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Bruges d’automne

L’avantage de vivre à deux pas d’une frontière est de pouvoir s’échapper de temps à autre de l’autre côté, de sauter par-dessus les pointillés de la carte comme j’aimais à le dire lorsque j’étais petite.

La Flandre belge est à cinq minutes de chez moi et Bruges, que le monde entier vient admirer, à une petite demi-heure en voiture. Un vrai luxe.

Je peste souvent contre la métropole dans laquelle je vis mais reconnais que vivre en Lozère ou au fin fond du limousin me rendrait assez malheureuse. Se sentir coincée au centre de la France, c’est-à-dire loin d’une frontière et de la mer (qui en est une autre), me serait tout bonnement insupportable. Pouvoir passer de l’autre côté, c’est la liberté.

Et partir quand on veut changer d’air, de pays, de langue tout en retrouvant ce qui nous a constitué depuis l’enfance et qui est donc familier et rassurant, c’est pour moi, me rendre à Ostende, Bruges, Anvers ou Gand …

C’est d’ailleurs ce que j’ai fait pas plus tard que samedi dernier.

La journée s’annonçait superbe à en croire le ciel rose-orangé que je contemplais tout en sirotant ma tasse de thé. Je m’étais levée tôt, pleine de l’énergie d’une liberté retrouvée, me disant, que oui, il me fallait une bouffée d’oxygène, partir quelque part, mettre en pratique mes nouvelles et toutes récentes bonnes résolutions : flâner, même seule ; surtout seule en fait …. Et puis je voulais me replonger dans la peinture des primitifs flamands. L’idée de Bruges s’imposa à moi alors que je finissais ma seconde tartine de miel. Je fus vite prête, Olympus et carnet de notes fourrés dans mon sac, et pris la route beaucoup plus tôt que lorsque je dois me rendre au travail ; cela confirmant bien que tout est une question de motivation …

J’arrivai avant dix heures, passant par Sint Michiels (manière confidentielle et très rapide d’accéder au centre historique) et garai ma voiture à deux pas du béguinage. Il fallait me dépêcher, m’y rendre avant que les hordes de touristes ne l’envahissent car, à l’instar de Venise sa cousine, Bruges ne s’arpente tranquillement que très tôt le matin ou au plus fort de l’hiver. Passé onze heures, il faut affronter la foule, les perches à selfies et l’insupportable tapage des groupes qui l’envahissent (il n’y a pas d’autres mots). Voir et découvrir, cela se fait pourtant en silence, non ?

Le béguinage était encore calme. Et, même s’il me semble en connaitre chaque maison, l’émotion que j’éprouve en le retrouvant est à chaque fois la même. Peut-être parce qu’il concentre tout ce que j’aime en Flandre ? Les maisons blanches et noires, d’une élégante simplicité, un ordre cossu et rassurant. Et puis, il s’agit d’un monde hors du temps où, comme à Venise encore, passé et présent se télescopent.

Ce jour là, la lumière était pure, le ciel azur et les peupliers dorés. Le vent faisait tourbillonner les feuilles jaunes et poussait de légers nuages blancs.

Retrouver Bruges. Et me retrouver aussi ; car il est dans la vie des temps de changements qui nous poussent en fin de compte à renouer avec ce qui nous correspond, avec ce qui est notre monde, notre univers, avec ce qui nous rend heureux …

Je quittai le béguinage alors que le gros des touristes arrivait puis décidai de flâner, me laissant guider par ma seule curiosité, au hasard des rues et des ruelles, m’éloignant du centre et de son agitation. Je passai ensuite un long moment au musée Groeninge puis ce fût l’heure du thé.

Je le pris chez Detavernier, un cocon tout en boiseries sombres et lustres dorés qui n’est pas sans évoquer les intérieurs de certaines peintures flamandes. L’endroit idéal pour un Earl Grey accompagné d’une tartelette aux pommes et à la cannelle. Installée à une table près de la fenêtre je pouvais observer le passage des calèches emportant leur cargaison de touristes (pauvres chevaux !) tout en savourant mon thé. Agitation dehors, calme au dedans. J’avais encore en tête les visages des peintures de Bosch, David ou du Maitre du Saint-Sang et savais que demain, dans un mois, dans dix ans ils seraient toujours là. Immuables et accessibles. Des points fixes, tout comme cette ville. Idée rassurante de rendez-vous futurs dont on sait à l’avance qu’ils ne nous décevront pas. Je disais d’ailleurs encore récemment à mon ami Aki que la (bonne) peinture et les (bonnes) pâtisseries ne déçoivent jamais, contrairement aux hommes …

Alors que je rassemblais avec le dos de ma fourchette, les dernières miettes de ma tartelette, je réalisai combien ma présence à Bruges ne devait rien au hasard. Ici tout parle de ce que j’aime et de ceux que j’aime. On dit qu’en vieillissant notre univers se rétrécit. Je ne le pense pas. Je crois plutôt que nous allons à l’essentiel, vers ce qui nous correspond vraiment. Cela dit, je crois en l’imprégnation dès la naissance. Les ciels de Flandre, les villes closes sur elles-mêmes, la lumière, cette fameuse lumière du Nord, les maisons de brique à « pas de moineaux » ont dû façonner mes goûts et donc mes envies.

Bruges d’automne, immuable et fidèle aux rendez-vous …

 


Visiter Bruges
Bruges, vous l’avez compris, est une ville que j’adore. Donc, je ne peux que vous inciter (pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore) à la découvrir. Je ne vous donnerais pas ici d’indications touristiques mais un seul conseil : évitez la foule ! Découvrez la ville en plein mois de janvier (le plus calme), quand le thermomètre descend sous zéro et que la campagne alentour est toute givrée, préférez un jour de semaine (surtout évitez les week-ends, les périodes de vacances, les fêtes …) ou le soir après 19h (les touristes d’un jour sont repartis et les habitants sont rentrés pour diner).

Musée Groeninge
Ce musée possède une belle collection de primitifs flamands : Jan van Eyck, Hugo van der Goes, Hans Memling, Jérôme Bosch, Gérard David …
https://www.visitbruges.be/fr/groeningemuseum-musee-groeninge

Detavernier (boulangerie-pâtisserie et salon de thé)
Wijngaardstraat 8, Brugge.
À deux pas du béguinage mais néanmoins une vraie boulangerie-pâtisserie et non un piège à touristes. Je trouve que c’est l’un des endroits de Bruges les plus agréables pour prendre le thé ou déjeuner rapidement. Le café, servi dans de jolies cafetières, est toujours accompagné de petites douceurs et de lait (nous sommes en Belgique !). Pour ce qui est des pâtisseries, choisissez plutôt la simplicité : tartes aux pommes, à la cannelle et au crumble par exemple, un délice ! Attention : fermeture annuelle seconde quinzaine de janvier.
https://www.tearoom-carpediem.be/

 

 

 

 

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