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Le jardin en août

J‘ai hésité à vous parler du jardin en août tant le temps – des côtes de la Manche aux collines du Boulonnais – a été ATROCE. Et encore, le mot est faible. Pluies quasi quotidiennes, orages, brume, bruine … Tout ce qui se fait de plus déplaisant et déprimant dans le domaine météorologique, tout ce que je déteste (contrairement à Monsieur Bruxelles qui n’est jamais si heureux que sous une pluie glacée…) fût notre lot quasi quotidien. Seulement trois ou quatre jours de très beau temps en un mois ! Nous avons donc tenté d’en profiter au maximum, tels des prisonniers se retrouvant dehors et s’étonnant que le ciel puisse encore être bleu. Pour moi qui n’aime rien tant que le grand soleil, quelle punition !

Les quelques photos que je partage ici ont été prises, pour la plupart, lors des rares – et bénies ! – éclaircies.

En juillet, je vous conseillais de chausser vos bottes pour la visite du jardin, et bien, gardez les pour le tour du jardin en août !

Bon, les floraisons sont malgré tout au rendez-vous … comme celle de l’étonnante sauge rose (salvia involucrata « Bethellii »).

Anémones du Japon

Cosmos

Ou les agastaches (Agastache foeniculum « Blue Fortune ») qui auront fleuri sans discontinuer tout l’été.

Belle poule rousse du harem de Maurice, le fringant coq noir de notre voisin.

L’avantage d’avoir un jardin est de pouvoir jouer au fleuriste et de composer des bouquets pour la maison.

Ici, un mélange de grandes astilbes roses (astilbes chinensis « Purpurlanze ») et d’achillées.

Belle floraison du « rosier de la discorde » ! Ainsi rebaptisé car je l’avais offert a Monsieur Bruxelles – afin d’égayer un peu son austère petit jardin – mais qui a préféré planter des salades (car « au moins, ça se mange ! »). Autant dire, qu’à la fin du week-end, je suis repartie, quand même un peu vexée, avec mon rosier sous le bras … qui lui n’en est toujours pas revenu d’avoir ainsi gagné au change ! (cela dit les salades bruxelloises sont quand même très bonnes). Ce rosier, anecdote mise à part, est un Gertrude Jekyll du nom de la célèbre paysagiste anglaise.

Tulbaghia Violacea

Cette année, nous avons eu la surprise de découvrir dans les potées de capucines une « invasion » toute pacifique de chenilles pierides du chou. Nuage de papillons blancs annoncé !

Quand je vous disais que la pluie était au rendez-vous !

Nous avons un hôte au jardin, une aigrette garzette ! Nous l’avons vu très souvent passer, assez pressé, comme courant à quelque rendez-vous important. Néanmoins, il n’en oubliait pas sa partie de pêche quotidienne dans la rivière à l’heure où nous même déjeunions. [l’aigrette garzette est un oiseau de la taille d’un héron qui apprécie les rivières aux eaux peu profondes. C’est une espèce migratrice – mais nous le voyons également l’hiver ! En période nuptiale, sa nuque se pare de deux longues fines plumes].

Les rares jours de beau temps …

Un autre visiteur, un bijou sur les Sweet Juliet.

Par tous les temps, soir et matin, après s’être régalée d’un festin d’escargots (qu’elle extrait avec une prodigieuse dextérité de leurs logis), la si bien nommée grive musicienne nous enchantait d’un petit concert. Je trouve que c’est l’un des plus beaux oiseaux qui soit. Avez-vous remarqué son poitrail tout moucheté et son œil vif ? En tous cas, la pluie lui aura permis de satisfaire son appétit puis, l’estomac comblé, de chanter sa mélodie* flûtée pour nous enchanter, nous faisant pour un temps, oublier le mauvais temps … Comme quoi, le monde est finalement bien fait pour qui sait le savourer.

* Pour ceux qui voudraient s’y essayer, voilà les « paroles » : Kuiklivi, kuiklivi, tixi tixi tixi, pii-èh, trruy-trruy-trruy, tixifit … » (source : le guide ornitho, éditions Delachaux et Niestlé)

 

Tarte aux pêches et brugnons

J‘aime les rituels sucrés qui rythment l’année et nous rappellent, beaucoup mieux que le calendrier, l’enchaînement des saisons : tarte aux mirabelles en automne, gâteau aux pommes, sablés à la cannelle et chocolat chaud en hiver … mais bon, nous n’en sommes pas encore là ! Pour l’heure, c’est encore l’été – enfin, par intermittence, car le nord s’obstine cette année à ressembler à sa caricature de contrée polaire noyée sous la pluie – et je peux encore et encore régaler les gourmands avec ma tarte pêches-brugnons.

C’est une simple tarte aux fruits mais qui en a fait soupirer de contentement plus d’un. « Une explosion de saveurs ! » (dixit un aficionado reconnaissant) et pour cause : des fruits mûrs à point, des amandes et des citrons parfumés. Une tarte-rayon de soleil, un condensé d’été, LE dessert de vacances par excellence à déguster au jardin un jour de grand beau temps (ou pour se consoler des averses…).

La tarte prête à enfourner est déjà assez belle, vous ne trouvez pas ?

J’adore les couleurs de la tarte sortant du four !

Tarte aux pêches et brugnons

Ingrédients :
Pour la pâte brisée
300 g de farine
1 pincée de sel
150 g de beurre
1 gros œuf bio
1 cuillère à soupe d’eau
Pour l’appareil amandes-citron
150 g de sucre
2 citrons bio
100 g de beurre
2 œufs bio
100 g de poudre d’amandes
3 à 4 cuillères à soupe de Maïzena

16 pêches et nectarines blanches et jaunes non pelées
3 à 4 cuillères à soupe de sucre roux
1 moule à tarte de 30 cm de diamètre

1/ Réaliser la pâte brisée : mettre la farine et la pincée de sel dans le bol du robot (équipé d’une lame). Ajouter le beurre très froid coupé en petits morceaux et actionner le robot quelques secondes afin d’obtenir un mélange friable. Ajouter l’œuf entier et la cuillère à soupe d’eau puis mélanger environ 15 secondes jusqu’à ce que la pâte se forme – sans trop la travailler. L’envelopper dans du film alimentaire et l’entreposer au frais pendant au moins une heure.

Au bout de ce temps, abaisser la pâte et la disposer dans un moule à tarte de 30 cm de diamètre qui sera entreposé au réfrigérateur (ou au congélateur) pendant 30 minutes.

Préchauffer le four à 180°c.

2/ Précuire le fond de tarte : disposer des haricots ou des petits poids sur le fond de tarte préalablement tapissé de papier sulfurisé. Mettre au four 12 minutes. Retirer ensuite le papier cuisson et les poids et laisser cuire encore 5 à 6 minutes. Réserver.

3/ Réaliser l’appareil amandes-citrons : verser dans une casserole le jus d’un seul citron et le zeste râpé des deux. Ajouter le sucre et faire fondre sur feu doux.

Ajouter ensuite le beurre en morceaux puis les 2 œufs en fouettant et enfin la poudre d’amandes. Laisser épaissir sur feu doux sans cesser de remuer. Ajouter si nécessaire 2 à 3 cuillères à soupe de maïzena afin d’obtenir une « crème » suffisamment épaissie (attention, le mélange va épaissir encore un peu en refroidissant). Réserver et laisser refroidir.

Augmenter la température du four à 210°c.

4/ Montage et cuisson : étaler le mélange amandes-citrons sur le fond de tarte précuit. Recouvrir avec les fruits en quartiers – en alternant les pêches et les nectarines (pour obtenir un joli mélange de couleurs !). Saupoudrer de sucre roux et mettre 30 mn au four.

Ensuite, le plus difficile, sera d’attendre que votre chef d’œuvre soit refroidi avant de le déguster en plissant les yeux de bonheur.

Allez, à vos fourneaux ! Vous me remercierez !

Petite info : cette recette (que j’ai légèrement adaptée), je l’ai découverte, il y a maintenant un bon bout de temps – et au hasard de mes futiles lectures estivales -dans « Madame Figaro « . Il s’agit d’une recette de Catherine du restaurant Les 4 Vents à Bonifacio (je vous avais bien qu’il s’agissait d’une recette du soleil !).

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Le bouquet, lui, n’a pas été mangé !

 

L’Alhambra

J‘avais promis, après vous avoir fait découvrir mon refuge secret en Andalousie, de vous parler de l’Alhambra, mais … je me suis dit que tout le monde connait cette merveille andalouse et que je risquais d’être terriblement ennuyeuse.

Alors, je vous épargnerai les descriptifs assommants et les commentaires soporifiques et préfère partager avec vous quelques photos …

Car, en dépit des touristes bariolés, des groupes bruyants, de tout ce désespérant peuple estival, le lieu est absolument magique et nous étonne, nous charme, nous éblouit bien au-delà de ce que l’on avait imaginé.

Les pastéis de bacalhau de Rosa Gomes

Il y a comme ça des rituels estivaux, des règles « familio-gastronomiques » auxquels on se plie sans effort et que l’on suit avec délice. Comme par exemple, celui des pastéis de bacalhau, ces délicieuses croquettes de morue portugaises.

Tous les ans, l’été venu, Madame Gomes (que nous préférons appeler Rosa) nous prépare ses pastéis ; soit une bonne centaine de croquettes de la taille d’une petite souris qui voyagent ensuite toutes congelées dans une belle glacière bleue – véritable malle au trésor lusitanien – jusqu’à la campagne. Nous n’aurons plus alors qu’à les faire frire et les déguster en nous pâmant car, comme dirait ma nièce Juliette : « c’est trop bon ! ».

Congeler les pastéis est extrêmement pratique (c’est Diane qui en a eu l’idée et Rosa qui l’a expérimentée avec succès – bien des années avant que les professionnels du surgelé le fasse !). Dès que les croquettes ont été façonnées, il suffit de les expédier au grand froid. Ensuite, inutile de les décongeler avant cuisson mais les plonger encore gelées dans l’huile chaude. Cela permet, notamment à la campagne, un repas improvisé lorsque des amis s’annoncent ou simplement de répondre à l’appel de la gourmandise !

Au Portugal, les pastéis se mangent plutôt froids. Mais servis chauds avec une bonne salade verte croquante, c’est un délice. C’est d’ailleurs comme ça que nous les préférons, moelleux à l’intérieur, dorés et croustillants à l’extérieur.

Pour ceux qui voudraient tester ce délice, en voici la recette :

Pastéis de bacalhau

Ingrédients
350 g de morue
500g de pommes de terre à chair fondante (type bintje)
2 œufs
1 petit oignon
1 cuillère à soupe de persil haché
Poivre

La veille, faire dessaler la morue dans une passoire sous l’eau froide et courante pendant environ 1 heure. Ensuite la mettre dans un récipient rempli d’eau froide et la laisser tremper pendant une vingtaine d’heure en ayant soin de changer l’eau plusieurs fois.
Le lendemain, la pocher à l’eau bouillante. L’égoutter, puis après avoir ôté la peau et les arrêtes, l’effeuiller.
Cuire les pommes de terre et les réduire en purée, ajouter les œufs, l’oignon et le persil hachés. Poivrer. Mélanger bien puis ajouter la morue effeuillée, mélanger à nouveau. Goûter et saler si nécessaire.
Façonner les pastéis à l’aide de deux cuillères à soupe puis les réserver au réfrigérateur pendant 30 mn environ.
Ensuite, les cuire en les plongeant dans la friture bien chaude, baisser le feu et poursuivre la cuisson jusqu’à ce qu’ils soient bien dorés.
Les égoutter sur du papier absorbant et les servir, selon votre goût, chauds ou froids.

Dégustés chauds, l’accompagnement idéal est une scarole ou une frisée avec une vinaigrette à l’huile d’olive bien relevée de deux belles gousses d’ail hachées finement.

Même si nous les préférons chauds, les manger froids le lendemain est également un régal. Dans ce cas nous les accompagnons, comme le fait Rosa, d’olives noires et d’une salade de frades (des haricots à œil noir que l’on ne trouve qu’au Portugal).

On peut aussi préparer les pastéis pour un apéritif copieux, un buffet ou un pique-nique car c’est encore meilleur de les manger avec les doigts et de n’en faire qu’une bouchée !

Les pastéis vous auront peut-être donné envie de découvrir d’autres spécialités portugaises. Alors, si l’appétit vous en dit, rendez-vous ici même à la rentrée dès que Rosa et David seront revenus du Portugal (avec le moule à pudding typiquement portugais que je leur ai commandé – et ce sera aussi l’occasion de vous parler un peu plus d’eux …).

Bom apetite !

 

Balcon d’été

Je vous avais promis (enfin, pour ceux que ça intéresse !) des nouvelles de mon balcon, mon espace de « ressourcement », ma green therapy, mon yoga à moi.

Et bien, voilà quelques photos afin de vous donner une idée de mon « jardin » en été.

Les plantes ont poussé.

Elles ont fleuri.

Et l’ambiance de jardin est au rendez-vous !

Bon, vous l’aurez remarqué, j’adore le rose indien et ces sauges en particulier.

Et dans les lavandes, une artiste tisse sa toile.

Ce qui est très agréable, c’est de pouvoir profiter des plantes et de la lumière qui joue à travers leur feuillage lorsque nous déjeunons ou l’après-midi en sirotant une tasse de thé – aussi relaxant que de contempler un feu de bois et, en tous cas, beaucoup mieux que de regarder la télévision.

Mais ce qu’il y a de plus plaisant, c’est de pouvoir, en fin d’après-midi, s’extraire du travail en cours et sortir prendre le thé parmi les plantes.

Ou, le soir venu …

Un Riesling bien frais et mes belles lanternes grecques pour un petit apéro improvisé en regardant les acrobaties des merveilleuses hirondelles.

Het Baggaertshof

Début août. Les villes sont désertées, tout le monde est à la plage … Et c’est tant mieux ! Tant mieux pour ceux qui restent ou qui repoussent leur départ, trop heureux de savourer avec quelques privilégiés leurs villes qui semblent enfin respirer, se reposer, prendre elles aussi des vacances. Elles en profitent, se dorent au soleil, s’étirent comme des chats. Les villes, nos villes, celles qu’on aime, celles qu’on habite, se laissent alors explorer pour peu que l’on parcoure leurs artères, que l’on se perde dans leurs ruelles, le nez au vent, l’humeur vagabonde, sans rien attendre et cependant prêts à toutes les découvertes. Un état d’esprit, une disponibilité que l’on réserve habituellement à Rome, Berlin ou Venise mais qui dans les lieux familiers réserve parfois de bien belles surprises.

C’est ce que j’ai vérifié hier à Courtrai… Je devais m’y rendre pour faire quelques emplettes militairement programmées (garer la voiture, pas de course, un, deux, trois, retour à la maison) afin de ne me laisser, en aucun cas, la possibilité de flâner (je me connais). Mais ça, c’était sans compter sur le ciel d’un bleu pur, le vent chaud et l’étrange silence des rues vidées toutes livrées à ma curiosité. Il ne m’en fallait pas plus …

D’abord, après avoir traversé la Grand Place et longé l’église Sint Maartens, petite halte sur la délicieuse place du café Rouge dont j’adore l’ambiance.

Puis, en rythme lent, traversée de la Jozef Vandaleplein, de la Lange Steenstraat pour déboucher presque au hasard sur la Sint-Jansstraat, petite rue piétonne un peu morne mais au cœur de laquelle j’ai découvert Het Baggaertshof ! J’en avais entendu parler mais ne l’avais jamais trouvé. Et pour cause ! L’entrée de ce qui peut s’apparenter à un béguinage est étroite, coincée entre deux maisons dans une courbe de cette rue sans charme.

Il faut franchir la porte étroite, suivre un passage pour déboucher sur une cour carrée, une chapelle, un jardin de plantes médicinales et une rangée de douze maisons de poupées.

Het Baggaertshof est l’œuvre de trois sœurs (Catherina, Wilhelmina et Joossinne Baggaert), filles d’un marchand aisé, qui, en 1638, créèrent ce refuge pour les veuves démunies et leurs enfants. En échange du gîte et du couvert, les veuves étaient tenues de travailler à domicile (notamment la dentelle) et d’entretenir une parcelle du jardin.

Dans la chapelle, Notre Dame ter Olmen (bois polychrome, 1626) de Jan Bolle Veys de Courtrai

Aujourd’hui, plus de veuves ni d’orphelines, Het Baggaertshof, classé monument historique depuis 1939, a une nouvelle vocation : celle de l’évocation. Y entrer, c’est remonter le temps. Et le prendre aussi, prendre le temps, l’oublier, pour être simplement là à circuler parmi les massifs de sauge, de mauve, d’euphorbe et de santoline, croiser un merle, voir défiler quelques nuages paresseux et profiter de la beauté du lieu…

Ensuite, il faut bien rentrer. Mais pas tout de suite ! Tant qu’à « perdre » du temps, autant ne pas faire les choses à moitié et rendre une petite visite au jumeau de Het Baggaertshof. Allez, hop, un petit détour par le béguinage*, l’autre lieu hors du temps de Courtrai.

Malheureusement le béguinage est encore en restauration !

Et puis, après tout, ce sont les vacances, non ?

 


Pour ceux qui voudraient s’y rendre :
Het Baggaertshof
Sint-Jansstraat, 37, Courtrai.
Ouvert du mardi au jeudi et les samedis et dimanches de 14 h à 18 h.  Du 25 octobre au 25 mars : de 14 h à 17 h. / Fermé les jours fériés.  Possibilité de visite sur rendez-vous.
Information : + 32 (0)474 42 39 83
* Le béguinage Sainte Elisabeth de Courtrai (Begijnhofstraat, 8500 Kortrijk)
Les béguinages (begijnhof en néerlandais) se retrouvent dans bon nombre de villes flamandes (Gand, Malines, Bruges …). Ils sont constitués de plusieurs rangées de petites maisons – regroupées autour d’une église, d’une cour et d’un jardin – qui accueillaient les béguines, des communautés de femmes religieuses ou laïques. Le béguinage de Courtrai a été fondé en 1238 par la comtesse de Flandre Jeanne de Constantinople. Les maisons datent du 17ème siècle. Il est classé Patrimoine mondial de l’Unesco.

Masques géants du Congo

Si d’aventure, vous passez par Bruxelles et par le quartier des musées, faites un saut au musée BELvue !

En effet, ce musée consacré à l’histoire de la Belgique (et donc de ses ex colonies – Tintin au Congo, c’était quand même pour de vrai …) présente une exposition temporaire de masques collectés par les missionnaires jésuites au Congo belge.

Je dois avouer que j’y suis passée presque par hasard après avoir parqué (comme disent les belges) ma voiture devant le palais royal et avant de courir me sustenter chez Wittamer, ma « cantine » préférée (mais ça, j’en reparlerai une prochaine fois !).

Par hasard donc, mais intriguée et ne demandant qu’à être surprise et étonnée.

Et bien, je l’ai été !

Je ne suis pas – loin de là – une spécialiste de l’art africain mais suis curieuse et avide de découvertes même lorsqu’une forme d’art m’est étrangère ou n’est, a priori, pas ma tasse de thé. Le secret, selon moi, c’est de se rendre disponible et « d’ouvrir » son esprit. J’applique la « recette » que je donne aux personnes hermétiques à l’art contemporain : retrouver la posture d’un enfant (je découvre, je regarde, je regarde, je regarde), se détendre et se poser des questions simples. Et ça marche ! Là, même procédure ; ce qui ne m’empêche pas de lire quand même notices et cartels. Donc, regardons…

Par chance, je suis seule à découvrir les quelques salles, seule pour un face à face avec ces masques à la beauté mystérieuse et inquiétante.

J’apprends qu’ils étaient utilisés lors du Mukanda, cérémonie d’initiation masculine, notamment chez les peuples Yaka et Suku.

Cela dit, j’ai beau lire tout ce qui me permet de comprendre le pourquoi et le comment, ce qui m’intéresse en fin de compte, c’est l’extraordinaire qualité plastique de ces masques que l’on peut contempler (l’art moderne a façonné notre regard …) à la fois comme des peintures ou comme d’énigmatiques sculptures.

Mais pas seulement… il faut prendre son temps, les regarder longuement, comme des visages que l’on voudrait déchiffrer, et s’apercevoir que, oui, ces masques, sont « habités » et … qu’ils nous tiennent à distance, refusant obstinément tout dialogue, en tous cas avec nous. L’armée des masques n’est pas repliée derrière une vitrine pour de simples raisons de conservation, non. On les protège autant qu’on nous en protège. Le pouvoir que nous leur attribuons – et qu’il nous plait d’imaginer pérenne – est une idée avec laquelle on peut jouer ; même si c’est un peu simpliste, j’en conviens. Toutefois, et après tout, pourquoi pas ? Ne soyons pas si rationnels …

Ces masques sont comme des maisons. Ils gardent les traces de leurs occupants, leurs secrets et… leur pouvoir ?

Très beau oui ; inquiétants et énigmatiques, sans aucun doute !

Allez, vite une bouffée d’air frais et une tasse de thé !


Pour ceux qui voudraient s’y rendre :
Musée BELvue
7 Place des Palais
1000 Bruxelles
Du lundi au vendredi de 9h30 à 17h00
Le week-end et aux mois de juillet et d’août : de 10h00 à 18h00
Entrée gratuite
Exposition jusqu’au 8 novembre 2015

L’exposition au BELvue fait partie des expositions « Pop-up » organisées par le Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervureen (fermé pour travaux) à partir des pièces maitresses de ses collections.

Le jardin en juillet

Le mois dernier, je vous proposais une petite visite photographique de notre jardin de Doudeauville et vous donnais rendez-vous en juillet ; l’idée étant de vous faire découvrir, mois après mois, les nouvelles floraisons, les nouvelles couleurs, le jardin en perpétuel mouvement, en constante évolution.

J’espère que les premières photos vous auront donné envie de poursuivre la visite !

Si tel est le cas, chaussez vos bottes (le mois de juillet a été assez pluvieux) et descendons au jardin !

Floraison du tilleul

Sweet Juliet (hybride de moschata) David Austin 1984

Robin Hood (hybride de moschata) 1927

Fleur d’aneth

Nigella damascena

Phlox paniculata « Blue Paradise » & Agastache foeniculum « Alabaster »

Criocère du lys (coléoptère rouge, beau comme un bijou et pour qui les lys sont un régal !)

Agastaches foeniculum « Blue Fortune »

Les agastaches sont des plantes vivaces, mellifères (bourdons et abeilles en sont fous), de la famille des lamaciées. En plus d’être belle et de dégager, lorsque l’on froisse son feuillage, une délicieuse odeur anisée, dans l’agastache, tout est bon ! Les fleurs comme les feuilles. On les utilise dans les salades, pour aromatiser le lait ou les jus de fruits.

Ici, une infusion d’agastache bleue (une explosion d’anis frais sur le palais !) aux propriétés digestives et utilisée également contre les rhumes.

Et une coupe de melon simplement aromatisée aux fleurs d’agastache. J’adore la complémentarité du bel orange et du bleu mauve. C’est beau et bon.

Scabiosa columbaria « Butterfly Blue »

Hostas et fougères

Achillea millefolium « Lilac Beauty »

Œuvre d’un insecte artiste !

Hemerocallis « Frans Hals »

Lentilles d’eau et pluie de pétales bleus dans la Course

Géranium « Rozanne »

Juillet a été un mois météorologiquement chaotique. Les quelques jours de canicule ont été suivis par de trop longues périodes de temps froid et pluvieux. Résultat, le jardin n’est pas « à son mieux ». Les fleurs d’agapanthes et d’hémérocalles peinent à s’épanouir, les rosiers remontants rechignent à fleurir à nouveau et certaines plantes de début d’été prennent une triste couleur d’automne … Mais bon, ne soyons pas trop sévères car, malgré tout, le jardin n’est pas si mal, non ?

Alors, rendez-vous ici même en août ?

Les haïkus disent tout

Les haïkus, ces très courts poèmes japonais – trois vers, c’est tout –, disent le monde, de la fourmi à la montagne, de la perle de rosée au ciel infini. « Fusion du cœur et des sens, du spirituel et du prosaïque ». Trois lignes qui disent le presque rien, l’infime, l’indicible, l’extraordinaire ordinaire. Trois lignes pour voir, ressentir et … méditer.

J’avais, aujourd’hui, envie d’en partager quelques uns avec vous !

Ne possédant rien
comme mon cœur est léger
comme l’air est frais
Issa

Délice
de traverser la rivière d’été
sandales en main !
Buson

Le saule
peint le vent
sans pinceau
Saryû

J’avais sommeil
mais je suis retourné pour regarder
le saule
Baishitsu

Parfois les nuages
viennent reposer les gens
d’admirer la lune
Basho

L’été – les mois de « vacance » – se prêtent bien à la contemplation du monde, non ? Nous avons le temps et la liberté, comme les enfants, d’être tout entiers dans ce que l’on voit, ce que l’on ressent, ce que l’on vit. Ici et maintenant.

Il lèche la cuiller
le gamin avec délices
sorbet. L’été
Seishi

L’escargot se glisse
sous une feuille
quelle chaleur !
Chinshi

Sorties de la cage
elles deviennent une à une, les lucioles
des étoiles
Seisensui

Et si vos souvenirs de vacances prenaient la forme de haïkus ?

Et si vous les partagiez ici même …

 

Cortijo Opazo, un refuge dans les Alpujarras

Ces derniers jours, il a fait chaud. Un air brulant est remonté du sud du sud jusqu’à la mer du Nord comme une carte-postale sensitive expédiée par un amoureux des contrées arides, des soleils implacables, des paysages secs et majestueusement dépouillés. Une chaleur pour se souvenir de l’Andalousie…

Oui, je sais, j’en ai déjà parlé, et je vais sembler quelque peu obsédée, mais, bon, il y a comme ça des pays, des régions, des jardins, des maisons dans lesquels on se sent parfaitement bien et qui, sitôt découverts, nous sont déjà familiers, nous apaisent et nous rendent heureux ; la conjonction enchantée d’une certaine lumière, de la douceur de ce vent là, du parfum de ces plantes, des hommes et des bêtes qui y vivent…

Le Cortijo Opazo, point minuscule sur la carte de l’Andalousie fait partie de ces endroits magiques ; en tous cas pour moi.

L’été dernier, je voulais à tout prix fuir les ciels du nord qui restaient désespérément gris – et dieu sait pourtant si je les aime – et, comme un drogué cherche son dealer, me rendre là où je pourrais me saouler du parfum des figuiers chauffés au soleil, caresser les feuilles argentées des oliviers, me nourrir de fromage de brebis et de tomates, être assourdie par le chant des cigales… C’était un besoin vital. Monsieur Bruxelles, adepte de la pluie tiède et des chemins boueux n’avait pas à discuter.

Me décider pour ce petit fragment de campagne andalouse a été très facile. Il m’a suffit d’étudier une carte du sud de l’Espagne, de lire avec délectation certains noms (Mulhacen, Orgiva, Pico Veleta, Granada, Pampaneira…), de constater que les contreforts sud de la Sierra Nevada étaient presque vierges – justes mouchetés de quelques villages – et devaient donc être calmes, loin des hordes de touristes de la Costa del Sol, pour que j’élise cette région comme destination refuge. Nous restait à trouver le pied à terre idéal ; ce fut – via Sawday’s (que je vous recommande) – chez Robert et William (deux anglais absolument charmants) : le Cortijo Opazo. Une surprise, un bonheur.

Entre Pitres et Portugos, une route large comme vos deux bras tendus – presque un chemin – mène à leur maison, une ancienne ferme typique de l’Alpujarra – peu d’ouvertures et d’épais murs de pierre pour se protéger du soleil l’été et des vents glacés l’hiver. Notre gite occupe le rez de chaussée et s’ouvre sur une très large terrasse couverte et ombragée par une glycine. A notre arrivée, Robert nous offre un thé et nous fait faire le tour du propriétaire : la maison et … le jardin.

Une splendeur de jardin anglais qui aurait pris ses quartiers d’été dans la montagne la plus rude et la plus aride que l’on puisse imaginer. Le contraste est saisissant. L’une des extrémités de notre terrasse s’ouvre sur un foisonnement de roses, d’agapanthes, de sedums, de lavandes (The Secret Garden). Juste à côté, une chambre de verdure avec en son centre un petit bassin et le glouglou tout frais de l’eau ; nous sommes dans le jardin circulaire (Circular Walk), point central qui mène par un chemin de terre à un espace sauvage en terrasse (The Camino Garden) où se mêlent graminées, prunus, cerisiers, lys et romarin – et qui s’ouvre par intervalles sur un paysage sauvage à couper le souffle.

 

Vue du jardin depuis notre terrasse

The Secret garden

Circular walk

The Camino garden

Le jardin sauvage

Vue depuis le jardin sauvage : sur la gauche, le massif de la Corona (1375 m), à droite, El Lujar

Devant nous, au delà de la terrasse, la montagne descend en pente douce couverte d’herbes sèches, d’agaves et de muriers sauvages. Plus loin, au-delà de la boucle de la route-chemin, des chèvres, des brebis, un berger. Le calme absolu. Juste le bruit du vent dans la chaleur encore étouffante de la fin d’après-midi. Nous nous regardons Monsieur Bruxelles et moi conscients – et béatement heureux – d’avoir atteint le rêve que nous faisions d’un havre de perfection : simplicité, beauté, ciel immense et calme infini.

Vue depuis la terrasse, vers le sud

Toujours depuis la terrasse, La Corona et El Lujar

Vue depuis la terrasse au delà des limites du jardin

Nous avons passé là trois semaines de pur bonheur. Randonnées le matin avant que la chaleur soit trop insupportable, déjeuners de berger andalou, lecture et dessin, ballades dans les villages blancs, déserts et silencieux.

La terrasse du Cortijo Opazo

El Lujar vu depuis le Cortijo Opazo

Apéro Manzanilla

Les mûres d’Amalia

Et, le soir, avant le spectacle de la voie lactée, de ses étoiles filantes (devinez les vœux que j’ai formulés !) et de la lune orange, nous savourions les dîners préparés avec beaucoup de raffinement par Robert ou William. Leur gazpacho andaluz était un délice !

Le jardin le soir

Les dîners de Robert et William : gazpacho andaluz

Les dîners de Robert et William : tartelette au fromage de chèvre, raisin, miel, noix et fleurs de Tulbaghia Violacea au surprenant et délicieux goût d’ail

Les dîners de Robert et William : glace maison aux mûres, fraises et framboises du jardin

Toute cette région est préservée, comme hors du temps. Mais n’était-elle pas au 15ème siècle le refuge des derniers morisques ? – cette idée me plait bien. Depuis, les morisques ont été remplacés par des familles anglaises bohèmes, des peintres et des musiciens… ça aussi ça me plait bien.

Depuis le massif de la Corona, les villages blancs de Pitres, Mecina, Portugos, Atalbéitar et Ferreirola

Portugos

Ainsi, à Mecina Fondales, Lars Pranger, un céramiste suédois, revisite la technique et les motifs de la céramique traditionnelle de l’Alpujarra. L’influence nordique est visible dans le graphisme, notamment de son bestiaire, du bleu, du blanc, un bel équilibre des formes ; c’est tout simplement beau.

Détail de la fresque réalisée par Lars Pranger sur la place de Pitres

Assiette de Lars Pranger

Assiette de Lars Pranger

Ici les villages sont tranquilles, leurs ruelles empruntées par les seuls habitants (très très peu de touristes) et l’habitat traditionnel bien vivant : belles et austères maisons cubiques aux toits couverts de terre grise et parfois reliées entre elles par des passages couverts (tinaos). Et dans chaque village, une fontaine, quelques chats bravant la chaleur, le bruit du vent et le parfum des figuiers annonciateurs d’un jardin, petite oasis luxuriante, que vous devinez avant de le voir…

Pitres

Atalbéitar

Tous ces villages sont reliés entre eux par un réseau de sentiers entre oliviers et amandiers. Nous y avons fait de merveilleuses ballades et des haltes très gourmandes – il nous suffisait de cueillir amandes, mûres ou pêches … et de rapporter une pleine brassée de menthe sauvage pour le thé du retour.

Plus haut, vers les sommets de la Sierra Nevada, dépouillement et chaleur extrême.

Vers le nord et Puerto Molina – au fond, la Sierra Nevada, les neiges du Pico Veleta (3394 m) et du Mulhacén (3482 m)

Plus loin, Grenade et … l’Alhambra (je vous en parlerai dans un prochain article).

J’ai toujours été persuadée du pouvoir incroyable des lieux et de l’influence qu’ils peuvent avoir sur nous. Certains nous attendent, attendent que nous les atteignions ; comme s’ils savaient mieux que nous qu’ils nous sont destinés.

Là encore, j’en ai eu la preuve. Il n’y a pas de hasard…

Et vous quel est votre endroit refuge ?

Pour ceux qui veulent s’y rendre :
Cortijo Opazo
Ctra. Atalbeitar s/n, 18415 Pórtugos, Granada, Espagne
Téléphone :+34 646 43 06 56


Nous nous sommes fait des amis !

Monsieur Oska du Cortijo Opazo

L’un des Border collie de notre voisin le berger