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Janvier rêvé

J’aime le mois de janvier. Un mois comme la première page d’un cahier neuf sur laquelle j’inscris mentalement mes bonnes résolutions. Un mois flottant, hors du temps, en suspension entre l’effervescence de décembre et l’écoulement inexorable des jours de cette année nouvelle que j’espère toujours meilleure que la précédente, pleine de surprises, de hasards heureux, de découvertes et de bonheurs. En janvier, je m’attends au meilleur avec la légère impatience de qui reçoit, sans s’y attendre, un cadeau joliment emballé et dont il devine que le contenu le comblera – et je ne parle pas là de rubis ou de saphirs; un caillou japonais ou un trèfle à quatre feuilles sont pour moi beaucoup plus précieux. Janvier, je le veux donc glacé, silencieux et ouaté sous les flocons de neige, blanc le jour et cobalt sombre la nuit, les étoiles scintillant plus fort dans un ciel d’une pureté cosmique. Janvier, je le veux paisible, d’une quiétude douce et tranquillisante pour se préparer, se rassembler (comme le chat ou le sportif prêts à bondir) avant l’enchaînement inéluctable du travail et des contraintes imposées mais aussi de nos fragments de liberté et de nos projets pour lesquels le temps semble toujours manquer (et de plus en plus en vieillissant). J’aime quand janvier semble calmer la ville, quand, le soir venu, les rues se vident laissant la neige tomber silencieusement, comme sur la pointe des pieds. C’est une magie douce, celle des contes de l’hiver, pour ne pas oublier la forêt, le cycle des saisons, la lune et les marées. La neige tombe, la ville m’appartient, les réverbères complices éclairent la scène. Je me hâte de rentrer. Vite se replier chez soi, savourer un thé, le nez collé à la baie vitrée. Tout est calme, la nouvelle année peut bien attendre encore un peu, le temps de faire un ménage mental, de se délester de tout ce qui nous a pesé l’année écoulée et de peaufiner notre feuille de route pour les onze mois suivants. Prendre juste encore un peu de temps, hiberner, s’extraire du quotidien pour mieux y replonger ensuite.

Cette année Janvier fût gris, désespérément gris. Le ciel et la vie, du même gris. Trop de travail (alors que ce premier mois est généralement assez calme), un chapelet de petites contrariétés, de contretemps irritants, de rendez-vous, de réunions inutiles, de déplacements déprimants dans des villes de Picardie toutes aussi déprimantes. Et aussi l’obligation sociale des vœux qu’il faut présenter même aux ennemis professionnels (qui tout en souriant vous souhaitent mentalement le pire), aux importuns et à ceux pour lesquels je n’ai aucune sympathie (à ceux-là, je réserve d’ailleurs la formule ambigüe « tous mes vœux ! » car je ne leur souhaite pas de mal, non, mais rien en tous cas de ce qu’ils ne méritent pas …).

Bon, il y eut bien-sûr de bons moments, des éclairs joyeux qui m’aidèrent à supporter la pluie quotidienne, le ciel bas, une trop grande douceur de l’air, ce temps de rien … Une galette des rois de chez Meert par exemple (frangipane et abricot, fève hideuse mais délice absolu), les thés avec Diane le soir en revenant du travail, des lectures (Le sel de la vie de Françoise Héritier, L’art de la délicatesse de Dominique Loreau), les déjeuners avec Aki, la surprise du chant d’un oiseau nocturne comme un concert pour moi seule, des clémentines corses fruitées à souhait, l’amitié et les mots de Terri, un verre de Pouilly-fumé, la lune en quartier, une conversation avec un chat de passage …

Si aucune de ces journées de janvier ne me laissera un souvenir enchanté dont on se souvient encore bien des années plus tard mais plutôt un goût amer de temps perdu et la sensation d’avoir nagé seule à contre-courant dans un quotidien poisseux d’ennui, j’aurais malgré tout pris quelques bonnes et petites résolutions. Des résolutions s’imposant d’ailleurs presque d’elles-mêmes face au quotidien et à l’inertie de certains : ne plus remettre à plus tard ce qui m’est nécessaire, ne rien forcer (« lâcher-prise »), oser dire ce que l’on veut et surtout ce que l’on ne veut plus et surtout, surtout, faire de ceux que l’on aime et de ce qui fait le sel de la vie (lisez Françoise Héritier !) la priorité des priorités.

Aki a beau me dire que le passage à la nouvelle année est symbolique et que rien ne change (ce qui est vrai), je suis persuadée que le bonheur, ou plus modestement les bonnes choses de la vie, nous pouvons les provoquer. Il suffit de le vouloir. « Quand on veut, on peut », n’est-ce pas ?

Février, mars, avril, mai … ces onze prochains mois je les veux riches et lumineux. Les ingrédients de mon bonheur, je les ai déjà. Il me suffit d’en faire bon usage, de mesurer somme toute la chance qui est la mienne et d’y ajouter des projets, même modestes, car le temps ne fait pas de cadeau et après il sera trop tard …

 

***

 

1 commentaire

  1. Chère Virginie,
    j’ai lu ton post avec beaucoup de plaisir. Oui, il faut chérir nos petits bonheurs et savoir les savourer au quotidien tout en refusant ce que l’on ne veut plus. Moi aussi cette année, je m’y efforce mais pas toujours facile! J’ai toujours aimé Françoise Héritier et sa manière de parler tellement calme et sereine. Elle va manquer à beaucoup. « Le sel de la vie » est sur ma liste et là tu me donnes encore plus envie de le lire.
    Bien amnicalement
    Lala

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