et de camping sauvage en famille il y a fooooort longtemps… notamment à Oppède le Vieux ! Une vraie madeleine de Proust, merci 🙂

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