à table !, l'heure du thé
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Un gâteau vénitien …

C’est bizarre la vie d’une recette. Enfin, celles que l’on griffonne sur un bout de papier alors que nous en suivons, hypnotisés, la réalisation dans une émission de cuisine. On les oublie, puis un jour on s’en souvient, les redécouvrant au hasard d’un classement militaire de nos nombreuses fiches culinaires. Ce fût le cas de cette recette de Nigella Lawson dont je suivais – il y a de cela des lustres – les émissions (en anglais, ça ne fait pas de mal) sur Cuisine TV. J’étais fascinée par son côté décomplexé, faisant de l’approximatif une qualité et d’une simplicité opulente, mais néanmoins très smart, un synonyme de convivialité. Et puis, la fin de chaque séquence la montrant se relevant la nuit, ouvrant son frigo pour déguster debout et en pyjama un reste de gâteau, de crème ou de poulet, me réjouissait.

Mais je reviens à cette recette de gâteau vénitien.

Je le réalisai pour la première fois un samedi après-midi de pluie à Bruxelles, légèrement dubitative quant au résultat. On trouvait en effet dans la liste des ingrédients des carottes ! Et les gâteaux aux carottes étant associés pour moi aux Etats-Unis dont les pratiques culinaires ne m’avaient jamais vraiment inspirée, je doutais. Je suivis néanmoins la recette à la lettre, transvasant dans mon moule à manqué un appareil assez fluide qui me fit dire que « ouais, ça sera pas terrible ». Quarante minutes plus tard, en le sortant du four, je changeais d’avis. Ce n’était pas si mal après tout et ça sentait bon ! La dégustation au dîner nous fit ouvrir des yeux ronds de surprise et de contentement. C’était délicieux.

Depuis, j’ai souvent refait cette recette, pour mes parents d’abord, puis mes amis et surtout pour mes amis intolérants au gluten (car dans ce gâteau, zéro farine) et je ne connais personne qui n’ait pas succombé à son moelleux, à son parfum si particulier d’huile d’olive et de rhum mélangés.

Pourquoi alors avais-je rangé cette recette dans une chemise bleue étiquetée « à classer » alors qu’elle fait partie de mes « classiques » ? D’autres envies, d’autres découvertes sans doute … Je l’extirpais de mon classeur et la fit rejoindre une liasse d’autres recettes que je comptais emporter à la campagne. J’avais tout à coup très envie de refaire ce gâteau à la fois simple et raffiné.

Ce fut chose faite hier.

Et c’est vraiment très bon, parfait avec une tasse de thé ou en dessert après un repas vénitien par exemple.

Cette fois, la recette ne réintègrera pas ma chemise bleue …

Et pour ceux qui voudraient la tester, la voici !

Gâteau vénitien aux carottes

Ingrédients

  • 3 CàS de pignons
  • 2 carottes moyennes (environ 200-250 g)
  • 75 g de raisins sultana blonds
  • 60 ml de rhum
  • 150 g de sucre en poudre
  • 125 ml d’huile d’olive
  • 1 CàC de vanille liquide
  • 3 oeufs
  • 250 g d’amandes en poudre
  • ½ CàC de muscade en poudre
  • le zeste d’un citron entier et le jus de la moitié

Préchauffer le four à 180°c.

Faire torréfier les pignons dans une poêle bien chaude en veillant à ne pas les laisser brûler. On peut aussi les torréfier au four, 3 mn à 240°c.

Mettre les raisins dans une petite casserole avec le rhum. Porter à ébullition puis réduire le feu et laisser frémir 3 minutes. Laisser ensuite refroidir le mélange en le transvasant dans un bol. Laver, éplucher et râper les carottes. Les déposer sur une double épaisseur d’essuie-tout afin de les éponger. Réserver.

Battre le sucre et l’huile d’olive jusqu’à obtention d’un mélange crémeux. Ajouter la vanille liquide et les œufs. Mélanger. Ajouter les amandes en poudre, la muscade, les carottes, les raisins (avec le reste du rhum qu’ils n’auraient pas absorbé) puis le zeste et le jus de citron. Bien mélanger l’ensemble.

Mettre l’appareil dans un moule à manqué antiadhésif de 23 cm de diamètre (graisser le moule avec de l’huile d’olive, en essuyant l’excédent avec un essuie-tout). Egaliser la surface de la pâte et répartir sur le dessus les pignons torréfiés. Enfourner et laisser cuire 30 à 40 mn. Surveiller la fin de la cuisson. Une lame de couteau enfoncée au centre du gâteau doit ressortir sèche. Si en fin de cuisson le gâteau se colorait trop fort, le couvrir d’une feuille d’aluminium. Sortir le gâteau du four et attendre environ 10 mn avant de le démouler sur une grille à pâtisserie pour le laisser refroidir. Dès que le gâteau est froid le transférer sur le plat de service.

On peut accompagner ce gâteau d’une petite crème au mascarpone.

Crème au mascarpone

  • 500 g de mascarpone
  • 4 CàC de sucre glace (ou un peu plus si on aime la crème plus sucrée)
  • 2 CàS de rhum

Les proportions que je donne ont été doublées –cette crème se conservant très bien plusieurs jours au frigo – mais vous pouvez être plus raisonnable et diviser les quantités par deux …

Mélanger tous les ingrédients et transférer dans des petits ramequins individuels, plus pratique je trouve pour le service.

***

Nigella Lawson explique avoir longtemps cru que le gâteau aux carottes était une invention américaine jusqu’à ce qu’elle découvre qu’il était issu de la cuisine juive vénitienne. Nigella ne cite pas ses sources mais j’imagine qu’elle dit vrai. D’ailleurs on retrouve également ce même type de gâteau aux carottes (et aux noisettes cette fois) dans la cuisine juive alsacienne.

Pour ce qui est du gâteau aux carottes proprement dit, il semble que ses racines remontent au Moyen-âge, époque où le sucre était une denrée rare et coûteuse ; la carotte, légume sucré, permettait alors d’édulcorer naturellement les préparations pâtissières.

C’est au 19ème siècle que le gâteau aux carottes tel que nous le connaissons apparait en Europe et plus précisément en Suisse (dans le canton de l’Argovie) qui en revendique la paternité. Ce gâteau prend alors le nom de Rüeblitorte. (« L’une des recettes imprimées, sans doute parmi les plus anciennes, remonte à 1892 ; elle figure dans un recueil culinaire de l’école ménagère de Kaiseraugst »).

Ensuite, avant de devenir un classique de la pâtisserie américaine, c’est en Angleterre que le Carrot Cake s’est fait connaître. On dit que durant la seconde guerre mondiale, le gouvernement britannique fit la propagande des carottes pour en favoriser la consommation, insistant sur leur capacité à améliorer la vue, notamment celle des pilotes de la Royal Air Force ! En fait un stratagème destiné à garder secret les radars nocturnes embarqués sur les avions afin de détecter l’arrivée des bombardiers allemands en laissant penser que seule la vue excellente des pilotes britanniques le permettait … Néanmoins, cela favorisa la consommation de ce légume, notamment sous forme de pâtisserie. Comme quoi …

Pour ce qui est de notre gâteau, contrairement au carrot cake, il ne contient ni beurre ni farine, n’est pas fourré ni recouvert d’un glaçage ou décoré de carottes miniatures. Non, il est simplement vénitien … c’est-à-dire d’une richesse que l’on ne découvre qu’en le dégustant à l’instar de ces palais aux façades austères qui, la porte franchie, nous révèlent un monde délicieusement luxueux.

***

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