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Cortijo Opazo, un refuge dans les Alpujarras

Ces derniers jours, il a fait chaud. Un air brulant est remonté du sud du sud jusqu’à la mer du Nord comme une carte-postale sensitive expédiée par un amoureux des contrées arides, des soleils implacables, des paysages secs et majestueusement dépouillés. Une chaleur pour se souvenir de l’Andalousie…

Oui, je sais, j’en ai déjà parlé, et je vais sembler quelque peu obsédée, mais, bon, il y a comme ça des pays, des régions, des jardins, des maisons dans lesquels on se sent parfaitement bien et qui, sitôt découverts, nous sont déjà familiers, nous apaisent et nous rendent heureux ; la conjonction enchantée d’une certaine lumière, de la douceur de ce vent là, du parfum de ces plantes, des hommes et des bêtes qui y vivent…

Le Cortijo Opazo, point minuscule sur la carte de l’Andalousie fait partie de ces endroits magiques ; en tous cas pour moi.

L’été dernier, je voulais à tout prix fuir les ciels du nord qui restaient désespérément gris – et dieu sait pourtant si je les aime – et, comme un drogué cherche son dealer, me rendre là où je pourrais me saouler du parfum des figuiers chauffés au soleil, caresser les feuilles argentées des oliviers, me nourrir de fromage de brebis et de tomates, être assourdie par le chant des cigales… C’était un besoin vital. Monsieur Bruxelles, adepte de la pluie tiède et des chemins boueux n’avait pas à discuter.

Me décider pour ce petit fragment de campagne andalouse a été très facile. Il m’a suffit d’étudier une carte du sud de l’Espagne, de lire avec délectation certains noms (Mulhacen, Orgiva, Pico Veleta, Granada, Pampaneira…), de constater que les contreforts sud de la Sierra Nevada étaient presque vierges – justes mouchetés de quelques villages – et devaient donc être calmes, loin des hordes de touristes de la Costa del Sol, pour que j’élise cette région comme destination refuge. Nous restait à trouver le pied à terre idéal ; ce fut – via Sawday’s (que je vous recommande) – chez Robert et William (deux anglais absolument charmants) : le Cortijo Opazo. Une surprise, un bonheur.

Entre Pitres et Portugos, une route large comme vos deux bras tendus – presque un chemin – mène à leur maison, une ancienne ferme typique de l’Alpujarra – peu d’ouvertures et d’épais murs de pierre pour se protéger du soleil l’été et des vents glacés l’hiver. Notre gite occupe le rez de chaussée et s’ouvre sur une très large terrasse couverte et ombragée par une glycine. A notre arrivée, Robert nous offre un thé et nous fait faire le tour du propriétaire : la maison et … le jardin.

Une splendeur de jardin anglais qui aurait pris ses quartiers d’été dans la montagne la plus rude et la plus aride que l’on puisse imaginer. Le contraste est saisissant. L’une des extrémités de notre terrasse s’ouvre sur un foisonnement de roses, d’agapanthes, de sedums, de lavandes (The Secret Garden). Juste à côté, une chambre de verdure avec en son centre un petit bassin et le glouglou tout frais de l’eau ; nous sommes dans le jardin circulaire (Circular Walk), point central qui mène par un chemin de terre à un espace sauvage en terrasse (The Camino Garden) où se mêlent graminées, prunus, cerisiers, lys et romarin – et qui s’ouvre par intervalles sur un paysage sauvage à couper le souffle.

 

Vue du jardin depuis notre terrasse

The Secret garden

Circular walk

The Camino garden

Le jardin sauvage

Vue depuis le jardin sauvage : sur la gauche, le massif de la Corona (1375 m), à droite, El Lujar

Devant nous, au delà de la terrasse, la montagne descend en pente douce couverte d’herbes sèches, d’agaves et de muriers sauvages. Plus loin, au-delà de la boucle de la route-chemin, des chèvres, des brebis, un berger. Le calme absolu. Juste le bruit du vent dans la chaleur encore étouffante de la fin d’après-midi. Nous nous regardons Monsieur Bruxelles et moi conscients – et béatement heureux – d’avoir atteint le rêve que nous faisions d’un havre de perfection : simplicité, beauté, ciel immense et calme infini.

Vue depuis la terrasse, vers le sud

Toujours depuis la terrasse, La Corona et El Lujar

Vue depuis la terrasse au delà des limites du jardin

Nous avons passé là trois semaines de pur bonheur. Randonnées le matin avant que la chaleur soit trop insupportable, déjeuners de berger andalou, lecture et dessin, ballades dans les villages blancs, déserts et silencieux.

La terrasse du Cortijo Opazo

El Lujar vu depuis le Cortijo Opazo

Apéro Manzanilla

Les mûres d’Amalia

Et, le soir, avant le spectacle de la voie lactée, de ses étoiles filantes (devinez les vœux que j’ai formulés !) et de la lune orange, nous savourions les dîners préparés avec beaucoup de raffinement par Robert ou William. Leur gazpacho andaluz était un délice !

Le jardin le soir

Les dîners de Robert et William : gazpacho andaluz

Les dîners de Robert et William : tartelette au fromage de chèvre, raisin, miel, noix et fleurs de Tulbaghia Violacea au surprenant et délicieux goût d’ail

Les dîners de Robert et William : glace maison aux mûres, fraises et framboises du jardin

Toute cette région est préservée, comme hors du temps. Mais n’était-elle pas au 15ème siècle le refuge des derniers morisques ? – cette idée me plait bien. Depuis, les morisques ont été remplacés par des familles anglaises bohèmes, des peintres et des musiciens… ça aussi ça me plait bien.

Depuis le massif de la Corona, les villages blancs de Pitres, Mecina, Portugos, Atalbéitar et Ferreirola

Portugos

Ainsi, à Mecina Fondales, Lars Pranger, un céramiste suédois, revisite la technique et les motifs de la céramique traditionnelle de l’Alpujarra. L’influence nordique est visible dans le graphisme, notamment de son bestiaire, du bleu, du blanc, un bel équilibre des formes ; c’est tout simplement beau.

Détail de la fresque réalisée par Lars Pranger sur la place de Pitres

Assiette de Lars Pranger

Assiette de Lars Pranger

Ici les villages sont tranquilles, leurs ruelles empruntées par les seuls habitants (très très peu de touristes) et l’habitat traditionnel bien vivant : belles et austères maisons cubiques aux toits couverts de terre grise et parfois reliées entre elles par des passages couverts (tinaos). Et dans chaque village, une fontaine, quelques chats bravant la chaleur, le bruit du vent et le parfum des figuiers annonciateurs d’un jardin, petite oasis luxuriante, que vous devinez avant de le voir…

Pitres

Atalbéitar

Tous ces villages sont reliés entre eux par un réseau de sentiers entre oliviers et amandiers. Nous y avons fait de merveilleuses ballades et des haltes très gourmandes – il nous suffisait de cueillir amandes, mûres ou pêches … et de rapporter une pleine brassée de menthe sauvage pour le thé du retour.

Plus haut, vers les sommets de la Sierra Nevada, dépouillement et chaleur extrême.

Vers le nord et Puerto Molina – au fond, la Sierra Nevada, les neiges du Pico Veleta (3394 m) et du Mulhacén (3482 m)

Plus loin, Grenade et … l’Alhambra (je vous en parlerai dans un prochain article).

J’ai toujours été persuadée du pouvoir incroyable des lieux et de l’influence qu’ils peuvent avoir sur nous. Certains nous attendent, attendent que nous les atteignions ; comme s’ils savaient mieux que nous qu’ils nous sont destinés.

Là encore, j’en ai eu la preuve. Il n’y a pas de hasard…

Et vous quel est votre endroit refuge ?

Pour ceux qui veulent s’y rendre :
Cortijo Opazo
Ctra. Atalbeitar s/n, 18415 Pórtugos, Granada, Espagne
Téléphone :+34 646 43 06 56


Nous nous sommes fait des amis !

Monsieur Oska du Cortijo Opazo

L’un des Border collie de notre voisin le berger

Casse-croûte andalou

L‘été dernier, lorsque nous revenions de nos longues balades, fourbus, tout poisseux de chaleur et de poussière mais ravis et ivres de ciel et de soleil nous n’avions qu’une seule envie, enfin plutôt deux : une douche fraîche suivie d’un déjeuner de berger andalou.

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Jambon de Trevelez (celui de Juan, notre voisin), fromage de brebis, chorizo, tomates de jardin, huile d’olive et pain frais. Le tout arrosé de vin rouge ou blanc selon notre envie du moment.

Repas simplissime et délicieux.

A refaire, ici, pour se souvenir de là-bas (télé-transportation par les papilles).

OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERA OLYMPUS DIGITAL CAMERACasse-croûte andalou d’ici (préparé en 30 secondes !)

Disposez harmonieusement sur les assiettes :

  • du jambon de Trevelez*
  • quelques tranches de chorizo artisanal (sur ma photo : version sans, mais c’est meilleur avec !)
  • des quartiers de tomates anciennes (de vraies tomates en fait !) bio et mûres à point
  • quelques morceaux de Manchego** au lait cru
  • plusieurs olives : des Gordal*** vertes (grosses comme de petites prunes) ou des olives noires ou farcies aux anchois ou à l’ail …

Arrosez d’un filet d’une bonne huile d’olive bio. Salez, poivrez (poivre du moulin). Parsemez quelques feuilles de basilic fin vert ou de persil plat sur les tomates. Et n’oubliez pas le pain bien sûr, tout frais avec une belle croûte dorée et une mie généreuse qui pourra s’imbiber d’huile d’olive …

Voilà, le tour est joué, il ne reste qu’à vous régaler !

Bon, comme vous pouvez le constater, il ne s’agit pas d’une recette mais tout bêtement d’une idée d’assemblage de quelques bons produits espagnols.

C’est de l’ultra simplicité mais avec une exigence quant à la qualité des produits.

Un excellent jambon, une vraie tomate gorgée de soleil, une huile d’olive fruitée … c’est ça le secret du « simple » délicieux.


* Jambon de Trevelez : c’est l’un des meilleurs jambons serrano (de montagne) d’Espagne. Comme son nom l’indique, il est produit à Trevelez dans les Alpujarras, en Andalousie, à quelques 1700 m d’altitude (Trevelez est le plus haut village d’Espagne) où les conditions de séchage sont idéales : extrême sécheresse de l’air, et hivers très froids. La zone de production s’étend à quelques communes proches de Trevelez ; à Portugos notamment où se trouve un producteur exceptionnel, Juan (de La casa Juan).

** Manchego : fromage de brebis produit dans la région de la Mancha. Belle couleur jaune crème, fondant, bien salé. C’est un délice. Mon préféré : le « curado » (plus de 3 mois d’affinage).

*** Olives Gordal : très grosses olives vertes cultivées dans le sud de l’Espagne, charnues et juteuses (un délice !).

Ou trouver tout ça ? Si vous habitez la métropole lilloise, direction le magasin Carlier Vogliazzo à Roubaix. On y trouve bon nombre de délices espagnols (et pas seulement).

Ou au marché de Pitres …

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Le jardin en juin

Notre jardin, comme tous les jardins, est toujours en mouvement et chaque saison, chaque jour, le voit se transformer. Aussi, j’ai pensé que certains d’entres-vous, amoureux des jardins, aimeraient le découvrir mois après mois.

 Première étape : juin !

Pour une petite visite photographique.

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Rosier ancien dont nous ignorons le nom

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Cistus Purpureus « Alan Fradd »

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Campanula persicifolia et Salvia microphylla « Cerro Potosi »

Orchis mascula (espèce rare et protégée arrivée spontanément dans le jardin)

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Rose de Recht

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Rose de Recht

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Leander

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Président de Sèze

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Stachys byzantina (ou « oreilles d’ours »)

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Arancus

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Les fleurs d’Arancus

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Physocarpus

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Fleurs de Physocarpus

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Le jardin d’ombre

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Hostas

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Une première fleur d’Hosta

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Chaerophyllum et Astilboïdes Tabularis

 

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Gunera

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Clématite

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Papaver orientalis

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Papaver orientalis

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Capsules de papaver

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Allium

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Delphiniums Belladonna

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Dans un prochain article, je vous parlerai de l’histoire du jardin qui, comme Paris (ma grand-mère adorait cette expression), ne s’est pas fait en un jour !

Et pour les floraisons de juillet, rendez-vous ici-même le mois prochain !

 


Du côté des coulisses…

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Jardin secret de roses

A Courtrai, en Flandre, juste de l’autre côté de la frontière, se cache une merveille dissimulée par les grands arbres du château ‘t Hooghe : une roseraie comme un bijou posée à côté d’un jardin sauvage.

Je m’y suis rendue pour la première fois il y a peu de temps, intriguée et légèrement dubitative quant à ce que j’allais découvrir. Les roseraies de ville sont parfois si terriblement ennuyeuses ! Rangées de rosiers déprimants ou prétentieux, alignés au garde à vous ; très peu pour moi.

Là, en revanche, vous êtes d’abord dans un jardin. Des haies de charme et de buis délimitent les parterres, vous passez en quelques pas d’un jardin anglais avec ses mixed-borders à un délicieux petit jardin à la française puis aux « chambres » de la Rose d’Or et des roses thé.

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Constance Spry

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Bouquet parfait (Louis Lens)

Le jardin anglais

Le jardin à la française

Veilchenblau (Schmidt)

Le jardin des roses à couper

Stad Kortrik (Kordes)

Aloha (Kordes)

Le jardin des roses d’Or

Variegata di Bologna

James Galway

A l’arrière du château– qui est en fait une grande bâtisse néo-classique – se trouve le souvenir d’un jardin paysage créé au 19ème siècle : une vaste étendue d’herbe ceinturée de vieux arbres, des herbes un peu folles, des buissons de sureau – l’arbre aux fées, qui porte ici très bien son nom – et une petite pièce d’eau. Vous pouvez vous allonger sur l’herbe un moment, vous reposer des roses en regardant le ciel, deux sérieux sphinx flamands – tels de gros chats un peu râpés – veillent sur vous…

Certes c’est un jardin pour amateurs de roses – j’ai retrouvé avec plaisir bon nombre de rosiers « historiques », rosiers anciens qui nous enchantent à Doudeauville : Charles de Mills, Kazanlik, Ballerina … – mais c’est aussi, et avant tout, un jardin secret et un peu mystérieux où – bonheur suprême – vous ne croisez aucun gêneur ; seuls un ou deux habitués, à l’heure du déjeuner, dégustent très calmement leur sandwich le nez dans les roses et un livre à la main.

Un merveilleux refuge donc pour amateurs de roses, de calme et … de sphinx.


Pour ceux qui veulent s’y rendre :
Internationale Rozentuin Kortrijk
Kasteel ‘t Hooghe
Doorniksesteenweg 218
8500 Kortrijk
Belgique

Immobile

Mon genou gauche a eu raison de moi – enfin, plus précisément mon ménisque; ce petit cartilage en forme de croissant de lune qui, lorsqu’il se casse, révèle très douloureusement une présence que nous ignorions jusque là. La revanche des discrets en quelque sorte …

Me voilà donc immobilisée depuis plus de deux semaines, privée de sortie et contrainte à la patience. Une punition.

Heureusement, j’ai mon jardin suspendu, plus beau de jour en jour (je vous en montrerai quelques photos prochainement) et les livres !

Aujourd’hui, est-ce l’immobilité forcée qui m’a conduite à relire « Théorie du voyage » de Michel Onfray ? Sans doute.

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Le besoin quasi viscéral de partir, de s’échapper, de vagabonder, de retrouver les lieux qui sont les nôtres – qui nous correspondent profondément – et finalement de se rencontrer soi même. Le désir du voyage qui commence dans les livres, avec les atlas et les cartes de géographie qui se nourrit de la poésie et qui jamais ne s’assouvit … C’est de cela dont il s’agit dans la Théorie du voyage.

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« Jusqu’au bord du tombeau, il s’agit de vouloir encore et toujours la force, la vie, le mouvement. Le monde regorge de volcans à gravir, de rivages à méditer, de fleuves à descendre, de routes à emprunter, de trains et d’avions à prendre, il offre sans discontinuer des aubes, des aurores et des crépuscules, des pluies et des soleils incandescents, des déserts et des montagnes, des forêts et des campagnes, il propose des aurores boréales et des parhélies, des arcs en ciel et des tornades, des nuages, ces merveilleux nuages, des climats et des magies, il invite à franchir des tropiques, chevaucher l’équateur, aller au-delà du Cercle polaire, se baigner dans l’océan Indien, visiter les pyramides et la Muraille de Chine ou les temples incas. »

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Il y a les livres donc et aussi, à côté de moi, comme un compagnon de lecture, aussi présent qu’un chat, un magnifique lys rose au parfum vanillé qui me rappelle que les souvenirs de voyage sont aussi des souvenirs parfumés.

Je crois que c’est Picasso qui disait que rien ne sert de voyager, de courir le monde alors que rien n’est plus merveilleux que la contemplation des reflets de la course du soleil dans sa chambre. Oui, c’est vrai. Mais l’un n’empêche pas l’autre…

Pluie et tarte aux fraises

Il pleut. Les gouttières débordent. Tout le jardin est noyé.

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Journée de printemps pluvieux à la campagne ; temps idéal pour la première tarte aux fraises de la saison.

Pour être honnête, je devrais plutôt dire que la pluie (presque bienvenue) est un prétexte tout trouvé : nous ne pouvons pas sortir, alors, occupons nous de façon gourmande à l’intérieur.

De plus, deux belles barquettes de fraises dorment dans le cellier. Ce serait un crime de ne pas les manger et un double crime de les manger simplement saupoudrées de sucre. Elles méritent mieux… et nous aussi. Il faut bien se consoler de la pluie, n’est-ce pas ?

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Voilà ma version mise au point après avoir essayé bon nombre de recettes différentes.

Elle est inratable : la pâte se travaille aisément et la crème pâtissière n’est ni trop épaisse ni trop liquide. De plus, elle est relativement rapide à faire la pâte se réalisant au robot.

 Tarte aux Fraises

Ingrédients
Pour la pâte sablée amande :
200 g de farine
150 g de beurre très froid
70 g de sucre glace
30 g de poudre d’amandes
1 œuf bio entier
1 pincée de sel
Pour la crème pâtissière
½ litre de lait entier
5 jaunes d’œufs bio
1 gousse de vanille
1 pincée de sel
80 g de sucre
40 g de farine + 30 g de fécule

2 belles barquettes de fraises

Mettre le beurre coupé en petits morceaux dans le bol du robot (équipé d’une lame), ajoutez la farine et la pincée de sel et mélangez (pas plus de quelques secondes) jusqu’à obtenir un mélange friable Ajouter ensuite les amandes en poudre, mélangez, puis le sucre glace, mélangez à nouveau. Ajoutez l’œuf et actionnez le robot jusqu’à ce que la pâte se forme (attention, cela doit être rapide car une pâte trop travaillée devient cassante et inutilisable).

Roulez la pâte en boule et enveloppez la dans un film alimentaire. Laissez la reposer dans un endroit frais ou au réfrigérateur pendant au minimum 30 minutes.

Au bout de ce temps, abaissez la pâte et disposez la dans un moule à tarte de 26 cm de diamètre (j’utilise un moule à fond amovible, plus pratique) que vous mettrez au réfrigérateur pendant au moins 30 minutes.

Préchauffer votre four à 180 / 200°c.

Cuire la pâte à blanc (en ayant soin de disposer des haricots ou des petits poids sur le fond de tarte préalablement tapissé de papier sulfurisé) pendant 12 à 15 minutes. Retirer le papier cuisson et les poids et laisser cuire encore 5 minutes. Au bout de ce temps, la pâte doit être cuite ; vérifiez quand même… Si besoin, remettre au four quelques minutes en surveillant.

Réalisez ensuite la crème pâtissière.
Chauffez le lait avec la gousse de vanille et stoppez dès l’ébullition.
Blanchir les jaunes d’œufs avec le sucre. Ajoutez ensuite progressivement la farine mélangée à la maïzena.
Détendre le mélange au fouet avec la moitié du lait.
Versez ensuite le mélange obtenu dans la casserole contenant le reste du lait et cuire à feu doux sans cesser de remuer.
Lorsque la crème est suffisamment épaissie, arrêtez la cuisson. Filmez la surface (pour éviter la formation d’une « peau ») et laissez refroidir.

Pour finir, étalez la crème en une couche généreuse sur le fond de tarte. Disposez dessus de belles fraises entières ou coupées en deux en fonction de leur grosseur et décorez d’un plumet de menthe.

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Finalement la pluie a cessé et la douceur de l’air nous a permis de déguster au jardin cet accord parfait de pâte sablée, de crème pâtissière et fraises parfumées …

Nuages…

02

Coincés dans un embouteillage, immobilisés à un feu rouge qui n’en finir pas de rougir ou simplement ralentis par un limaçon motorisé … Toutes ces minutes perdues enfermés dans nos boîtes de métal nous font pester et nous lamenter. Mais pas toujours… Il suffit par exemple que le hasard s’en mêle et nous offre rien de moins qu’une œuvre d’art éphémère, un mini happening, une performance pour nous tout seul. Comment ? Il suffit d’ouvrir grand les yeux. De REGARDER et d’ECOUTER.

Je m’explique.

Imaginons un bouchon, les voitures en chapelet sur l’asphalte d’une autoroute. C’est un jour de grand vent qui roule et chahute les grosses volutes des nuages dans l’azur du ciel (ce qui est déjà en soi le plus beau des spectacles), fatigué, lassé, vous allumez machinalement la radio et tombez par hasard sur une chanson, un concerto ou un air d’opéra qui se trouve être – vous vous en rendez-compte en l’espace d’un fragment de seconde – le reflet de ce ciel là, de cette lumière là ; en accord avec votre bonheur ou votre vague à l’âme du moment. Et vous n’en revenez pas de tant de beauté et de l’alliance parfaite entre l’image et le son. Vous êtes un artiste ! – et un spectateur à la fois. Il suffit de lever les yeux, de tourner le bouton de la radio. Tout est à portée de pupille et à portée d’oreille. Vous voyez vraiment. Vous écoutez vraiment. Les autres peuvent bien klaxonner. Petit moment magnifique.

Mais tout le monde en a fait l’expérience, non ?

03

Aujourd’hui, sous le ciel, j’ai écouté (et découvert, merci à France Culture !) « Heart Skipped A Beat» du groupe The XX.

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Green therapy

M ieux que le yoga, mieux que les massages relaxants, mieux que la méditation il y a … le jardinage ! Même en ville, sur un coin de balcon, je ne connais rien de tel pour se détendre, faire le vide, relativiser et finalement se sentir bien.

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Aujourd’hui, rempotage des herbes aromatiques : thym, verveine citronnelle, basilic, sauge, estragon et romarin.

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Puis installation des petits nouveaux : un eucalyptus et un amélanchier. J’adore le feuillage vert grisé du premier et l’élégance du second.

Enfin, séance « mise en beauté » pour les plantes déjà en place ; quelques coups de sécateur, une bonne douche et le tour est joué.

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J’ai, depuis quelques années – et à force d’essais et de tentatives -, limité mon « jardin » à des plantes costaudes ayant fait leurs preuves de résistance : Hostas, carex, salvias, cinéraires, buis, lavandes, lyriopes muscari, géraniums rosa ou citronnelle… Cela peut sembler étrange mais, en ville, les plantes sont beaucoup plus sujettes aux maladies qu’à la campagne. Dans notre jardin de Doudeauville, les mésanges, les merles, les grives nous épargnent la chasse aux pucerons et autres indésirables ; ils en font des festins et n’en sont jamais repus. Sur mon balcon en revanche, point d’oiseaux. Une bataille (verte, soyez rassurés !) doit donc être menée chaque printemps et les plantes les moins résistantes expédiées à la campagne pour se refaire une santé…

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Certaines plantes ont également été choisies pour leur incroyable pouvoir : celui de faire voyager ! Avez-vous déjà caressé et froissé les feuilles gris-doux d’un hélycrisum (que les anglais appellent « curry plant ») et plongé le nez dans un buisson de ciste ? Leurs parfums sont ceux des iles grecques brûlées de soleil.

Au pied des arbustes, j’aime qu’il y ait des fleurs (à l’aspect le plus naturel possible) pour créer l’illusion d’un jardin où elles auraient poussé presque spontanément. Cette année, des brachycomes (ou marguerites d’Australie) et de l’oxalis (trêfle rouge à fleurs jaune) qui fleuriront tout l’été.

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Et aussi, un dianthus au parfum poivré pour le plaisir et pour … la décoration des gâteaux et des salades (puisque ses fleurs sont comestibles !).

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Un premier visiteur…

Bon, il faut maintenant que tout pousse car, pour l’instant, mon « jardin » a le côté un peu guindé de qui sort de chez le coiffeur. Il faut laisser le temps aux plantes de croitre de concert, en mélangeant leurs feuillages et leurs fleurs et aux arbustes de pousser leurs branches vers le ciel et vers leurs voisins de pots. Me restera alors à en maintenir l’aspect naturel : taille discrète, rotation régulière des potées en fonction du soleil, suppression des fleurs fanées et douche hebdomadaire (ah, la poussière en ville !) ; tout cela afin de créer l’illusion d’un petit monde végétal naturellement parfait.

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Cela dit, le résultat n’est déjà pas si mal, non ?

Rendez-vous au « jardin » dans quelques semaines afin de vérifier s’il aura tenu ses promesses !

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La récompense du « jardinier » !

Federico Garcia Lorca

Diane me lisait ses poèmes lorsque j’étais toute petite. La « berceuse aux oranges » a bercé mon enfance. Est-ce pour cela que j’aime tant ses mots, ses couleurs, ses images, sa nostalgie ?

Régulièrement je relis ses poèmes. Le matin, au petit déjeuner, une tasse de thé à la main, le livre ouvert à côté des tartines de miel, je savoure une page ou deux.

Mieux que des vitamines.

Une dose de beauté pour affronter une journée de travail et les petites horreurs quotidiennes. J’ai mon armure invisible.

Caprice
Au filet de la lune,
araignée du ciel,
se prennent les étoiles
qui voltigent.

Paysage sans chanson
Ciel bleu.
Campagne jaune.

Montagne bleue.
Campagne jaune.

Par la plaine grillée
un olivier chemine.

Un olivier
tout seul.

Voyage
La bouche du couchant
mord la montagne.
Une petite étoile
s’est sauvée
dans l’azur.

Nocturne schématique
Fenouil, serpent et jonc.
Arôme, sillage et pénombre.
Air, terre et solitude.

(L’échelle atteint la lune.)

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Sur la place principale de Pitres (Alpujarras, Andalousie, le souvenir du passage de Garcia Lorca en 1928)

L’été dernier, j’avais emporté « Romancero gitan » et « Les sonnets de l’amour obscur ». Mieux qu’un guide de voyage, un recueil de poésie ! Talisman-sésame posé sur ma table de nuit. Il est là, cela suffit presque. Je l’ouvre et en lis quelques pages à « petites gorgées » avant de m’endormir. Parfois, cela n’est pas nécessaire. Une lune orange se lève au-dessus du jardin parfumé. L’air est encore chaud. Les grenouilles et la fontaine chantent en sourdine. Au ciel, la Grande Ourse et Cassiopée … l’Andalousie de Garcia Lorca.

L’aurais-je vue sans ses poèmes ? oui, je pense. Mais lui sait « dire » ce que je vois.

Ma berceuse aux oranges :

A Isabelita, ma sœur

Le soir chantonne
une berceuse aux oranges.

Isabelita chante :
La terre est une orange.

La lune dit en pleurant :
Je voudrais être une orange.

C’est impossible, ma fille,
quand tu te peindrais en rose !
C’est bien dommage !
Pas même un petit citron.

Ciel du soir, ciel du matin

Hier soir, après avoir bien travaillé, je me suis accordé une petite récompense. Je suis sortie sur mon balcon avec une tasse de thé (et oui, je bois encore du thé, même quand le soleil se couche). La ville était redevenue silencieuse. Les feux tricolores tricolorisaient tranquillement sur le boulevard vidé de ses voitures.
Et juste en face, les petites sculptures graphiques des antennes jouant aux ombres chinoises et cet oiseau immobile contemplant le croissant de la lune qui se lève. Une gorgée de thé, une gorgée de ciel.

Belle façon de finir la journée, non ?

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Ce matin, dans la cuisine, j’ai préparé le petit déjeuner devant le ciel très graphiquement zébré par les- si bien nommés – avions de ligne… (j’aime à croire que les pilotes sont en fait des artistes).

Belle façon de commencer la journée, non ?