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Gypso …

Lorsque je suis à la campagne, loin de la métropole lilloise et de ses territoires perdus, j’oublie pour un temps la violence et l’agressivité de ceux qui, la bave aux lèvres et la haine dans le regard, massacrent votre voiture à coups de pied car vous avez eu l’impudence d’actionner l’ouverture automatique de la grille de votre parking alors qu’ils passaient par là. Je sais de quoi je parle puisque j’en ai fait l’expérience récemment et, soit dit en passant, cela m’a coûté la bagatelle de mille euros en réparation de carrosserie…

Rien d’extraordinaire me direz-vous ; cette violence faisant maintenant partie du quotidien des grandes villes. D’ailleurs on vit avec, adoptant des comportements défensifs et anticipant les agressions possibles. Cela dit, parfois je n’en peux plus et me félicite de pouvoir filer à la campagne. Là, c’est encore un autre monde.

La plupart des gens sont assez placides, se saluent au supermarché et engagent facilement la conversation. Quant aux jeunes du village, ils se retrouvent dans la cabine de bus en face de la maison et me font plutôt sourire. Ils jouent aux durs, parlent fort et font pétarader leurs mobylettes mais il suffit que je leur lance un regard un peu sévère (qui me fait rire intérieurement) pour qu’ils décampent gentiment.

C’est de cela dont nous parlions la semaine dernière avec l’élagueur venu éclaircir la ramure de nos aulnes, de la vie à la campagne et de la vie en ville devenue parfois si insupportable. Lui habite près des arbres et de la forêt, se passionne pour son métier et n’envisage pas une seconde de se rendre en zone de combat… Il l’a fait pourtant il y a quelques mois et il en rit encore.

Il s’était rendu dans une ville déshéritée du Nord – devenue en quelques années ville-poubelle avec ses sympathiques zones de non-droit et son commerce on ne peut plus prospère en substance illicites – pour le mariage de sa cousine.

Arrivé de bon matin le jour de la cérémonie, il avait découvert que le dress code imaginé par la mariée imposait aux hommes un petit bouquet de gypsophile à la boutonnière. Il lui fallait donc trouver illico presto un fleuriste ! Chose – mais il ne le savait pas – qui n’allait pas s’avérer facile car les fleuristes ont été chassés du centre ville par les vendeurs de kebabs et de pizzas, les échoppes de bric à brac et les solderies en tous genres ; le tout drainant une clientèle que je vous laisse imaginer …

Notre élagueur s’en fût donc, accompagné de quelques amis, à la recherche d’une boutique de fleurs et ils n’eurent pas fait trois pas qu’un jeune homme se dirigea vers eux :

« Eh ! Salut ! Vous êtes perdus les gars ? Vous z’êtes pas du coin, hein ?
Notre élagueur et ses amis furent légèrement surpris mais expliquèrent qu’ils n’étaient effectivement pas d’ici et qu’ils avaient besoin de gypsophile.
— Ah, tu cherches du gypso …, du gypso quoi ?
— Du gypsophile !
— Ah, ouais, ben j’connais pas trop mais, attends, attends ! J’peux t’en avoir, pas de problème … Ton gypso, j’ai un pote qui va t’en trouver d’la bonne. Ouais, ouais, attends mec, j’appelle mon pote. Et sinon, dis, ton gypso, tu le fumes alors ? ».

Notre élagueur en rit encore et moi aussi …

***

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